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#21  11 Mar 2011 08:46:29

Saint Just
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Re: Mort d'un Président

JACQUELINE



A Love Field, tandis que les stewards bouclaient la porte arrière du a6ooo, Jacqueline Kennedy eut besoin d'être seule quelques minutes. Elle se rappelait que c'était dans leur cabine privée que jack et elle avaient été seuls ensemble pour la dernière fois. Il avait beaucoup aimé cette chambre ; elle aussi. Elle pensa que ce serait l'endroit rêvé pour se ressaisir. Sans bruit, à pas feutrés, elle avança dans le couloir obscur. Comme elle considérait cette chambre comme la sienne, elle n'eut pas l'idée de frapper ; elle saisit simplement le bouton de porte et le tourna. A l'intérieur, à demi-allongé sur le lit, Lyndon Johnson dictait à Marie Fehmer. Mrs. Kennedy s'arrêta net. Le nouveau président se releva et passa rapidement devant elle. Marie ramassa en hâte ses blocs-notes et ses crayons et sortit derrière Johnson. La jeune veuve les suivit des yeux. Pendant un instant, elle resta indécise, debout sur le tapis bleu vif orné de l'aigle présidentiel doré ; puis elle retourna dans le couloir.




LE GENERAL MAC HUGH AU PILOTE : « PEU IMPORTE CE QU’ILS DISENT, DECOLLEZ ».



La tension impitoyable des deux dernières heures commençait à se dissiper. Tout le monde avait manqué le déjeuner du Trade Mart et maintenant on avait faim. Johnson commanda un bol de bouillon. Comme le dit Marie F'ehmer, « il eut l'air d'aspirer la. soupe et les biscuits salés : tout disparut en un éclair ». Posant le bol à côté, il soupira :
- Ça fait un an que je me suis levé.
Mrs. Kennedy retourna dans le compartiment de queue pour rester avec le cercueil. Cependant, le général Godfrey Mac Hugh était arrivé dans le nez de l'appareil. Il n'avait vu ni Lady Bird, ni Johnson et n'était préoccupé que du départ immédiat, maintenant que le corps du président Kennedy était à bord. En entrant dans le compartiment du personnel, il fut soulagé d'entendre un sifflement familier ; Jim Swindal, de sa propre initiative, avait mis en marche le réacteur numéro trois, signe que le décollage était imminent. Tout en courant, Godfrey cria :
- Décollez ! Le président est à bord !
Deux présidents étaient à bord, bien que Godfrey ne l'eût pas entendu ainsi. La décision de Johnson de prêter serment à Dallas devait accroître la tension entre les groupes Johnson et Kennedy. Au cours des deux dernières heures, le personnel Kennedy avait perdu un président et livré bataille pour faire sortir son cercueil de l'hôpital. Ces hommes avaient encaissé plus de coups du sort que la plupart des gens n'en subissent durant une vie entière et leur mauvaise humeur était comme du petit bois sec prêt à s'enflammer.
Mais Johnson était bel et bien le président, qu'ils consentissent ou non à le reconnaître comme tel. Et, comme le fit observer plus tard Robert Mac Namara, « vous ne devez pas oublier qu'il était lui-même profondément commotionné ». Il faut reconnaître qu'ils dissimulèrent leurs blessures, comprenant que tout conflit public avec le nouveau gouvernement qui allait se former ferait tort à la nation et, en conséquence, à celui qu'ils pleuraient.
L'équipage de Swindal était extraordinairement fier de la rapidité avec laquelle l'appareil pouvait prendre son vol et ne cessait de s'entraîner pour grignoter des fractions de seconde. Godfrey Mac Hugh imagina que le premier gémissement aigu allait être aussitôt suivi de la prise de piste par l'avion et d'un décollage immédiat. C'est ce qui s'était toujours passé. Mais pas cette fois. L'homme qui devait provoquer une entorse à la procédure habituelle était Mac Kilduff, un homme de Kennedy arrivé à l'aéroport avec la folle caravane qui suivait le cercueil.
Le nouveau président avait convoqué le chargé de presse intérimaire, dont le calme à Parkland l'avait impressionné, et il voulait qu'il s'occupât de tout préparer pour Sarah Hughes.
- Il faut que je prête serment ici, dit-il à Kilduff. Je me suis entretenu avec le ministre de la justice.
Mac réagit rapidement. Il comprit que le départ devait être retardé. Il courut voir Swindal et, en longeant le couloir, il passa près du général Mac Hugh qui, à cause du chaos qui régnait dans la grande cabine, ne le vit pas.
- Coupez tout, dit Kilduf f à Swindal.
Il ne donna aucune explication, mais il appartenait à la maison présidentielle. Le pilote tendit docilement la main vers les commandes. Godfrey Mac Hugh arriva au poste de pilotage une seconde ou deux plus tard et cria
- Décollez, le président est à bord.
- Non, nous ne pouvons pas, répondit Swindal. - On part !
M. Kilduff dit que nous ne pouvons pas.
- « Décollez ! », commanda Mac Hugh.
Il était général, Swindal colonel. Mac Hugh repartit à l'arrière, persuadé qu'il serait obéi. Johnson, qui avait demandé à Kilduff si des photographes étaient présents, entra clans le cabinet de toilette de la chambre pour changer de chemise et se recoiffer. Pour la deuxième fois, Godfrey le manqua de quelques secondes, encore qu'il soit permis de douter qu'il eût changé d'attitude s'il l'avait vu. Pour lui, Lyndon Johnson était encore Lyndon, le vice-président. Johnson l'avait tacitement reconnu à Parkland quand il était resté sourd aux prières de Youngblood et de Roberts, en refusant de quitter ce qu'ils considéraient comme un piège mortel tant que O'Donnell ne l'aurait pas autorisé à partir. Depuis lors, il avait fini par assimiler l'énormité de ce qui s'était passé et il était devenu à ses propres yeux le président Johnson. Mais Godfrey Mac Hugh voyait les choses autrement. C'était un homme émotif il avait déjà décidé de renoncer à sa nationalité texane - et, dans les circonstances présentes, il prendrait un ordre de Johnson comme une impertinence.
« je n'ai qu'un Président et il gît là-bas dans la cabine. »
Le compartiment de queue devenait plus étouf tant et humide. Jacqueline Kennedy murmura
- Il fait si chaud ! Partons.
- Vous ne leur avez pas dit demanda Ken à Mac Hugh.
- Si, mais Mac Kilduff leur a dit autre chose. Je vais y retourner.
Dans le réduit des communications, Godfrey tomba sur Kilduff. Mac était hors d'haleine. Il s'était occupé de multiples détails ; il avait rassemblé une conférence de presse de fortune et mis en place le capitaine Cecil Stoughton, photographe officiel de la Maison-Blanche, pour la cérémonie. Malgré tout cela, on ne peut que s'étonner qu'il ait pu se faire aussi mal comprendre de Godfrey. L'aurait-il voulu qu'il n'eut guère pu être plus obscur.
- Que se passe-t-il ? demanda Mac Hugh.
- Nous attendons les journalistes.
- Au diable les journalistes ! Nous allons partir. Nous devons attendre les bagages de Lady Bird ; ils ne sont pas encore là.
- [i] Quoi ? Elle est dans l'autre avion ?

- Non, elle est ici, et nous attendons un juge du Texas. Une dame.
Godfrey regagna le compartiment de queue. Ken lui demanda :
- Eh bien ?
- Je ne sais pas ce qui se passe. Nous attendons une dame qui est juge, des journalistes et les bagages de Mrs. Johnson, annonça Godfrey.
Il savait que cela semblait idiot, mais c'était ce qu'on lui avait dit. La figure de O'Donnell se crispa. - Vous partez immédiatement, grinça-t-il.
- Cette fois, nous partons, promit Godfrey.
S'il le fallait, il pouvait remplacer Swindal et piloter l'avion lui-même. Dans le couloir devant la chambre., il hésita. Mac avait mentionné Lady Bird. Godfrey trouvait cela invraisemblable, mais peut--être était-il arrivé quelque chose à l'autre avion; Johnson était peut-être là aussi ?
Selon son propre récit, Mac Hugh fit cinq fois l'aller-retour d'un bout à l'autre de l'avion avant d'apprendre pourquoi ils ne bougeaient pas. En entrant dans la grande cabine du personnel, Larry entendit quelqu'un demander à Marie Fehiner si elle avait tapé le serment présidentiel. Elle fit signe que c'était fait et Larry comprit tout. A peu près au même moment, O'Donnell surprit une discussion dans la cabine-bureau et une voix cria :
- Nous avons besoin d'un photographe et nous attendons un juge.
Ken, tout en n'approuvant pas ce qui se préparait, comprit lui aussi ce que cela signifiait. Seul, Mac Hugh demeurait dans l'ignorance.
I,e conflit était devenu insoluble. Le groupe Kennedy, d'un côté, croyait que le passager numéro un d'Air Force Un était leur président. Elle estimait comme eux qu'il fallait quitter Dallas, et le retard la surprenait.
Mac Hugh était arrivé pour la troisième fois à l'avant de l'avion. I1 aperçut Mac Kilduff, sauta sur lui Kilduff eut l'impression qu'il « galopait » et lui cria :
- Nous devons décoller immédiatement.
- Pas avant que Johnson prête serment.
- Johnson n'est pas là. Il est dans l'autre avion.
- Alors allez dire à ce Texan d'un mètre quatre vingt-cinq qu'il n'est pas Lyndon Johnson, rétorqua Mac. Nous ne partirons pas tant que le président n'aura pas prêté serment.
Mac Hugh rougit de colère. Montrant du doigt le compartiment de queue, il rugit :




« JE N’AI QU’UN PRESIDENT IL GÎT LA BAS DANS CETTE CABINE ! »



C'était une réflexion théâtrale, et l'avion était assez exigu pour que ses paroles fussent répétées à presque tous les passagers avant l'atterrissage dans la capitale. Ken O'Donnell les apprit et fut fier du général. Il le félicita chaudement. Mais Lyndon Johnson avait des oreilles, lui aussi. Ce bref échange de mots dans le poste de l'opérateur radio changea le destin de deux hommes; Kilduff, que O'Donnell avait renvoyé et dont ce devait être la dernière mission, se mettait sur les rangs pour un poste dans le nouveau gouvernement, alors que le général avait anéanti tout espoir d'une étoile supplémentaire. De fait, les jours mêmes de Godfrey sous l'uniforme étaient comptés.
Quand le nouveau président eut changé de chemise et se fut recoiffé, Joe Ayres prépara des serviettes bleues d'Air Force Un pour Jacqueline Kennedy. Elle le remercia et passa dans la chambre ; les Johnson entrèrent pour présenter leurs condoléances. Johnson l'appela « Honey »(« chérie »), la. prit dans ses bras et hocha la tête, mais il laissa à sa femme le soin d'exprimer leur compassion. La figure ruisselante de larmes, la nouvelle Première Dame gémit :
- Oh ! Jackie, vous savez, nous ne voulions même pas la vice-présidence, et maintenant, mon Dieu, voilà ce qui arrive !
- Oh ! mais qu'est-ce qui se serait passé si je n'avais pas été là ? s'écria Jacqueline. Je suis si réconfortée d'avoir été là !
L'instinct de Johnson était le bon. Les mots ne pouvaient être qu'inutiles. Lady Bird, qui était d'habitude le tact même, fit une gaffe.
- Je ne sais que dire, sanglota-t-elle et puis elle le dit : Ce qui me fait le plus mal c'est que ce soit arrivé dans mon Texas bien-aimé !
Elle avait à peine parlé qu'elle comprit que sa langue lui avait joué un mauvais tour. « Je l'ai regretté immédiatement », dira.-t-elle plus tard. Ce n'était pas le moment de faire preuve de chauvinisme texan ; la mort de Kennedy aurait dû être ce qui faisait le plus mal. Elle baissa les yeux et vit le gant maculé. Elle avait toujours envié l'aisance avec laquelle Jackie portait des gants. Elle, au contraire, était gênée par ses gants et elle n'avait qu'une hâte, les ôter vite. Comme toujours, ce gant semblait faire partie de Jackie. Et il était tout souillé du sang de son mari.
- Voulez-vous que nous appelions quelqu'un pour vous aider à vous changer ? proposa-t-elle.
- Oh ! non, répondit Mrs. Kennedy. Plus tard, je demanderai peut-être à Mary Uallagher de m'aider. Mais pas maintenant.


