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#1  27 Feb 2011 22:36:33

Carthoris
Administrateur
Date d'inscription: 12 May 2010
Messages: 2573

La Technologie tue aussi les classes moyennes

LA TECHNOLOGIE TUE LES CLASSES MOYENNES

La technologie d’abord et la globalisation ensuite sont les plus cruels bourreaux des classes moyennes américaines. Tel est le verdict du professeur d’économie David Autor (MIT) dans un rapport qui devrait également intéresser les Européens.


http://carthoris.free.fr/Images/Europhobia%2011.jpg

Aujourd’hui, le marché américain du travail est essentiellement réparti entre des petits boulots mal payés (agents de sécurité, caissières, manutentionaires, etc) et des emplois hautement qualifiés et rémunérés (chercheurs, managers, juristes, etc) : d’où « une polarisation des opportunités d’emploi » et donc une érosion des classes moyennes.
Un graphique extrait du rapport The Polarization of Job Opportunities in the US Labor Market (p.15) de David Autor révèle une forte décroissance des opportunités et des revenus dans « la vallée centrale » des cols blancs et des cols bleus. Dans de nombreux pays européens, maintes études font également état d’une souffrance accrue des classes moyennes, victimes d’un sérieux coup de frein dans leur progression salariale, d’une augmentation continue du coût de la vie (à cause notamment des dépenses obligatoires telles que l’électricité, l’eau, le gaz, l’alimentation, le transport, les impots & taxes qui plombent parfois plus de la moitié de leurs revenus) et surtout de la précarité quasi endémique de l’emploi des cols blancs et des cols bleus.
Selon Jean-Marc Vittori, « les classes moyennes ont raison d’avoir peur. Car dans notre société, il n’y a plus rien de « moyen ». Plus de produits moyens, plus d’emplois moyens. Il ne reste que des gros moyens et des petits moyens. Tout ce qui ne grossit pas est condamné à maigrir. Il n’y a plus de stabilité. Il n’y a plus d’embellie assurée, plus d’amélioration automatique, plus d’escalier mécanique qui entraîne toute la société vers le haut. La révolution industrielle du XXIe siècle, celle des technologies de l’information, favorise la main d’oeuvre qualifiée : ceux qui savent se servir d’un ordinateur et manier les flux d’information. Du coup, le peloton social s’étire. La société ressemblait à une pyramide, où tous les échelons intermédiaires constituaient les classes moyennes. La révolution de l’information écrase le milieu ! Les uns sont propulsés vers le haut. Les autres descendent. À la pyramide succède un sablier.  »



Legende: David Autor : The Polarization of Job Opportunities in the US Labor Market (PDF)


Des deux côtés de l’Atlantique, les économistes en appelent à une croissance keynésienne qui créerait des emplois, à une diminution de la pression fiscale... ou à l’augmentation de celle-ci pour les plus riches. Bref, rien de très novateur. Pour Autor, cette érosion des classes moyennes est moins le fait d’une Grande Récession commencée en 2008 que de processus d’automatisation ou d’externalisation (enclenchés dans les années 70) des tâches routinières qui furent autrefois l’apanage des cols blancs et des cols bleus. Malheureusement, bon nombre de ces tâches routinières ont été séquencées, numérisées et modélisées au point d’être exécutées par un ordinateur / un robot ou par un salarié d’un pays en développement. En clair, les compétences usuelles des classes moyennes sont devenues obsolètes à cause des effets combinés de l’automatisation et de la délocalisation... qui doit tout aux progrès des TIC et de la logistique.
Auparavant, ce furent les pompistes qui disparurent des stations d’essence alors complètement automatisées, et les laboratoires de développement photo qui vacillèrent face à l’expansion de la photographie et de la « photophonie » numériques. Aujourd’hui, des robots destinés aux chaînes de montage sont fabriqués par d’autres robots dans des usines peu ou pas éclairées ; motif : point besoin d’ouvriers humains. L’automatisation et/ou la délocalisation des call centers et des hotlines a éliminé des armées de standardistes. Une assistante de direction munie d’un ordinateur portable, d’un « microcasque », d’une connexion sans fil et d’une suite bureautique donnerait des sueurs froides à ses consoeurs des années 80 ou 90. Demain, les caissières seront court-circuitées par les caisses automatiques et par la monétique mobile (paiement par téléphone mobile ou m-paiement) et deviendront une coquetterie voire un luxe réservé à certains points de vente. On peut également parier que des logiciels savamment conçus assureront la télésurveillance et la fouille des bagages.

Ainsi, à mesure que les technologies (informatique, TIC, robotique) gagnent en efficacité, des franges croissantes de cols blancs et de cols bleus sont appauvries ou marginalisées. Corrélativement, le processus schumpeterien de destruction créatrice (d’emplois) prend une tournure nettement moins romantique que celle décrite par la théorie économique : des techniciens faiblement rémunérés entretiennent des technologies élaborées par des ingénieurs chèrement payés. Entre ces deux classes socioprofessionnelles, règne un vide quasi absolu.
Des tournevis keynésiens et des bielles fiscales ne suffiront guère pour endiguer l’érosion des classes moyennes par la technologie, facteur trop souvent ignoré ou éludé par les décideurs politiques. Tout le monde ne pouvant être programmeur-développeur, chercheur en biotechnologies, avocat, designer, médecin, e-marketeur, assureur, conseiller financier ou ingénieur en robotique, une révision profonde des systèmes d’éducation et de formation s’impose. Cette révision devra faciliter l’émergence de cols blans et de cols bleus mieux adaptés à une ère où l’information sci-tech et les exigences de créativité immergent tous les métiers.
Au XXIème siècle, même un poète est tenu de maîtriser une suite bureautique, un navigateur web, plusieurs médias sociaux et quelques notions d’e-marketing afin de diffuser peu ou prou ses oeuvres payantes ou gratuites...
En effet, dans les démocraties (post-)industrialisées, les classes moyennes ont longtemps constitué la plus grosse part de la population active et ont toujours été le coeur de cible des politiques économiques. Leur situation socioéconomique et leurs perspectives globales conditionnent grandement « l’ambiance » et le destin d’une nation. Si rien n’est entrepris en Amérique du nord et en Europe pour remédier à leur érosion, l’équation suivante prendra vite forme : moins de classes moyennes = plus de pauvres = plus de frustration et d’insécurité = plus de populismes.
Et si le maintien des classes moyennes relevait d’une nécessité autant politique qu’économique ?


