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#1  22 Feb 2011 21:05:13

Carthoris
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Alchimie - Voyage initiatique à Bomarzo

VOYAGE INITIATIQUE A BOMARZO

" Il y a aussi les inscriptions, qui sont nombreuses à Bomarzo, entre le château et la vallée, sur les statues, les rochers, les vieux murs.
Vous penseriez, n’est-ce pas, y trouver réponse à ce qui vous intrigue. Là encore, on va déchanter vite. "

André Pieyre de Mandiargues

S'il est des lieux où souffle l'esprit, il est aussi des lieux où souffle la tradition.
Parmi les demeures philosophales chères à Fulcanelli, le parc des Monstres du château de Bomarzo, dans le Latium en Italie, est un des plus troublants : quel étrange savoir caché a-t-on voulu enfermer dans ces fantômes de pierre ? Pour qui grimacent ces Monstres ? Un voyage initiatique nous attend.
Au coeur du Latium, entre les cités d'Orte et de Viterbe, à quelque 80 km au nord de Rome, on peut découvrir un lieu inquiétant, envoûtant et mystérieux, où pourtant bien peu de voyageurs font halte pour y goûter le repos.



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L'ombre tutélaire du château de Bomarzo, érigé sur une éminence rocheuse, qui n'est pas sans rappeler quelque Potala tibétain égaré en Europe, se projette sur le bourg. Ce manoir a une réputation peu rassurante si l'on songe que cette altière demeure, vaste de quatre cents pièces, refuge inexpugnable de la noblesse « noire », est hantée par le fantôme des Orsini, puissants seigneurs de la Renaissance et descendants de la noblesse romaine, à la fois craints et admirés pour leur cruauté et leur manificence. Du haut de cette puissante bâtisse, construite il y a cinq cents ans, dont les portes grinçantes et les vents coulis font plutôt songer à la demeure d'un comte transylvanien qu'à une aimable construction du Quattrocento, on jouit cependant d'une vue admirable donnant sur le panorama de cette campagne si justement réputée pour sa beauté, chère aux peintres romantiques.



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« Le pays, nous conte André Pieyre de Mandiargues, autre visiteur de ces lieux, coupé de vaux et de collines modestes, ne manque pas de sources. Les fonds ont de petits bois nombreux surtout de chênes verts, avec une broussaille épineuse, très dense, qui par leur obscur éclat rappellent inévitablement le fameux "bois sacré", lieu commun de nos versions latines. L'air a du latin partout, d'ailleurs, et l'on ne serait pas surpris de voir des satyres. »
C'est au centre de ce cadre évocateur d'une immémoriale théurgie, bercé par le murmure des Sibylles, que l'on découvre le parc des Monstres, véritable fantasmagorie projetée dans le réel, si l'on en croit Salvador Dali. ouvre inquiétante d'un seigneur hanté par un rêve délirant pour certains, ce n'est qu'un simple jeu de l'imagination capricieuse pour d'autres.
Comme toujours, la vérité se situe dans un juste milieu tant il est vrai que ce jardin, parsemé de sculptures aussi étranges qu'insolites, prend place parmi les demeures philosophales chères à Fulcanelli, à côté de la villa Palombara à Rome, de l'hôtel Jacques-Cœur de Bourges et d'autres logis alchimiques.



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Délimitant un espace sacré où tout concourt à envelopper le promeneur dans un N ailleurs » indéchiffrable, cet ensemble conçu par une volonté supérieure, où la végétation luxuriante le dispute en exubérance aux extravagances monumentales, plonge l'âme dans un état de concentration extrême, miroir où viennent se refléter les formes, prodigieuses et monstrueusement baroques à la fois, d'un univers mental aux profondeurs abyssales.
C'est ce vallon ombreux, parsemé de rochers énormes, pareils aux ossements pétrifiés de quelque géant des temps anciens, que choisit le duc Vicino Orsini pour planter le décor onirique du « monstrueux troupeau de Bomarzo ».
Des Lettres du poète Annibale Caro, datées de 1564, mentionnent déjà l'existence du parc mystérieux, encore entouré aujourd'hui d'un épais manteau de mystère. Car une surprenante unité se dégage du parc, dont les ensembles sculptés suivent docilement la courbe du terrain et entraînent le voyageur dans une spirale toujours plus concentrique. Point n'est besoin d'évoquer le mythe d'Andromède ou certains épisodes de La Légende dorée liés à la tradition de La Belle et la Bête pour s'abandonner aux flots irréels d'une atmosphère où les jeux de lumière viennent ajouter une quatrième dimension aux enlacements tentaculaires des mousses et des racines disputant aux pierres la possession de ces lieux.
On ne peut aborder le bois sacré de Bomarzo qu'en empruntant un chemin d'accès facile débouchant rapidement sur un petit temple « à l'antique » envahi par l'herbe folle et dont la base, noyée dans la verdure, s'élance en un élégant portique bizarrement incliné vers le ciel comme un vaisseau dans la houle.
Nous voici au seuil du sanctuaire, ayant déjà franchi le parvis de la « Cella octogonale » où s'accomplira le mystère de l'art royal. Un oeil exercé aura remarqué à la clef de voûte un arcane solaire figuré sous la forme sculptée d'un phénix aux ailes déployées, signature secrète autant que persistante des disciples d'Hermès.