"Un peuple n'a qu'un ennemi dangereux : c'est son gouvernement." Louis Antoine de Saint Just

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#22  14 Mar 2011 08:54:39

Saint Just
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Re: Mort d'un Président

SUR LE LIT, UNE ROBE BLANCHE PREPAREE POUR JACKIE



Ils s'assirent tous les trois sur le lit, Mrs. Kennedy au milieu. Après un silence, Johnson dit avec un peu d'hésitation :
- « Eh bien... pour ce qui est du serment... »
- « Lyndon... commença Mrs. Kennedy, puis elle se reprit. De tous les familiers de son mari, elle était la première à accepter l'avenir. »
- « Oh ! excusez-moi. Je ne vous appellerai plus ainsi. Je voulais dire, monsieur le président. »
- « Honey » (chérie), j'espère que vous m'appellerez ainsi pour le restant de vos jours, » dit-il. Elle ne répondit pas. Pour elle aussi, les paroles étaient difficiles. Il était indiscutablement le chef de l'Etat à présent, et elle prit la résolution de ne plus jamais l'appeler par son prénom.
- « Pour ce qui est du serment, reprit-il... »
- « Oh ! oui, je sais, je sais, dit-elle vivement. »
Elle croyait savoir. Elle aussi, elle avait vu les vieilles gravures, et elle se rappelait que pendant la visite télévisée qu'elle avait faite de la Maison-Blanche pour les opérateurs de télévision de la C.B.S., elle avait fait observer que Rutherford B. Rayes, dont la prise de pouvoir tomba un dimanche, avait prêté serment dans le Salon Rouge. La cérémonie n'avait pas besoin de se dérouler sur les marches du Capitole. Elle pouvait avoir lieu n'importe où, ici même, par exemple, et c'était manifestement ce qui allait se passer.
- « Oui, dit-elle, que va-t-il y avoir ? »
- « Je me suis arrangé pour faire venir un juge, une de mes vieilles amies, Sarah Hugues. Elle sera là dans une heure environ. Alors pourquoi ne pas vous allonger un peu ? Faites un brin de toilette, je ne sais pas. Nous allons vous laisser. Ils sortirent en fermant sur eux la porte de la chambre. Seule sur le lit, elle fuma une cigarette, les yeux perdus dans le vide. Puis les derniers mots de Johnson la frappèrent de toute leur force. « Une heure, se dit-elle. Mon Dieu, devrai-je attendre une heure ».
Elle remarqua que sa toilette d'Austin, la robe blanche, la veste blanche et les chaussures noires, avait été soigneusement disposée sur l'autre lit. Elle eut l'impression irritante que le nouveau président voulait qu'elle fût immaculée sur la photo de sa prestation de serment, afin que fût effacé dans l'esprit du public le souvenir de la scène sanglante d'Elm Street.
Johnson avait pris soin de sa propre apparence. Mais il serait trop facile d'interpréter faussement ce souci. Si le serment devait souligner la stabilité du système gouvernemental américain, tant pour l'Amérique que pour ses alliés et ses ennemis, il convenait de faire bonne figure. Et si le thème était la continuité, la présence de Jacqueline Kennedy était souhaitable, quelle que fût la torture que cela lui infligeait.
Dans la cabine-bureau, O'Donnell et O'Brien étaient assis en face du nouveau président et de sa femme.
La Constitution me place à la Maison-Blanche, dit-il à Ken et Larry, mais vous êtes tous deux libres de faire votre propre choix. Je voudrais vous presser de rester pour m'épauler. J'ai davantage besoin de vous que vous n'avez besoin de moi - et plus que Kennedy n'avait besoin de vous. O'Brien était mal à l'aise. Il avait assez souffert. Bon Dieu, on parlera de ça plus tard, pensait-il.
Mrs. Johnson, qui ne devait avoir aucun souvenir de l'incident, jugeait que « tout le monde faisait de son mieux, dans une situation difficile». Les autres devaient se rappeler qu'ils firent de leur mieux pour interrompre son mari, et que lui-même, tout à fait remonté, continuait d'insister. O'Brien intervint enfin pour raconter l'attitude du médecin légiste et pour dire qu'un départ immédiat s'imposait.
- « Non, je me suis entretenu avec le ministre de la justice, répliqua Johnson, et il est d'avis que je dois prêter serment ici. »


JONHSON : «  JE N’AURAIS PAS DONNE L’ORDRE DE PARTIR AVANT L’ARRIVEE DE MRS KENNEDY »



Chaque minute qui passait voyait s'affermir sa version de sa communication avec Vickory Hill.
- « J'attends un juge, une femme, une amie, ajouta t-il. Elle a été nommée par Kennedy. » A ce moment, O'Brien comprit brusquement. Cet homme est le président des Etats-Unis. Son opposition cessa. Il ferma les yeux et pria le ciel que le juge arrive avant la police. O'Donnell était plus difficile à secouer. Il ne voyait pas pourquoi l'entourage de Kennedy serait mêlé à une cérémonie Johnson. A son avis, la présence simultanée des deux groupes n'était due qu'au hasard. Le nouveau président répétait avec insistance qu'il n'aurait pas donné l'ordre de décoller avant l'arrivée de Mrs. Kennedy. Il ne peut y avoir de doute que telles furent ses intentions, dès le début ; mais Ken était sceptique. Il était convaincu que, si le juge était arrivé à l'aéroport avant le corbillard, Johnson se serait envolé sans eux. Il ne pouvait oublier la bagarre à Parkland, et sa figure se crispait de plus en plus ; Ted Clifton lui trouva l'expression d'un loup. Clifton entendit O'Donnell répéter inlassablement : « Nous devons partir », « Il faut filer d'ici », « Nous ne pouvons pas attendre ». Chaque fois, la réponse de Johnson était la même : « Non, je me suis entendu avec le ministre de la justice. »


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#23  21 Mar 2011 14:28:50

Saint Just
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Re: Mort d'un Président

JOHNSON AU JUGE - « JE VEUX QUE MRS. KENNEDY SOIT LÀ. »




Bob Kennedy était le seul qui pouvait persuader O'Donnell de retirer ses objections. Si Bob voulait que le nouveau président prêtât serment à Dallas - et l'entourage de Kennedy n'imagina pas une seconde que Johnson avait pu mal interpréter les paroles du ministre de la Justice (ce qui fut apparemment le cas) - il ne leur restait plus qu'à attendre l'arrivée du juge. Ils espéraient que cette dame arriverait vite. Aux yeux de Clifton, d'O'Brien et d'O'Donnell, la possibilité d'un enlèvement par la force du corps du Président semblait extrêmement vraisemblable.
Lorsque le juge Sarah Hughes arriva, Johnson expédia des hommes réunir des témoins, puis il y alla lui-même. Il annonça, avec un large geste
- « Si quelqu'un veut participer à la cérémonie de prestation de serment, je serai heureux et fier de vous avoir tous. »
Ce ne fut pas une ruée. Les passagers réguliers du 26000 s'abstinrent. Leur dédain ne peut se comprendre que dans le contexte de l'heure, 14h35. Bien que l'assassin eût déjà été arrêté, quarante minutes s'écouleraient avant que la radio annonce qu'un « suspect » avait été appréhendé. En l'absence de toute information, il y avait un sentiment de répulsion générale non seulement envers Dallas, mais contre tout l'Etat du Texas. Lyndon Johnson, le plus célèbre de tous les Texans, était l'innocente victime de cette réaction viscérale, et les clichés ultérieurs de Cecil Stoughton apportent la preuve de ce que Larry O'Brien appelait « la tension dans l'avion ». Les spectateurs qui allaient figurer sur les photos de Stoughton formaient un groupe dispersé. En dépit de la largeur de l'objectif du Hasselblad, le photographe n'enregistra la présence d'aucun des principaux collaborateurs de Kennedy. Le docteur Burkley était derrière quelqu'un il était le seul « Kennedyste » présent. Godfrey Mac Hugh montait la garde à côté du cercueil de John Kennedy, au garde-à-vous. Ken O'Donnell se retira dans le couloir. O'Brien participa à la préparation du rite que, selon Lyndon Johnson, Bob Kennedy désirait. Puis il se retrancha derrière Sarah Hughes. Ces sentiments étaient également ceux du personnel permanent de la présidence. L'équipage s'était discrètement retiré. Swindal appuya sa figure contre le large dos de Roy Kellerman. Il expliqua plus tard :« Je ne voulais pas être sur la photo. Je n'appartenais pas à l'équipe de Lyndon Johnson. Mon Président était dans cette boîte. » Le président Johnson ne méritait pas cela. Pour un être hypersensible comme lui, cette attitude fut profondément blessante. Plus grave encore, c'était un affront à la présidence. La coexistence de deux gouvernements dans un avion où la chaleur était suffocante, et le fait que la plupart de ces mêmes individus s'étaient affrontés trois ans plus tôt à Los Angeles, rendaient la tempête inévitable. Le centre d'intérêt du cliché que Stoughton allait expédier par hélico dans moins d'une heure, était le profil douloureux de Mrs. John Kennedy. C'était sa présence que l'homme qui allait prêter serment avait désirée le plus. Il la voulait à côté de lui, et il le dit à qui pouvait l'entendre. A la fin, elle apparut, mais elle prit seule sa décision. Ses trois ans à la Maison-Blanche l'avaient pénétrée d'un profond respect pour la fonction de son mari. Elle comprenait les symboles de l'autorité, la, nécessité d'un semblant de majesté nationale après le désastre, et elle vint. Ni O'Donnell ni O'Brien n'envisageaient sa présence à la cérémonie. O'Donnell, en fait, y était violemment opposé.  Johnson dit à Sarah Hughes :
- « Nous allons attendre Mrs. Kennedy. Je veux qu'elle soit là. »
Stoughton suggéra que Jacqueline Kennedy se mette d'un côté et Lady Bird de l'autre. Johnson acquiesça. Mais il commençait à s'impatienter. Regardant vers la porte de la chambre, il se mit par déclarer :
- « Une minute. Je vais la chercher. »
Au même instant, la porte s'ouvrit et la veuve apparut. Johnson la présenta à Sarah Hughes, puis l'attira à sa gauche.
- « C'est comme ça que vous nous voulez ? demanda-t-il à Soughton. »
Le petit photographe, trempé de sueur, donna des directives. Et puis une voix s'éleva :
- « Et la bible ? »
Dans le silence, tout le monde se regarda. Joe Ayres les rassura. Le Président Kennedy avait toujours avec lui sa bible personnelle, sur la. table de chevet entre les lits jumeaux. La reliure était en cuir ouvragé, le dos cousu à la main : le dessus portait une croix d'or et, à l'intérieur de la couverture, les initiales brodées « J.F. K.», noir sur noir. Quand il voyageait seul, le Président avait l'habitude de lire des passages de la Bible, le soir, avant de s'endormir. Sarah la considéra d'un dubitative. Kennedy, elle s'en souvenait, avait souvent cité la Bible. Ce devait être la sienne, donc c'était une bible catholique. Elle hésita, puis jugea que cela n'avait pas d'importance.