Source: Charles Bwelwe
et merci à Lapin Blanc pour la découverte


Toutes les opinions sont respectables, c'est vous qui le dites ! Moi je dis le contraire, c'est mon opinion respectez-là !

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#2  27 Feb 2011 23:07:02

Succube
Sage
Date d'inscription: 21 Dec 2010
Messages: 748

Re: La Technologie tue aussi les classes moyennes

Contente de retrouver Charles qui est quelqu'un que j'apprécie tout particulièrement, dans le cadre de ce forum.

Au-delà de ce clin d'oeil, si je suis tout à fait d'accord avec le développement de l'argumentaire (qui ne le serait pas?), je n'en suis pas forcément la ou les conclusions.


Personne ne peut contester la disparition des classes dites "moyennes", effectivement. S'il est évident que ce fait entraîne un déséquilibre économique et social aujourd'hui, rien ne peut dire qu'il ne va pas de la même manière entraîner, et, ce, relativement rapidement, une "nouvelle", "autre" prise de conscience de la réalité de notre société dite occidentale.

La place prise par la robotisation, à tous les niveaux, enclenche immédiatement un réflexe de peur : peur de perdre son emploi, sa légitimité, sa présence, la reconnaissance de son savoir, et, surtout!, peur de perdre SA place chèrement acquise dans une société hiérarchisée!

Or, ce que la robotique permet, en tous cas, devrait permettre, serait une moindre implication de l'Homme dans des tâches dures, rébarbatives, répétitives, etc.... Et donc lui permettre de consacrer du temps à autre chose.

La question est : Quelle est cette autre chose?

Sommes-nous à ce point ingérés (!) dans un système productiviste qu'il nous faille regretter d'avoir moins à faire, ou tout au moins, d'avoir moins de tâches pénibles et/ou inintéressantes, à accomplir?

Nous serait-il possible d'imaginer une société qui, si elle continue de nécessiter un contrôle humain minimum sur la machine, permettrait à tout un chacun de bénéficier de la technologie pour en retirer un véritable bénéfice pour tous?

Soit, un système de fonctionnement nous aidant dans la "fabrication" (je schématise volontairement), pour ne plus avoir qu'à profiter du produit fini.

N'ayant plus à perdre du temps et de l'énergie à produire, ne pourrions-nous pas alors, les utiliser à meilleur escient, que ce qu'il en est aujourd'hui?

Un mieux-vivre, du temps consacré à la culture, l'apprentissage, le savoir-faire artistique, etc... Et tout simplement, le temps de vivre, pleinement, sans se soucier autant qu'actuellement, de toute la logistique que la production impose!

Cette question, est absolument essentielle, car cela soulève très exactement les valeurs, idées, etc., sur lesquelles nous souhaitons placer l'Avenir de l'Homme.

Et nous avons, là, justement, le luxe de choisir, une société tout à fait autre que celle dans laquelle nous vivons, uniquement faite de consommation, productivisme, consommation, productivisme, consommation......

Et si nous vivions pour vivre, hmmm?clindoeil


La langueur porte bien plus loin l'esprit que n'importe quelle philosophie. Succube

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#3  28 Feb 2011 06:00:29

Max
Mythe
Lieu: BYEBYELAND
Date d'inscription: 24 Oct 2010
Messages: 2801

Re: La Technologie tue aussi les classes moyennes

Succube a écrit:

Or, ce que la robotique permet, en tous cas, devrait permettre, serait une moindre implication de l'Homme dans des tâches dures, rébarbatives, répétitives, etc.... Et donc lui permettre de consacrer du temps à autre chose.

Bin...Non, et au lieu de nous permettre de flâner, glôbuler, mâchouiller, s'évader ou s'élever, ce temps est consacré à nous voir à…produire plus…encore et toujours plus. Tu as raison Succube.

Il faudrait juste apprendre à changer les mentalités, mais comment faire?

Dernière modification par Max (28 Feb 2011 06:01:56)


Rust never sleeps…

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#4  28 Feb 2011 18:05:15

Saint Just
Administrateur
Date d'inscription: 17 Jul 2010
Messages: 219

Re: La Technologie tue aussi les classes moyennes

Compter sur une évolution des mentalités est inutile, c'est un système économique qui régente et non une idéologie basée sur le bien être.

Pour la solution, il faut certainement regarder dans l'histoire.
Il arrive un moment où l'appauvrissement pousse à la révolte

Et la révolte au changement.

Pour une fois les pays arabes semblent en avance sur nous.
Et c'est contemporain.


"Un peuple n'a qu'un ennemi dangereux : c'est son gouvernement." Louis Antoine de Saint Just

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