ELLE S'ASSIED PRÈS DU CERCUEIL ET PLEURE POUR LA PREMIÈRE FOIS



L’auditoire du président Johnson n'était pas subjugué. La plupart des assistant n'entendirent pas un mot du serinent. Stoughton était presque noyé dans sa propre sueur, parce qu'il s'était aperçu que le Haselblad ne marchait pas. Se ressaisissant rapidement dans l'horrible silence, il tourna son bouton d'avance du film d’avant en arrière, secoua l'appareil et entendit un déclic. Mary Gallagher observait Ken O'Donnell qui arpentait le couloir devant la chambre comme un tigre en cage, les mains sur les oreilles comme pour ne pas entendre le serment. Ken pensait à Jackie. On se sert d'elle, se disait-il. Ils se servent d'elle. Larry O'Brien regardait Jack Valenti. I1 semblait animé d'un zèle tout neuf, et O'Brien, remarquant les veines battant à son cou, pensa sur la voie, maintenant. A Zuggsy O'Lary vit aussi Valenti. Au même instant, il s'aperçut qu'il n'y avait .jamais eu autant deTexans dans cette cabine. Le nouveau président embrassa sa femme et Jacqueline Kennedy.
- « Maintenant, asseyez-vous là, ma chérie, dit-il à la jeune veuve en la guidant vers le siège que Stoughton venait d'abandonner. »
Les réacteurs de Swindal hurlaient et Johnson, se laissant tomber dans le fauteuil présidentiel, dit :
- « Allons, décollons ! »
Johnson commanda un bol de bouillon. Lady Bird grignota des biscuits salés. Mrs. Kennedy se leva.
- « Excusez-moi, murmura-t-elle poliment. »
Elle ne voulait pas offenser les Johnson, mais un refrain tournait dans sa tête : Je ne vais pas rester ici, je vais retourner là-bas. Marchant rapidement jusqu'au bout du couloir, elle vit Ken, Larry, Dave et Godfrey debout autour du cercueil ; elle s'assit sur un des deux sièges placés en face et Ken pris place sur le second leurs regards se croisèrent et elle se mit à pleurer : c'était la première fois qu'elle pleu­rait ; les larmes jaillirent à flots, et pendant un long moment elle ne put parler. En descendant de la passerelle, Sarah Hughes fut accostée par un homme plein d'assurance - elle se souvient de lui comme d'un « personnage officiel » -qui montra du doigt le volume noir qu’elle tenait à la main et demanda
- « Et  ça  ? dit-il en prenant la fiche portant le texte du serment. »
Ni l'un ni l'autre des deux  objets ne lui apparte­naient, aussi Sarah les remit-elle à cet homme, qu'elle prit pour un quelconque agent de la sécurité. Ce n'en était pas un...
Son identité demeure un mystère. Son entreprise exigeait de la hardiesse et de la chance, et son butin fut inestimable. Il quitta l'aéroport avec deux souve­nirs uniques. La carte était la moins précieuse des deux. C'est une curiosité d’archiviste, qui ne peut intéresser que des collectionneurs ou des musées. Le volume, c'était autre chose. C'était un bien personnel et à l'heure où nous écrivons ces lignes, il n'a pas été retrouvé. Le dernier souvenir de Kennedy laissé à Dallas fut un de ses biens les plus précieux : sa bible.




PERSONNAGES CITES:

André BERGER, agent du Service secret.
Lem JOHNS, agent du Service secret.
Clint HILL, agent du Service secret.
Roy KELLERMAN, chef adjoint du Service secret.
Emory ROBERTS, agent du Service secret.
Rufus YOUNGBLOOD, agent du Service secret.
Bob DUGGER, sergent de police de Dallas.
Ear1 ROSE, médecin légiste de Dallas.
PRICE, directeur de l'hôpital de Parkland.
Theron WARD, juge de paix à Dallas.
Sarah HUGUES, juge du Texas.
Ken O'DONNELL, attaché au cabinet de Kennedy.
Larry O'BRIEN, suite de J. Kennedy.
McKILDUFF, chargé de presse intérimaire de J. Kennedy.
Godfrey Mac HUGH, général de la suite de J. Kennedy.
CLIFTON, général attaché à la Présidence.
BURKLEY, médecin de John Kennedy.
Maggy O'LEARY, suite de J. Kennedy.
Jo AYRES, suite de J. Kennedy.
Jack VALENTI, suite de J. Kennedy.
Ben BRADLEE, journaliste ami de J. Kennedy.
Toni BRADLEE, femme du précédent.
Evelyn LINCOLN, secrétaire privée de J. Kennedy
Janet AUCHINCLOSS, mère de Jackie.
Sargent SHRIVER, beau-frère des Kennedy.
Pam TURNURE, secrétaire privée de Jackie.
Leal STONGHTON, photographe officiel.
Bill MOGERS, chargé de presse de Johnson.
Marie FEHMER, secrétaire de Johnson.

JOHNSON:« JE N'IRAI PAS A LA MAISON-BLANCHE, CE SERAIT PRÉSOMPTUEUX. »



Les souvenirs que chacun garda du vol varient énormément, mais presque tous les occupants de la cabine ont senti l'animosité latente. Mac Kilduff appela l'appareil « l'avion le plus malade que j'aie jamais
pris ». Clint Hill se rappelle « beaucoup de tension entre les gens de Kennedy et ceux de Johnson ». Certains ne faisaient aucun effort pour camoufler leurs sentiments. Ken O'Donnell se manifesta  particulièrement. A deux reprises, Johnson envoya Bill Moyers à l'arrière pour demander à O'Donnell et O'Brien de venir s'asseoir avec lui. Ils refusèrent catégoriquement ;Godfrey Mac Hugh alla jusqu'aux places de la presse pour s'assurer que les journalistes étaient au courant.
- « Je veux que l'on sache, déclara-t-il en tapant du poing sur la table entre chaque mot, que Ken O'! Donnell, Larry O'Brien, Dave Powers et moi-même faisons ce voyage dans le compartiment de queue avec le Président. Le Président Kennedy."
Ken s'emporta :
- « Pourquoi ne retournez-vous pas servir votre nouveau patron ? »
Clifton se tourna vers Mac Hugh.
- « Qu'est-ce qu'il a je fais mon boulot, c'est tout. »
Seul Moyers, le plus généreux des conseillers de Johnson, refusa de répliquer. Comprenant la peine profonde de Ken, il resta sourd aux attaques. Native de Dallas, Marie Vehmer, la secrétaire de johnson, se sentait particulièrement concernée et elle fit une tentative d'apaisement. Elle proposa de commander du potage pour les secrétaires de Kennedy. Les lèvres se serrèrent, les têtes firent des signes de dénégation. Ils ne voulaient pas de potage - en réalité, ils ne voulaient pas d'un armistice. Il fut question d'interdire l'aéroport d'Andrews à la presse ; Johnson protesta vivement ; noms aurions l'air, dit-il, de « céder à la panique ». Il envisagea d'abord un rassemblement du personnel de la .Maison-Blanche dès l'arrivée, Bundy le déconseilla, en faisant observer que là-bas, les hommes étaient trop affligés. Moyers fut du même avis et Johnson s'inclina. Rufus Youngblood persistait à penser que les Johnson devraient passer la nuit à la Maison Blanche, mais le nouveau Président lui dit
- « Ce serait présomptueux de ma part : je ne le ferai pas. »
L'inspecteur argua qu'il devait « penser avant tout à la sécurité.
- «  Je le comprends, dit Johnson »
Le président fit signe à Moyers. I1 lui dit qu'il n'avait plus aucune intention d'entrer dans la chambre. La veuve voudrait peut-être s'y retirer pour faire sa toilette. L'aimable agent de liaison, alla le dire à Jacqueline Kennedy, mais elle refusa car elle n'avait pas besoin de la chambre. Elle se rappelait combien il était étrange qu'on y eût préparé pour elle, sans qu'elle le demandât, une robe de rechange. Elle songeait que pendant ses trois années à la Maison Blanche, elle avait beaucoup appris sur Lyndon Johnson. Leurs rapports avaient été excellents, mais beaucoup de choses dépendaient de ce que la presse apprendrait à l'atterrissage. Elle fit appeler Kilduff et lui dit :
- «  Faites bien attention, Mac  allez leur dire que je n'étais pas à l'avant, mais que je suis revenue ici m'asseoir avec jack. »
Kilduff baissa la tête et marmonna
- « Je le le ferai. »
Tout le monde estimait à présent qu'il fallait faire quelque chose pour que Jacqueline changeât de toilette. Dans la cabine, les Johnson et R. Youngblood s'en inquiétaient, mais aussi les fidèles dans le compartiment de queue.
- « Pourquoi ne pas vous changer 'lui dit Godfrey. Vous pourriez changer de robe. »
- « Non, je veux qu'ils voient toute l'horreur. »
Elle hocha la tête avec véhémence. Kilduff vit le sang séché couleur de rouille, sous son bracelet au poignet gauche, et il frémit. La première idée de larry Gallagher, en arrivant de l'avant, fut d'aller chercher un gant de toilette mouillé d'eau chaude et du savon. A voix basse, elle consulta Godfrey, Clifton et Clint et puis O'Donnell les rejoignit et conseilla :
- « Ne faites rien. Laissez-la comme elle est si elle le veut. »
Ken commençait à la comprendre. Enfin, elle rompit son silence et s'expliqua nettement devant le docteur Burkley. Le médecin indiquait sa jupe horrible d'une main tremblante.
- « Une autre robe ? suggéra-t-il en hésitant. »
- « Non ! Qu'ils voient toute l'horreur ! »
- «  Vous savez ce que je vais prendre, Jackie lui dit soudain Ken O'Donnell. »
- «  Je m'en vais boire grand coup bien fort. Je crois que vous devriez faire autant. »
Elle était indécise. Elle avait des promesses, à tenir, des kilomètres à parcourir, et l'alcool risquait de déclencher une crise de larmes.
- « Que prendrais-je ? demanda-t-elle. »
- « Je vais vous servir. Je vais vous servir un bon scotch. »
- « Je n'ai jamais bu de scotch de ma vie. »
Elle hésita, et puis accepta. On prescrivait souvent des remontants aux personnes commotionnées. Ken lui apporta un grand verre plein d'un liquide sombre. Elle trouva que cela avait un goût de médicament. Néanmoins, elle le bu, et un second verre après. De fait, après les obsèques, quand elle alla s'installer à Georgetown, le scotch était le seul whisky qu'elle consentît à boire. Elle n'apprit jamais à l'aimer. Mais le goût lui rappelait toujours le retour de Dallas, les heures qu'elle ne se permettrait jamais d'oublier. La poignée d'hommes qui l'entouraient vidaient verre sur verre. Kilduff calcula par la suite qu'entre Dallas et Washington, il consomma près des deux tiers d'une bouteille de gin. Chacun d'eux cherchait à survivre à l'horrible voyage, et si l'alcool pouvait les y aider, c'était de l'alcool qu'il leur fallait. L'alcool n'aidait en rien. Il ne produisait aucun effet. Rien ne témoigne mieux du traumatisme moral des passagers que leur ahurissante immunité à l'alcool. Kilduff, qui avait avalé de quoi l'anesthésier, était comme à jeun. Quand Ben Bradlee vit Mrs. Kennedy et son escorte à l'hôpital Naval de Bethesda, il fut scandalisé ; à les voir, il supposa que personne n'avait eu le bon sens de leur donner duelque chose à boire. Poussé par un puissant vent arrière, l'avion présidentiel fonçait vers l'est à une vitesse approchant celle du son. A plus de 12000 mètres d'altitude, le ciel était clair et serein, mais son calme était trompeur. La base d'Andrews parlait de tornades au sol et devant l'avion une dépression froide descendait de l'Arizona. Déjà de violentes bourrasques balayaient le nord du Texas. A Love Field, le thermomètre plongeait et le ciel occidental était livide. Le « temps Kennedy » quittait Dallas avec lui. Au sud, Swindal aperçut un spectre de lune accroché près du méridien. Il se dit d'abord que la nuit était propice. Pour un retour pareil, mieux valait atterrir dans l'obscurité. Mais tandis que le jour mourait, la fatigue de la journée s'imposa de plus en plus lourdement. Il avait conduit au Texas un Président Kennedy dans toute la plénitude de ses forces ; et maintenant il le ramenait dans un cercueil. Derrière lui se trouvaient (comme il y pensait alors) le Président, la Première Dame, le vice-président et Mrs. Johnson. Jamais commandant de bord n'avait assumé si lourde responsabilité, et pourtant il se demandait s'il pourrait tenir jusqu'à Andrews. Il était sur le point de s'effondrer. Il devait « lutter pour continuer ». Son copilote était, s'il est possible, dans un pire état. Avant le décollage, le lieutenant-colonel Lewis Hanson avait été obsédé du désir de quitter immédiatement le Texas. Il s'attendait à tout moment à ce que le fuselage de son avion fût attaqué à la mitraillette, et à deux reprises, tandis que l'on attendait: Sarah Hughes, il avait mis les réacteurs en marche. Air Force Un était à trente minutes et manoeuvrait au-dessus de la Shenandoah, quand Bob Kennedy arriva devant l'immense étendue de béton maculée d'huile. Andrews n'avait jamais été une base attrayante. Le terrain était maintenant presque entièrement voilé par la nuit, mais Kennedy aperçut un groupe de cameramen de la télévision. Il décida de les éviter. Mais il était résolu à se trouver aux côtés de Jackie dès l'arrêt de l'appareil. Il regarda autour de lui, vit un camion militaire abandonné et sauta dedans. Assis dans les ténèbres presque totales, il se rappela la dernière fois qu'il était venu ici. C'était le samedi 20 octobre 1962, à midi. La crise des missiles venait de commencer ; des U2 de reconnaissance avaient confirmé la présence de rampes de lancement russes à Cuba, et le Président, alerté par téléphone, était revenu en toute hâte de Chicago, prétextant un rhume. Le ministre de la justice avait attendu son frère devant ces mêmes pistes. Au-dessus de l'aéroport international Dulles, Swindal plongea dans les nuages et aperçut la terre. Johnson était dans la chambre présidentielle, se rasait, se coiffait et changeait encore une fois de chemise. Dans le compartiment de queue. Dave Powers dit à Roy Kellerman :
- « Mrs. Kennedy veut que vous, les agents qui étiez avec le Président, vous l'emportiez, et elle veut que Greer conduise. »
- « Salut Jackie, dit Bob Kennedy, en la prenant dans ses bras, me voilà. »
Sachant combien le chauffeur souffrait, Kellerman fut frappé par le geste prévenant. Mrs. Kennedy elle-même parlait à Evelyn Lincoln, Mary Gallagher, Muggsy O'Leary et George Thomas, qui avaient été convoqués aussi.
- « Je veux vous avoir près du cercueil, dit-elle à chacun, et à Godfrey Mac Hugh : je veux que ses amis le descendent. »
Ted Clifton revint dire à Ken O'Donnell :
- « L'armée se prépare à descendre le cercueil. »
- « Nous le descendrons nous-mêmes, répliqua sèchement O'Donnell. »
Ken fit savoir à l'avant que Mrs. Kennedy désirait que ceux qui avaient été proches de son mari l'accompagnent au débarquement. Mais il y avait un second Président à bord, et il semble évident que tout, le monde avait alors priorité sur le nouveau chef de l'Etat, et même les stewards. Quinze personnes se serraient dans l'étroit couloir ; Kilduff vit le Président abandonné dans la cabine. Le secrétaire de presse adjoint le sentit humilié. Plus tard dans la soirée, sa gêne s'accrut. Dans l'Executive Office Building, il découvrit que Johnson était encore irrité et qu'il rendait Kilduff responsable. Le nouveau Président remâchait encore l'incident le lendemain après-midi. Après avoir présidé le Cabinet pour la première fois, il confia à l'un des ministres qu'il avait « de sérieux problèmes avec la famille ». Selon les notes de sa secrétaire, « il a dit que lorsque l'avion a atterri, la famille... n'a pas fait la moindre attention à lui, qu'elle a débarqué le corps, l'a mis dans la voiture, a emmené Mrs. Kennedy et s'en est allée, et seulement alors il est descendu à terre sans que l’'on ait pour lui la moindre attention ou courtoisie, alors qu'il était Président des Etats-Unis. Mais il ajouté qu'il a simplement « offert » l'autre joue... il a dit,
- « Que puis-je faire, je ne peux pas me battre avec la famille et l'aura de Kennedy est importante pour nous tous »
Les regards de la foule étaient tournés vers l'arrière, sur la porte dit Président. Une passerelle avait été poussée à l'avant et le ministre de la justice Robert kennedy l'escalada alors qu'on la roulait encore. Il sauta dans l'appareil, traversa en courant le réduit des communications, le compartiment du personnel, la cabine. Liz Carpenter, reconnaissant son visage blême, posa la main sur son épaule. Il ne la remarqua pas, pas plus que les Johnson - le lendemain, le Président dit à l'un de ses conseillers que Robert Kennedy ne lui avait pas adressé la parole parce qu'il ne cherchait qu'une seule personne. Liz l'entendit murmurer « Je veux voir jackïe ». Dans le compartiment (le queue, il se glissa à côté (le Mrs. Kennedy.
Salut, Jackie, dit-il calmement en la prenant dans ses bras. Me voilà. Ceux qui étaient là sursautèrent ; il avait exacteinent la voix de son frère. Bob hennedy ouvrit la vitre de séparation de l’ambulance et demanda à Kellerman :
- « Roy, vous savez qu'ils ont appréhendé un type à Dallas ? »
Roy l'ignorait. Depuis deux heures, Lee Oswald était la vedette de l'actualité, mais seuls les passagers du 26ooo qui avaient regardé la télévision dans la cabine le savaient.
- « C'est bien, dit Kellerman. »
- « C'était un homme seul. »
- « A l'hôpital, je viendrai vous parler. »
- « C'est ça, dit Bob et il referma la vitre. Jacqueline Kennedy dit à Bob »
- « Je ne veux pas des Pompes funèbres. Je veux que, tout soit fait par la Marine.»
Il demanda à Godfrey d'y veiller. Puis une discussion confuse suivit, concernant l'avenir probable des attachés de Kennedy, le départ retardé Love Fields, le rôle qu'avait joué Mac Hugh, et l'explication qu'avait alors donnée le nouveau Président.
- « Il a dit qu'il t'avait parlé, Bobby, dit jacky à son beau frère beau-frère, et que tu lui avais dit qu'il devait prêter serment tout de suite, à Dallas.» Le ministre de la Justice fut stupéfait. Il devait y avoir un malentendu, dit-il ; il n'avait rien suggéré de pareil. L'auteur a demandé au Président Johnson un commentaire sur ce malentendu. Il a répondu qu'il n'avait rien à ajouter à sa déposition faite à la Commission. Légèrement appuyée sur le cercueil, Mrs. Kennedy murmura :
-   « Oh, Bobby... je ne puis croire que jack n'est plus. »
Ses veux lumineux fixés sur le rideau gris derrière lui, elle décrivit le cortège, l'assassinat en plein soleil, et les suites. Pendant vingt minutes., il l'écouta en silence. Par la suite, il expliqua :
- « Il était évident qu'elle voulait me le raconter, que je veuille l'écouter ou non... Je n'ai pas pensé à moi, je ne me suis pas demandé si je voulais l'entendre. Alors elle a tout revécu. »
Sans faire de commentaires, impassible, il apprit toute l'horreur de Dallas, entendit l'histoire racontée par la voix douce et un peu rauque qui s'élevait de l'autre côté du cercueil.


"Un peuple n'a qu'un ennemi dangereux : c'est son gouvernement." Louis Antoine de Saint Just

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#24  28 Mar 2011 10:44:24

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Re: Mort d'un Président

VOTRE PAPA A RECU UN COUP DE FUSIL, ON L’A EMMENE A L’HÔPITAL,
MAIS LES MEDECINS N’ONT PA PU LE GUERIR




-  "Elle est là".
Elle se retourna ; Jacqueline Kennedy se tenait au milieu du petit salon. Ben Bradlee, un ami des Kennedy, trouva qu'elle avait l'air « d'une enfant complètement accablée, avec sa jupe abominable, ne disant rien, l'air brûlée vive. » Elle se jeta dans les bras de Ben en étouffant un sanglot. Il la remit à sa femme Toni. Toni la serra dans ses bras et souffla :
- "Voilà votre mère".
Jackie se tourna vers Mrs. Auchincloss, avec un pauvre sourire, et l'embrassa. Sa mère s'écria :
- "Oh, Jackie, si cela devait arriver, remercions Dieu qu'il n'ait pas été rendu infirme".
Jackie embrassa Nancy Tuckerman qui avait été nommée secrétaire sociale de la Maison-Blanche quelques mois plus tôt.
- "Pauvre Tucky, lui dit-elle gentiment. Vous êtes venue de New York pour prendre, cet emploi, et maintenant tout est fini. C'est si triste. Vous resterez avec moi encore un peu de temps, n'est-ce pas !"
Robert Kennedy était derrière elle. Pour Bradlee, il était « ce qu'on a pu voir de plus fort. Il était calme, il soutenait Jackie, remontait le moral de tout le monde alors que le sien n'aurait pu être plus bas... » Entraînant Jackie à l'écart, il lui annonça :
- "Ils pensent avoir trouvé le coupable. On dit qu'il est communiste".
La nurse dit lentement :
- "Caroline, les médecins n'ont pas pu guérir votre papa... "
Elle ouvrit des yeux ronds, en pensant, Mon Dieu, mais c'est absurde ! Plus tard, elle songerait à la haine et à l'atmosphère survoltée de Dallas, mais sur le moment elle était simplement écoeurée. Elle retourna vers sa mère.
- "Il n'a même pas eu la satisfaction d'être tué pour les Droits civiques . C'est... il a fallu que ce soit un petit imbécile de communiste". Janet Auchincloss invita sa fille à s'installer chez elle à Georgetown. Jackie ne répondit pas. Puis Mrs. Auchincloss dit négligemment :
- "Tu sais que les enfants sont à Street"
étonnée, Mrs. Kennedy demanda :
- "Mais pourquoi sont-ils là-bas ?"
- "Mais... à cause de ton message de l'avion".
- "Je n'ai envoyé aucun message. Ils devraient être chez eux, dans leur lit. Maman, mon Dieu, ces pauvres enfants ; leur vie ne devrait pas être bouleversée, surtout en ce moment ! Dis à miss Shaw de les ramener et de les coucher". Mrs. Auchincloss téléphona à Maud Shaw, mais la nurse était déjà au courant. Le plus léger murmure voyageait vite dans cet appartement ; l'agent du Service secret Clint Hill avait surpris la conversation et téléphoné à l'agent Toni Wells, du bureau voisin des infirmières.
- "Jackie, vas-tu l'annoncer aux enfants, on veux-tu que je le fasse, ou bien que ce soit Miss Shaw demanda Mrs. Auchincloss." Jackie demanda conseil.
- "Ma foi... John peut attendre, répondit sa mère. Mais Caroline devrait être mise au courant avant qu'elle l'apprenne par ses camarades".
- "Oh oui, maman. Que pensera-t-elle si soudain elle..."
Elle réfléchit un moment, puis eut une réponse que sa mère jugea sage.
- "J'aimerais leur apprendre, mais demande à miss Shaw de faire ce qu'elle juge bon".
Janet Auchincloss ne fit pas tout à fait cela ; elle exerça son propre jugement. Elle téléphona à la nurse et commença par demander comment les enfants allaient. Miss Shaw lui répondit qu'ils allaient bien ; un peu déroutés, peut-être, mais à leur àge, ils avaient du ressort ; ils avaient dîné et avaient sommeil.
- "Mrs. Kennedy veut que vous l'appreniez à Caroline".
- "Oh ! non, je vous en prie, s'écria miss Shaw d'une voix désespérée".
- "Il le faut. Il n'y a personne d'autre".
- "Je n'en ai pas le coeur... Je ne peux pas détruire sa petite journée heureuse".
- "Je sais, mais vous le devez".
- "Je vous en prie, je vous en supplie, quelqu'un d'autre ne peut pas le faire ?"
- "Non. Mrs. Kennedy est trop bouleversée".
La mère de Jacqueline était bien résolue à soulager les épaules de sa fille de ce fardeau écrasant. Il n'y avait plus rien à dire : elles raccrochèrent. A 20 h 30, miss Shaw coucha le petit John.
Maintenant, c'était au tour de la petite fille miss Shaw lui dit, lentement :
- "Votre papa a reçu un coup de fusil. On l’a emmené à l'hôpital, mais les médecins n'ont pas pu le guérir".
La petite fille enfouit sa tête dans l'oreiller en pleurant. Ia nurse resta à son chevet, en se tordant les mains, jusqu'à ce que l'enfant s'endorme. Puis elle la borda, alla border John et se retira dans sa chambre, où elle resta assise, seule.

«IL ME FAUT QUITTER LA MAISON-BLANCHE. OÙ VAIS-JE MAINTENANT HABITER? »

Arrivée des Kennedy et de leur suite dans l'appartement de Bethesda avait donné le sentiment d'une étrange danse rituelle. Des couples se formaient, se séparaient, se formaient : les gens parlaient avec des  voix métalliques, s'observaient, se précipitaient aux côtés de ceux qui paraissaient s'effondrer. Certains se tenaient à l'écart. Elvelyn Lincoln s'assit sur un rebord de fenêtre, les mains toujours crispées sur la serviette en crocodile noir du Président, perdue dans ses pensées. Bob Kennedy passait son temps au téléphone, s'entretenait avec la veuve de l'agent Tippit, avec Nellie Connally, avec Lee Radziwill à Londres, avec Sargent Shriver. Dave Powers avait fait monter des alcools, de la bière et du café. A un moment donné, le ministre de la justice lui demanda un tourne-disques. C'en fut trop pour Ben Bradlee. Il protesta. Kennedy regarda autour de lui d'un air distrait. Il demanda à quelqu'un de passer de la musique. Ben Bradlee sembla étonné. Mais la personne ne reparut pas. Bob oublia apparemment sa demande. Chacun à tour de rôle vint supplier Mrs. Kennedy de se changer. Chaque fois, elle hochait résolument la tête. Puis on pensa qu'elle devrait prendre un sédatif. Sur ce point aussi, elle fut inflexible et le docteur John Walsh la soutint,
- "Si elle n'en veut pas, très bien, dit-il. Laissez-la tranquille. laissez-la parler jusqu'à épuisement".
Elle parlait beaucoup. Elle raconta au médecin ce qu'elle se rappelait des événements dans la Lincoin présidentielle. Elle fit à Ben et Toni le récit de la bague à Parkland et rappela la mort de Patrick. Elle associait sans cesse les deux morts. Pour la nation, l'assassinat du Président était un événement unique ; pour elle les deux actes de la double tragédie étaient inséparables. A Bethesda, la veuve semblait avoir conscience de ses nouvelles responsabilités. Voyant Pain Turnure en larmes, elle la prit dans ses bras.
- "Pauvre Pam, qu'allez-vous devenir maintenant ?"
Elle se faisait du souci pour eux tous et s'efforçait de leur remonter le moral, même celui de Dave Powers.
- "Vous savez ce que nous devrions avoir clans la. bibliothèque Kennedy ?" dit-elle avec un léger sourire.
Ils attendirent, méfiants.
- "Une piscine, déclara-t-elle. Pour que Dave puisse faire des exhibitions et montrer comment il nageait avec le Président."
Entre deux coups de téléphone, le ministre de la justice répéta à O'Donnell et à O'Brien qu'il n'avait pas pressé Johnson de prêter serment dans l'avion. Ils échangèrent des regards surpris, sans comprendre que Johnson avait pu désirer souligner la continuité de la présidence. La veuve du Président et le nouveau chef de la famille Kennedy devaient prendre des décisions ensemble. A une exception près, qui se présenta plus tard dans la soirée, ils étaient du même avis sur tout. Ils ne furent en tout cas jamais en désaccord sur la question des pompes funèbres. Elle lui répéta :
- "Je ne veux pas que jack aille dans un abominable salon mortuaire."
Il approuva vigoureusement. Mlle alla s'asseoir en face de Toni Bradlee, à la table de salle à manger.
- "Vous voulez que je vous raconte ?"
C'était la dernière chose que voulait Toni. Mais elle acquiesça. Comme Bob Kennedy, elle estimait que ses désirs ne comptaient pas.
- "Comment peut-elle le faire ? chuchota label Kennedy".
- "C'est son ascendance française, expliqua Ben. Elle se soulage."
Le ministre de la Défense, Robert MacNamara, arriva à l'hôpital. Bob Kennedy lui avait téléphoné à son domicile après le retour du ministre de la Maison-Blanche. Pensant passer simplement quelques minutes, il laissa sa femme dans sa voiture. Puis il comprit que Mrs. Kennedy voulait qu'il reste, et il redescendit pour lui dire qu'il fallait aller chercher leur fils à une réunion de boy-scouts avant 20h 30. Mac Namara dit plus tard « fille avait ce tailleur avec la jupe couverte de sang, les bas ensanglantés, et c'était fantastique, mais elle voulait simplement avoir quelqu'un à qui parler. Je me suis dit que je devais rester calme, pour elle, et l'écouter. Nous étions dans la cuisine, Jackie assise sur un tabouret et moi par terre. Je concentrais toute mon attention sur elle, parce qu'elle avait besoin de moi, et je me disais « Au diable les autres, qu'ils se débrouillent. » Elle parlait du crime. Enfin, elle demanda
- "Où vais-je habiter ?"
La Maison-Blanche n'était plus une résidence Kennedy, et elle se rappelait que la maison de Georgetown n'était pas à elle non plus. La maison était idéale, et après deux mandats, ils auraient besoin d'un foyer permanent. Mais huit ans semblaient bien longs, et il l'avait mise en vente. Elle était indécise, et pensait qu'il lui serait intolérable de coucher seule dans cette chambre, Elle décida donc de retourner à Georgetown, si possible à la même adresse.
- "Je vous rachèterai la maison", promit Mac Namara.
Les premières éditions des journaux du soir du lendemain donnèrent l'impression que Jackie avait été une maîtresse femme, donnant rapidement des ordres à la manière de son mari. Ils se trompaient. Peu de touristes savaient qu'elle était en grande partie l'auteur du guide de la Maison-Blanche. Au bas de la page 39, elle avait fait reproduire une gravure représentant le corps de Lincoln sur son catafalque, et quand Bob lui fit remarquer avec douceur qu'ils devaient penser à ce qu'ils feraient en sortant de là, elle répondit :
- "C'est dans le guide".
Ce fut la base du mythe selon lequel elle avait pris une suite de décisions rapides. Mais le Kennedy qui prenait des décisions était le ministre de la Justice. Ce fut lui qui donna le coup de téléphone au sujet du catafalque, qui demanda que les objets personnels du Président soient dans l'aile ouest avant leur retour, pour que Jackie ne soit pas bouleversée en les voyant, et qui commanda l'hymne de la Marine, dont les accents devaient hanter pendant longtemps les compatriotes du Président assassiné.
- "Je veux donner moi-même l'alliance à jackie pour être sûr qu'elle l'ait."
Dans l'avion, elle avait fait preuve d'une résistance insoupçonnée, et cette force reparaîtrait après le retour à Pennsylvania Avenue, mais dans la nuit du 22 au 23 novembre, à Bethesda, c'était Robert Kennedy qui était aux commandes. Le ministre de la justice s'impatientait. A 22 h, le général Godfrey Mac Hugh l'assura qu'ils seraient prêts à quitter Bethesda à minuit, mais à minuit le remaniement n'était même pas commencé. Pendant la longue attente, plusieurs occupants de la tour secouèrent leur torpeur. Jean Smith demanda à George Thomas d'apporter de la Maison-Blanche les costumes et les cravates préférés du Président ; il partit avec deux agents du Service secret. Ken O'Donnell donna à Bob Kennedy le portefeuille du Président. Puis Ken dit résolument à Jackie (cela lui pesait sur le coeur depuis Parkland)
- "Jackie, je vais vous récupérer cette alliance".
En bas, à la morgue, il parla au docteur George Burkley, qui réussit à quiter l'anneau et passa sans un mot devant O'Donnell, du seizième étage, Burkley expliqua au ministre de la Justice Je veux la lui donner moi-même, pour être sûr qu'elle l'ait. Bob Kennedy s'écarta, et dans la petite chambre le médecin du président lui tendit l'alliance et tenta d'exprimer sa douleur. Le grand public l'ignorait, mais Jacqueline Kennedy avait parfois un caractère redoutable. Burkley avait donc toujours gardé des distances respectueuses, jusqu'à ce jour. Mais elle était également capable de compassion instinctive, et quand il lui tendit l'alliance, en essayant maladroitement de s'exprimer - il ne trouvait que des lieux communs - elle lui dit combien sa prévenance avait été précieuse pour le Président et pour elle. Puis elle glissa une main dans la poche de sa veste, prit une des roses rouges que le médecin lui avait remises dans l'ambulance-corbillard de Dallas, et la lui donna. La foule, dans l'appartement de l'hôpital, fut à son comble durant l'avant-dernière heure de ce vendredi. A 2h, heures, Margie Mac Namara revint de la réunion scoute. Ethel Kennedy avait téléphoné à Charlie et Martha Bartlett et, avec la vingtaine de personnes qui s'y pressait, l'appartement était vraiment bondé. « Jackie, raconte Charlie, donnait l'apparence de l'équilibre, mais semblait presque irréelle. Elle parlait beaucoup de l'assassinat ; Belle en parlait, paraît-il, depuis longtemps. Elle évoqua les roses rouges et le nouveau tapis rouge que l'on devait placer dans le bureau du président ce jour-là elle parlait aussi de tout le sang. Elle ne pleurait pas. Les larmes étaient au bord de ses yeux, niais ne coulaient pas. Bobby l'observait, silencieux, prévenant. Il était formidable, discret comme toujours.
- "Combien eut été éblouissant un second mandat de Kennedy", dit avec regret MacNamara. Charlie Bartlett lui posa une question savait-il qu'il devait devenir ministre des Affaires étrangères. Il l'avait appris de la bouche même du président, Le ministre de la Défense inclina lentement la tête. jack -le cessa de parler de Dallas. Elle faisait tous ses efforts pour se conduire en maîtresse de maison attentive, refusait les tranquillisants, les offres de sédatifs et résistait à sa mère qui voulait qu'elle change de vêtements.
- "Soudain, comme devait le dire plus tard Ben Bradlee, nous nous sommes rendus compte que nous étions là depuis trop longtemps".




JE NE PARTIRAI PAS D'ICI TANT QUE JACK Y SERA



Toni et lui se dirigèrent vers la porte. Mrs. Kennedy insista auprès de Turnure, Evelyn Lincoln. Nancy Tuckerman et Mary Gallagher pour qu'elles rentrent chez elles et se reposent.
- Songez que nous devrons tenir pendant les jours qui viennent, dit-elle. Il faut être forte pendant deux ou trois jours, dit jackie. Ensuite, nous nous écroulerons tous.
Jacqueline Kennedy confia à Martha :
- "Je ne partirai pas d'ici tant que Jack y sera. Mais je ne pleurerai pas avant que tout soit fini".
Bob Kennedy semblait regretter que les visiteurs s'en aillent ainsi.
- "Pourquoi partir !" demanda-t-il en les voyant se diriger en groupe vers le grand ascenseur.
Ils murmurèrent de vagues excuses ; et prirent la fuite. Ken O'Donnell, O'Brien et Dave Powers, eux, avaient décidé de rester tant que le président serait là. Décision prise sans rien dire, simplement une entente tacite.
L'infirmière escorta Ethel et Jean à d'autres chambres du même étage. Le docteur Walsh donna un somnifère à Jean, et lui-même, Bob MacNamara et Bob Kennedy restèrent auprès de Jackie. Un peu plus d'une heure plus tard le docteur Walsh prépara une seringue ; il la voyait au bord de l'épuisement.

Dernière modification par Saint Just (28 Mar 2011 10:44:43)


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#25  31 Mar 2011 08:36:52

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Re: Mort d'un Président

Juste avant de partir pour The Elms, Johnson s'entretint avec Ted Sorensen. Ce fut une longue conversation, très révélatrice ; les obstacles invisibles qui se dressaient entre eux auraient existé sans Robert Kennedy. Tout en étant résolu à partir discrètement, Sorensen avait ses responsabilités à coeur et tenait à rendre service. Avant de traverser l'avenue, il avait préparé une liste des affaires présidentielles les plus urgentes. Avec Moyers qui prenait des notes, ils les passèrent soigneusement en revue. Ted reconnaît qu'il fut « dur et sec ». Mais il n'était pas hostile. Le président écarta sa démission et l'écouta impassiblement donner son opinion sur le personnel de la Maison-Blanche. (A son insu, Johnson avait demandé à d'autres s'il était « facile de travailler avec Sorensen ». Les réponses avaient varié.) Au début de leur conversation, Johnson demanda
- « Que pensez-vous de la possibilité qu'un gouvernement étranger soit mêlé à cette affaire ? »
- « Avez-vous des preuves ? rétorqua Ted. »
Il n'y en avait pas, naturellement. Johnson lui montra un rapport du F.B.I. lui apprenant que les dirigeants d'une puissance ennemie avaient souhaité la mort de Kennedy. Ce rapport était trop fumeux pour être pris en considération. Il ne donnait pas de noms ni de faits précis, et les noms des informateurs du F.B.I. étaient en code.
- « Sans signification, déclara Sorensen en rendant le papier. »
Le président ne dit rien. Il demanda à Sorensen s'il pensait que des gardes du corps particuliers seraient nécessaires pour le protéger pendant les obsèques. Ted répondit non. Tôt ou tard (ce serait tôt) les rapports entre le nouveau président et l'ancien conseiller particulier de la présidence devaient fatalement se détériorer. Comme le dit Sorensen à un ministre peu après trois heures, il avait consacré plus de dix ans de sa vie à la carrière de John Kennedy, et maintenant son « placement avait disparu ». Kennedy l'avait choisi parce que leurs personnalités s'accordaient à la perfection. Mais Ted et Lyndon Johnson étaient deux hommes entièrement différents. Un monde les séparait. Pendant tout ce week-end, le président donna l'impression de croire qu'il pourrait conserver intacte l'équipe de Kennedy. C'était impossible, et quand il fut un peu plus sûr de lui il comprit qu'il devrait former sa propre équipe. Par la suite tout après avoir été personnellement élu, Johnson semblerait oublier qu'il avait supplié les attachés de Kennedy de lui accorder leur soutien. Il serait irrité d'entendre simplement prononcer leur nom. Avant un an, il en viendrait à ne plus pouvoir supporter ce qui rappelait Kennedy.




PAS DE TV, PAS DE JOURNAUX MAIS JOE, LE PÈRE DU PRÉSIDENT, A DEVINÉ




Il est difficile de comprendre les pensées d'un grand malade ; cependant, il était très net, pour ceux qui entouraient joseph P. Kennedy, qu'il sentait qu'un drame se déroulait. Ted Kennedy lui avait dit qu'il était rentré du Massachusetts pour prononcer un discours, et pourtant Ted était à la messe de huit heures avec Eunice. La télévision ne marchait pas. Joe Kennedy fit impatiemment des signes à sa nièce, Ann Gargan, et elle comprit qu'il avait remarqué l'absence de tout quotidien. Elle expliqua maladroitement que Frank, le chauffeur de la famille, n'avait pas pu aller les chercher parce qu'il avait conduit Rose Kennedy à l'église. Le regard du père du Président devint plus aigu. Puis il regarda par la grande baie de la salle à manger et vit sa femme traverser le jardin, tout habillée de noir, un voile de crêpe sur la figure. Il fit un curieux petit signe saccadé ; Ann pensa plus tard que c'était à ce signe qu'il avait deviné le malheur. On ne pouvait guère lui cacher longtemps la vérité. Ted le savait et, après le petit déjeuner, le sénateur demanda à Eunice de le rejoindre dans la chambre de leur père. La tension de Joe devenait alarmante. Il avait été irritable avec Ann et l'infirmière pendant ses exercices quotidiens dans la piscine intérieure. Recouché, il s'agitait dans son lit et foudroyait du regard l'écran éteint de la télévision. Par précaution, on avait fait venir de Boston son médecin, le docteur Russel Boels, qui veillait dans le couloir, à portée de voix. Ted et Eunice entrèrent et s'assirent à son chevet. D'un geste indigné, Joe montra le petit écran. Le sénateur se tourna vers le poste de télévision, en expliquant qu'ils étaient tous allés à la messe, et son père contempla la mer par la fenêtre. Dans les cas d'aphasie, l'esprit du malade s'égare souvent. Il écoute avec attention et puis soudain il se perd dans une rêverie personnelle.
- « Il y a eu un terrible accident, dit Ted. Le Président a été grièvement blessé. »
Joe Kennedy retourna brusquement la tête. Il regarda son fils dans les yeux. Il suivait chacun de ses mots.
- « En fait, dit Ted, il est mort. »
A l'époque, on a dit que le père du Président n'avait pas pleuré. C'est faux. Le magnat en retraite était extrêmement émotif et adorait ses enfants. Quand son fils aîné était mort à la guerre, il était en pleine santé. Cependant, il avait pleuré, et il pleura encore ce jour-là. Ted et Eunice s'efforcèrent de le consoler, mais ils étaient eux-mêmes accablés. Enfin, Joe se remit suffisamment pour demander des détails. Il y eut de nouveau des larmes, et le docteur Boels dit à Ann qu'il était indispensable que le malade se repose.
Malheureusement, ce n'était guère possible. Il n'y avait aucun moyen de distraire le vieillard. Ann apporta des journaux ; son oncle vit les photos de Dallas et s'effondra de nouveau en larmes. Le médecin entra lui donner un sédatif. Comme celui que le docteur Walsh avait administré à Jacqueline Kennedy à Betterave, il ne fit aucun effet. Ted demanda conseil à son frère par téléphone ; Bob reconnut qu'il devait rester jusqu'à ce que son père soit un peu remis. La nouvelle ayant été annoncée, Ann pensa que Joe Kennedy pourrait aussi bien regarder la télévision. En une demi-heure, un technicien de Hyannis répara les fils que Ted avait violemment arrachés la veille et le père du Président, soutenu par des oreillers, put voir le cercueil de son fils dans la salle Est, veillé par une garde d'honneur dont on vit la relève. Il se remit à pleurer, et pendant les heures qui suivirent - en fait pendant près de trois jours - il balança entre un désir effréné de nouvelles et un dégoût pour l'information. Ann et l'infirmière Rita Dallas passèrent leur temps à tourner le bouton du poste. La crise éclata à la fin de l'après-midi. Le bruit que le père du Président était mort d'une crise cardiaque courut à Hyannis Port. Le sénateur Kennedy se demanda s'il serait sage de réunir une conférence de presse pour démentir cette nouvelle, et jugea finalement qu'il valait mieux ne rien dire. Soudain, Joe Kennedy décida qu'il devait aller immédiatement à Washington. Ann entra dans sa chambre et le trouva en train de chercher fébrilement à s'habiller. Il était impossible de le dissuader. Tout autre aurait pû être gentiment remis au lit, mais jamais personne n'avait donné des ordres à cet homme-là et Ann n'essaya même pas. Elle l'aida au contraire à s'habiller, l'installa dans son fauteuil roulant et le poussa jusqu'à la voiture. Elle suggéra une simple promenade ; hochant farouchement la tête, il lui fit signe d'aller à l'aéroport. S'il y avait eu un moyen de transport à sa disposition, nul doute qu'il eût débarqué à Washington et à la Maison-Blanche deux heures plus tard. Mais depuis son attaque, Joe Kennedy ne voyageait qu'à bord du Caroline. L'avion n'était pas là, et ils restèrent simplement tous les deux assis dans la voiture, à regarder atterrir des avions de ligne, jusqu'à ce qu'il fasse signe à sa nièce de repartir. Elle le ramena lentement au domaine et le recoucha. En le bordant, Ann eut l'impression que la sortie lui avait fait du bien. Il n'était pas résigné. Il demeurait inconsolable, tâtonnant dans une douleur solitaire et insondable. Mais il avait fait quelque chose. Il avait essayé.
Le samedi soir, Kenneth Galbraith et Arthur Schlesinger se rencontrèrent de nouveau chez les Harriman. Galbraith, toujours persuadé qu'il serait le principal auteur du discours du président Johnson aux deux Chambres réunies, exposa à Schlesïnger les grandes lignes de son projet. Il fut mal reçu. Galbraith avait pris comme thème la continuité, disant que « l'avenir était plus grand que la vie d'aucun homme ». C'était ce que le nouveau président lui avait dit, et il avait suivi l'indication. Schlesinger trouva cela sans coeur. Il estimait que le discours devrait insister sur les réalisations de Kennedy.




«JE VEUX REVOIR JACK DEMAIN, JE VEUX LUI DIRE AU REVOIR



Dans son journal, Galbraith observe : « Arthur était d'une humeur effroyable. Il a passé une bonne partie de la soirée à m'accabler. » Mrs. Kennedy envoya chercher Bobby et lui dit - Il faut que je voie jack, demain matin. Je veux lui dire au revoir, et je veux mettre quelque chose dans le cercueil. Il comprit. C'était le secret de sa force, de l'affection particulière qu'il suscitait. : il ne demandait jamais aux autres leurs raisons. On était un parent, un ami, c'était suffisant. Il pensait que l'on savait ce qu'on faisait et plus on était franc, plus il l'appréciait. Il nota sur son emploi du temps du dimanche et déclara
- « Je viendrai te chercher. Nous descendrons ensemble. »
Après son départ, Jacqueline Kennedy écrivit une lettre à son mari. Plus tard, elle ne devait plus se rappeler le moment exact. Les somnifères et la fatigue avaient émoussé ses sens, et les domestiques avaient si bien tiré les rideaux de l'appartement présidentiel qu'il était impossible d'y distinguer le jour de la nuit. Dans sa chambre obscurcie, elle écrivit une dernière lettre passionnée, de plusieurs pages. Puis elle plia les feuillets et les plaça dans une enveloppe qu'elle cacheta.




JACKIE A CAROLINE : « ÉCRIS A PAPA POUR LUI DIRE QUE TU L'AIMES. »



Le dimanche matin après la messe. Jacqueline Kennedy et son beau-frère allèrent tout droit à l’appartement présidentiel. Elle dit à sa fille :
- « Tu dois écrire une lettre à papa et tu l'aimes. »
John était trop petit pour écrire, aussi lui dit-elle de faire une marque sur une feuille de papier, aussi soigneusement que possible. C'était, dit-elle, un message pour son père.
Puis, tenant la main de John, elle l'aida à griffonner de son mieux. C'était parfaitement illisible, naturellement, mais sa mère voyait qu'il s'appliquait. Mrs. Kennedy avait maintenant trois lettres ; mais ce n'était pas suffisant. L'impulsion qui s'était emparée d'elle à Parkland, quand elle avait glissé son alliance au doigt du Président, devenait plus forte. Elle était maintenant obsédée par le besoin de laisser avec lui quelque chose qu'il avait aimé. Elle se rappelait maintenant deux cadeaux qu'elle lui avait faits, et qu'il avait véritablement beaucoup aimés. Avant son mariage, il ne s'était jamais intéressé aux bijoux masculins. S'il avait besoin d'une paire de boutons de manchettes pour une chemise à poignets mousquetaires, il en achetait dans un drugstore. Un an après leur mariage, elle avait vu chez un joaillier de New York une paire de boutons de manchettes en or gravé qu'elle avait trouvés ravissants. Le prix était astronomique (800 dollars) mais elle les avait achetés. C'était le premier cadeau vraiment beau qu'elle lui faisait et il en avait été enchanté ; il les avait portés depuis à chaque occasion et en était très fier. Le second cadeau n'était pas luxueux. Pendant leur deuxième année à la Maison-Blanche, elle avait lu un article sur un sculpteur qui avait fait un portrait du Président. Cet homme, disait l'article, avait une spécialité : les « scrimshaws », objets décoratifs sculptés dans de l'os de baleine. Elle dit à Clint Hill que ce serait amusant d'avoir un scrimshaw orné du sceau présidentiel. Clint trouva le bonhomme, et le résultat fut un succès inespéré. L'homme avait découvert une antique dent de cachalot, l'avait montée sur du bois provenant d'un ancien voilier baleinier de New Bedford et avait passé 18 heures à y graver une reproduction du sceau du XIXe siècle la Noël 1962, Mrs. Kennedy l'avait donné à son mari. Ce matin-là, elle ne pensait lui faire qu'un « petit cadeau sans importance », mais le Président avait été ravi. A dater (le ce jour, il garda le bibelot sur le coin droit de son bureau. En se rappelant combien il l'avait aimé, jack-le avait demandé à Evelyn Lincoln de le lui apporter, à leur retour de Bethesda. Robert Kennedy et elle descendirent au rez-de chaussée avec les lettres, les boutons de manchettes et le scrimshaw et entrèrent dans la salle Est. Bob avait fait prévenir Godfrey Mac Hugh ; le général les accueillit sur le seuil. Clint ferma les portes, Godfrey replia les drapeaux, ouvrit le cercueil et regarda un instant à l'intérieur. Puis il le referma, replaça la bannière étoilée et donna l'ordre au lieutenant Donald Sawtell de faire sortir la garde d'honneur. Jacqueline l'entendit. Elle chuchota à Bof) :
- « Non, il ne faut pas qu'ils partent. Même si nous sommes là, jack serait si... (elle chercha un mot) si seul. Qu'on leur dise simplement d'aller dans le fond et de tourner le dos. »
La garde se retirait déjà ; Godfrey avait de nouveau replié le drapeau et ouvert le couvercle. Le ministre (le la justice parla au lieutenant, qui fit exécuter un demi-tour à ses hommes et en exécuta un lui-même. Manqués de Godfrey et de Clint Hill, ils firent face au mur, au garde-à-vous. La veuve et le frère du Président s'agenouillèrent à côté du cercueil ouvert. C'était la première fois que Mrs. Kennedy revoyait son mari, depuis Parkland. Ce n'est pas Jack, ce n'est pas Jack, se répétait-elle. Elle plaça les trois lettres dans le cercueil. Bobby y déposa un chapelet d'argent gravé qu'Ethel lui avait donné pour leur mariage. Mrs. Kennedy, tenant à la main une mèche des cheveux de son mari, sortit avec Bob. Elle vacillait. Clint Hill crut qu'elle allait s'évanouir. Mais elle resta droite, soutenue par cette volonté qui depuis deux jours la faisait vivre. Bob l'escorta jusqu'à l'ascenseur.


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#26  1 Apr 2011 08:34:41

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Re: Mort d'un Président

Johnson : « Dans le monde entier, cela va faire du tort aux États-Unis. »



L'horaire était à présent inflexible. Le petit John, en contemplant les porteurs du cercueil, demanda
- « Maman, qu'est-ce qu'ils font ? »
- « Ils emportent papa. »
« Mais pourquoi sont-ils si drôles... si lents »
« Parce qu'ils sont très tristes. » Le lieutenant se détourna et oublia l'heure.
Le président Johnson entra, sortit, revint il était profondément bouleversé. Après avoir assisté à un service religieux à l'église épiscopalienne Saint Marc, avec sa femme et Lucy, il était arrivé à la Maison-Blanche et on lui avait dit que Dean Rusk désirait lui parler immédiatement au téléphone. Le ministre lui avait appris ce que le pays tout entier apprenait Oswald avait été abattu « à la télévision ». Dans le salon bleu, jean Smith chuchota à lady Bird qu'elle avait entendu un domestique dire que l'assassin était mourant. Johnson accueillit le ministre de la justice, qui ignorait tout, en lui déclarant :
- « Nous devons faire quelque chose, nous devons faire quelque chose. Nous devons nous en mêler. Cela va faire du tort aux Etats-Unis dans le monde entier. »
Au cours des semaines et des mois suivants, la mort d'Oswald, et surtout les circonstances de sa mort, allaient prendre des proportions démesurées. Mais sur le moment, ce ne fut pas le cas. L'attention du public était rivée sur le portail nord de la Maison-Blanche. Le meurtre de l'assassin semblait une diversion. Robert Kennedy estima que la protestation de Johnson sur le tort que cela ferait aux Etats-Unis était mal venue. « J'ai pensé sur le moment, dira plus tard le ministre de la justice, que ce n'était pas, que ce ne pouvait pas être ce qu'il y avait de plus important pour moi. »
Dick Goodwin, diplômé de droit à Harward, ressentit lui aussi malgré sa profession un manque d'intérêt, « totale indifférence » à l'égard de cet événement. « Cela m'aurait été complètement égal si l'on m'avait dit que Connally était accusé de l'assassinat », dit-il. Quand Sargent Shriver décrocha son téléphone, raccrocha et annonça : « Quelqu'un vient d'abattre Oswald », dans le bureau, personne ne réagit, personne ne dit un mot. « Nous avons continué à travailler », dit Goodwin.
Dans la voiture qui suivait le fourgon conduisant le corps du Président Kennedy au Capitole, Mrs. Kennedy dit soudain :
- « Oh ! Lyndon rompant pour la première et la dernière fois la promesse qu'elle s'était faite de ne plus jamais l'appeler par son prénom), quelle terrible manière pour vous d'entrer en fonction. »
Le nouveau président ne dit rien. Durant tout le trajet, lady Bird et lui restèrent incapables de parler. Robert Kennedy se taisait aussi. Les enfants du Président étaient silencieux, et la réflexion consolante de Jacqueline Kennedy fut, aux dires de tous, les seules paroles prononcées dans la limousine de tête. Dans la rotonde, après les éloges, Lyndon Johnson s'avança pour déposer la couronne, geste rituel du président des Etats-Unis, baissa la tête pour prier un instant et retourna à sa place. A part les sanglots étouffés d'un sergent, que deux colonels emmenaient dans une antichambre, la rotonde était silencieuse. Au bout de quatorze minutes la cérémonie était terminée, Mrs. Kennedy, qui se sentait faible et. chancelait légèrement, comprit que tout le monde attendait qu'elle donnât le signal du départ.
Elle n'était pas encore prête à partir. Se tournant vers Robert Kennedy, elle murmura :
- « Est-ce que je peux dire au revoir ? »
Il inclina la tête et elle prit Caroline par la main. Elle se sentait un peu gauche, mais elle ne voulait pas que cela finît tout de suite. Elle chuchota à Caroline :
- « Nous allons dire au revoir à papa, et nous allons l'embrasser et dire à papa combien nous l'aimons et combien il va nous manquer. »
La mère et la fille s'avancèrent, la veuve avec grâce, l'enfant regardant attentivement pour faire comme elle. Jacqueline Kennedy s'agenouilla ; Caroline aussi.
- « Tu sais, tu l'embrasses simplement, » chuchota Mrs. Kennedy.
Les yeux fermés, elles se penchèrent pour effleurer de leurs lèvres le drapeau. La petite main gantée de Caroline glissa dessous, pour être plus près, et en cet instant une nation entière tomba à genoux. [,es assistants, dans la rotonde, tout le public de la télévision, ceux qui jusqu'alors avaient été comme immunisés, ceux qui avaient supporté tout le reste, furent frappés. Une corde avait été touchée au plus profond du cœur des hommes. Le juge William Douglas se sentit paralysé et le général Clifton, aveuglé par les larmes, vit en face de lui les officiers du haut état-major au garde-à-vous, les joues ruisselantes. Sans lâcher la main de Caroline, Mrs. Kennedy se releva et se dirigea vers la porte avec une majestueuse simplicité. Les autres la suivirent en chancelant. Sur le trottoir, près des voitures alignées, Jacqueline Kennedy s'avança vers Mrs. Johnson.
- « Lady Bird, lui dit-elle, venez me voir bientôt. Nous parlerons de votre emménagement. »
Prise de court, la nouvelle Première Dame répondit :
- « Ma foi, il y a une chose que je voulais dire. »
- « Je peux attendre autant que vous voudrez. »
La veuve eut un faible sourire.
- « Quand vous voudrez, après demain. Je n'au rai plus rien à faire après cela. »

A 12h19, elle monta en voiture. Six minutes plus tard, Frank Mac Gee, de la NBC, qui avait retardé l'annonce jusque-là, confirma la mort de Lee Oswald. Jacqueline Kennedy ne savait même pas qu'on l'avait abattu. Le meurtre de l'assassin n'était « rien qu'un autre meurtre atroce... ». Pour les Etats-Unis, il était impératif que Johnson créât au plus vite une atmosphère de confiance et, dans ce rôle, il se révélait admirable. Peu importait qu'il eût des doutes avec sagesse, il maîtrisait son trac. Il en souffrait indiscutablement, mais il ne laissa qu'à de très rares instants voir son hésitation. Le ministre des Finances Douglas Dillon en eut un bref aperçu. Le président et le ministre parlaient du cortège funèbre, de la Maison Blanche à Saint Matthew. Comme le meurtre d'Oswald évoquait justement une conspiration, le chef du Service secret James Rowley était contre le fait que Johnson suivit à pied l'affût de canon. Au début, le président fut d'accord. « Et puis lady Bird me dit qu'il fallait que je suive à pied, dit le président à Dillon, alors j'ai changé d'idée. Ken Galbraith s'attaqua au problème du logement de Jackie et le résolut brillamment. Quand elle lui dit qu'elle ne savait pas combien d'argent elle allait avoir ni quand elle en disposerait, il fit observer qu'Averell Harriman possédait « plus de propriétés qu'il n'en avait besoin. Il pourrait acheter une maison à Georgetown et vous la remettre ; ce serait un bon placement pour lui ». Harrimann offrit d'aller s'installer à l'hôtel avec sa famille et de prêter sa propre maison de Georgetown à Mrs. Kennedy, et après trois coups de téléphone Galbraith annonça à Robert Kennedy que c'était arrangé comme ça.



Caroline « Ne pleure pas, maman, je prendrai soin de toi ! »



Il fit son rapport à Bob et non à Jackie, parce qu'elle était de nouveau absorbée par les détails des funérailles. Il serait faux de dire qu'elle était parfaitement maîtresse d'elle-même. Elle hésita, par exemple, pour le faire-part de messe. Le docteur Joseph English avait envoyé des prières de Saint Ignace et de Saint François et Ethel en apporta une autre, de la part de ses parents.
- « Je ne veux pas de ça, je ne veux pas supplier Dieu d'emporter l'âme de Jack au ciel, déclara Jackie. »
Ethel protesta ; il fallait tout de même « une mention quelconque de Dieu ». Et puis finalement Jackie fit précisément ce qu'elle ne voulait pas. Elle écrivit elle-même la prière :«Mon Dieu, je vous en prie, prenez soin de votre serviteur John Fitzgerald Kennedy. Je vous supplie de l'emmener droit au ciel. » Elle tenait aux deux phrases, mais Bob, pensant qu'elle voulait que l'on choisisse entre les deux, raya la seconde. D'autres désirs qu'elle eut ne furent pas exaucés ou se révélèrent impossibles. Elle spécifia que la carte devait être encadrée de noir et ne put l'obtenir. Ethel était contre le noir parce qu'elle estimait que le faire-part ne « devait pas être triste, ne devait pas rappeler la mort ». Jackie avait l'impression que c'était justement l'intention de la carte, mais il était trop tard ; aucun imprimeur ne pouvait ajouter l'encadrement dans le peu de temps qui restait. L'attaché de la Maison-Blanche Sandy Fox déclara que le seul moyen de le faire avant la messe serait d'utiliser la presse de la C.I.A. qui accepterait de faire l'impression en une nuit. (Cette déclaration, d'ailleurs, stupéfia tout le monde. Personne ne savait que les espions avaient une presse...) A la fin de la messe des morts, le cardinal Cushing, à sa propre surprise comme à celle des assistants, abandonna le latin pour l'anglais. Ce fut, dit-il plus tard, « une inspiration, comme lorsque le pape jean annonça le Concile oecuménique. Je n'y avais pas du tout pensé à l'avance. Mais soudain, j'ai voulu que ce soit plus humain. » Il s'écria :
- « Puissent les anges, cher Jack, vous conduire en paradis. Puissent les martyrs vous recevoir en leur sein. Puisse l'Esprit de Dieu vous enlacer, et puissiez-vous, avec tous ceux qui ont fait le sacrifice suprême de donner leur vie pour d'autres, jouir du repos et de la paix éternels. Amen. »
La jeune veuve remarqua que Cushing pleurait. Elle se détourna et Caroline vit sa figure ruisselante de larmes. 1a petite main se tendit pour prendre la sienne. Mrs. Kennedy entendit sa fille murmurer :
- « Tout va aller bien, maman. Ne pleure pas. Je prendrai soin de toi. »
Les porteurs soulevèrent le cercueil sur leurs épaules et le portèrent dehors. La musique attaqua « Honneur au chef ». Cet hymne était joué pour la dernière fois en l'honneur du Président Kennedy. Jackie se rappela que son petit garçon avait tant aimé jouer au soldat avec son père, et elle lui dit :
- « John, tu peux saluer papa maintenant, et lui dire au revoir. »



John lève sa petite main pour saluer son père... La foule entière se met à pleurer




La petite main droite se leva, toute raide. Derrière l'enfant, la figure de Robert Kennedy se crispa douloureusement et les spectateurs s'effondrèrent comme s'ils avaient été frappés. De toutes les images de ce lundi, aucune n'a la force de celle qui montre le salut de John. Mrs. Kennedy, très droite, ne le vit pas, et quand on lui montra les photos, elle fut abasourdie. Les saluts de John avaient toujours été comiques. Il levait la main gauche, se heurtait le nez en montant et avait l'air, comme elle dit, « plutôt languissant. »
Mais pas ce matin-là. La signification de cette journée, l'atmosphère avaient pénétré d'une certaine façon l'esprit du' petit garçon. Son coude était plié réglementairement, sa main droite touchait sa mèche de cheveux, son bras gauche était maintenu rigide à son côté, ses épaules étaient tirées en arrière et son menton rentré. Il avait l'allure militaire, et voir cela chez un enfant de trois ans, voir ses jambes nues raides sous le manteau court, ses petits genoux potelés et ses souliers rouges à bouts ronds bien posés côte à côte, voir cela et entendre cette lente musique d'orgue en se rappelant combien le Président avait adoré son fils... c'était presque insoutenable. Le cardinal Cushing contempla le petit visage. Il vit passer une ombre de tristesse et sentit comme une brûlure dans sa poitrine. Huit mois plus tard, il pouvait à peine évoquer cet instant. Enfin, l'épouse et le frère furent laissés seuls au premier étage de la Maison-Blanche. Cinq jours plus tôt, avant de traverser Mémorial Bridge pour se rendre à sa propre soirée d'anniversaire, le ministre de la justice avait causé pendant près de trois quarts d'heure avec la Première Dame, dans ce même appartement, et, lui avait demandé si elle était suffisamment remise de la mort de Patrick pour supporter les fatigues du voyage au Texas et de la campagne politique. Maintenant qu'il s'apprêtait à franchir à nouveau le fleuve, il n'avait pas besoin de poser de questions ; il savait que, comme lui, elle pourrait supporter n'importe quoi sauf l'idée que le passé qui les liait pût s'oublier. Aussi, avec ce sens de la litote qui, comme sa voix, faisait tant penser au Président, il lui dit avec douceur
- »Si nous allions rendre visite à notre ami ? »
Elle avait toujours du muguet dans un petit vase d'or sur la table de l'antichambre, et elle s'arrêta pour en prendre quelques brins. Clint Hill téléphona à Arlington. Ils garèrent la voiture dans Sheridan Drive et marchèrent vers le nouveau portail, entre les cèdres et les chênes. Une fois de plus, le tableau avait changé. I,'immense foule avait disparu. Debout près de la barrière blanche, il n'y avait que les Kennedy, deux policiers militaires et le directeur du cimetière. C'était, note Clint, « très humide, et sombre, et silencieux ».
Un des policiers militaires ouvrit le portail. Jacqueline et Robert Kennedy entrèrent et sous la torche vacillante virent un béret vert et un brassard blanc et noir qu'un MP de l'équipe de l'après-midi avait laissés sur les petits sapins; à côté, un soldat du 3' d'Infanterie avait accroché son baudrier et sa cocarde de la Vieille Garde, symboles d'une tradition militaire qui remontait à la Guerre d'Indépendance. Bob les montra du doigt, sans rien dire, et Jackie hocha la tête. Ils s'agenouillèrent tous deux. La langue de feu, qui paraissait bleue dans la nuit, dansait au vent nocturne ; elle illuminait de sa clarté vacillante leurs deux têtes courbées et leurs visages penchés ; elle brillait sur Clint, sur les deux gardes et sur le chauffeur qui attendait en bas. Tandis que le frère et l'épouse priaient, les horloges de la capitale sonnèrent minuit. Se relevant, Jacqueline Kennedy déposa doucement son bouquet de muguet sur les branches, dernier témoignage de son courage et de sa foi. Puis ils se détournèrent de la terre fraîchement remuée et, laissant la flamme monter la garde, ils redescendirent dans les ténèbres. Le neuf décembre, Jacqueline Kennedy écrivit à Nikita Kroutchev une lettre qui n'a jamais été publiée :


Cher M. le Président,
Je voudrais vous remercier d'avoir envoyé M. Mikoyan pour vous représenter aux funérailles de mon mari. I1 avait un air bouleversé quand il m'a saluée, et j'ai été profondément touchée. J'ai essayé de lui donner ce jour-là un message pour vous - mais c'était pour moi un jour si affreux, que je ne sais si mes paroles ont bien reflété ma pensée. Maintenant, alors que je m'apprête à passer ma dernière nuit à la Maison-Blanche, dans l'une des dernières lettres que j'écris sur le papier à lettre de la Maison-Blanche, j'aimerais vous envoyer mon message. Je l'envoie parce que je sais combien mon mari aimait la paix, parce que je sais combien les relations qui vous unissaient lui tenaient à coeur. Il avait l'habitude de vous citer dans certains de ses discours. Ainsi :« Dans la prochaine guerre, les survivants envieront les morts. »
Vous et lui étiez adversaires, mais vous étiez alliés dans cette résolution : que le monde ne doit pas être anéanti. Vous vous respectiez mutuellement et vous saviez vous entendre. Je sais que le président Johnson fera tout son possible pour établir les mêmes relations avec vous. Le danger qui préoccupait mon mari, était que la guerre puisse être déclenchée non pas par de grands hommes mais par de petits hommes. Alors que les grands hommes savent la valeur de la maîtrise de soi et de la prudence, les petits hommes sont parfois poussés davantage par la peur et l'orgueil. Si seulement dans l'avenir les grands hommes pouvaient contraindre les petits à s'asseoir et parler, avant de commencer à se battre ! Je sais que le président Johnson poursuivra la, politique à laquelle mon mari croyait si profondément - une politique de mesure et de maîtrise de soi - et il aura besoin de votre aide. Je vous écris cette lettre parce que je sais profondément quelle importance avaient les relations qui vous unissaient à mon mari, et aussi pour votre bonté et pour celle de Mrs. Kroutchev à Vienne. J'ai lu qu'elle avait les larmes aux yeux en quittant l'ambassade des Etats-Unis à Moscou, après avoir signé le registre de deuil. Je vous en prie, remerciez-la pour ce
la.



Sincèrement.    Jacqueline KENNEDY


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#27  1 Apr 2011 14:20:50

Saint Just
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Re: Mort d'un Président

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#28  17 Aug 2011 18:52:31

Apollo
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Re: Mort d'un Président

Enfin la vérité sur la mort de JF Kennedy?

http://media.paperblog.fr/i/475/4755464/revelations-verite-sur-mort-j-f-kennedy-L-v_NlpC.jpeg

Un témoignage posthume qui devrait faire couler beaucoup d’encre. Début septembre prochain, dans le cadre du 50e anniversaire de l’accession au pouvoir de John Fitzgerald Kennedy, la chaîne américaine ABC diffusera un document qu’elle n’hésite pas à qualifier d’« explosif ». Des conversations entre Jackie Kennedy et l’historien et ami de la famille Arthur M. Schlesinger, mort en 2007, enregistrées au printemps 1964 dans l’appartement de la veuve de JFK à Washington, quelques mois après la mort du 35e président des Etats-Unis.



Suite:

http://www.paperblog.fr/4755464/enfin-l … f-kennedy/

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