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Ayant soulevé le voile, il ne reste plus qu'à lire dans le « livre de pierre » et à tenter de décrypter le rébus proposé à la méditation du visiteur solitaire, tout en suivant la voie périlleuse autrefois réservée au néophyte aspirant à la découverte des mystères ouverts à la compréhension du seul initié.
A l'intérieur du « Jardin clos » attend le «Gardien du Seuil » sous la forme d'un cerbère ou chien tricéphale dont les gueules béantes menacent le visiteur d'invisibles morsures. Porté sur les ailes de la cabale phonétique, on songe au khan asiatique, souverain mystérieux de la Mongolie en rapport
avec l'ouverture des souterrains gardés de l'Agartha, et au Cave Canem latin, devise trop souvent incomprise, de même que le kleb égyptien se confond, à travers l'argotique langue verte, avec le « Chien brillant parmi les astres », fêté par les Romains à la canicule sous la forme d'Apollon Lykeios (le tueur de loups) et qui, d'une autre manière, est le dieu Hermès, cet Anubis des vases canopes quaerens quam devoret.
Poursuivant le chemin, on accède bientôt, en descendant l'escalier de pierre aux marches usées par le temps, à un espace quadrangulaire de dimensions imposantes, plateau absolument vide seulement délimité par un décor alterné de grosses pignes de pin et de glands de chêne taillés dans la masse d'un pépérin volcanique.



- Protée, divinité marine ayant le don de métamorphose, dont la tête sort du sol porte sur son crâne les armoiries de la famille Orsini (les commanditaires du jardin),
- Deux sphinx sur des piédestals se faisant face ;
- Roland écartelant un berger qu'il maintient la tête en bas ;
- Une tortue portant sur sa carapace une renommée ailée en équilibre précaire sur un globe terrestre soufflant dans deux trompettes (détruites) ;
- Une baleine en contrebas, la gueule ouverte qui semble attendre un faux pas de la tortue ;
- Pégase escaladant un monticule au centre du bassin d'une fontaine ;
- Les 3 Grâces en bas relief sur l'une des parois d'un nymphée ;
- Vénus sur une conque retournée dans une niche ;
- Une nymphe endormie sur laquelle veille un petit chien ;
- Une sirène à queue bifide ;
- Un lion et une lionne ;
- Une harpie à pattes de lion et queue de sirène ;
- Des ours (emblème des Orsini: Ursinus) présentant leurs armoiries ;
- Neptune, dieu des mers et des océans ou Pluton, dieu des enfers ;
- Un dragon attaqué par un lion et une lionne ;
- Un éléphant de l'armée d’Hannibal soulevant un légionnaire romain ;
- La tête d'un ogre sur la lèvre supérieure duquel est inscrit « Toute pensée s'efface »
aussi appelé la Porte des enfers (faisant clairement référence à l'Enfer de Dante) avec sa bouche ouverte monumentale qui permet aux visiteurs d'entrer se reposer - paradoxalement - au frais ;
- Cérès, déesse de l'agriculture, assise, portant sur sa tête une coupe fleurie avec dans son dos un groupe de sirènes et d'enfants
- Un buste de Proserpine, fille de Cérès et Jupiter, épouse de Pluton, déesse des saisons dont les bras reposent sur le dossier d'un banc ;
- Cerbère, le chien à trois têtes qui garde la porte des Enfers ;
- Des fruits géants, des pommes de pin, des vasques...

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Les fruits de l'abondance éclairant cette nudité figurent le symbole le plus parfait du germe de l'esprit présent dans les virtualités prodigieuses du règne végétal, où s'accomplit le processus originel de l'individuation, grosse d'une promesse de naissance, de croissance, de déclin et de mort puis de renaissance, prenant pour origine le cycle de la graine plantée en terre après sa chute du fruit putréfié. « La vie en hibernation entretient le Feu secret et nous récolterons ce que nous aurons semé. »
En continuant son chemin, on tombe ensuite nez à nez avec deux ourses de pierre, dressées sur leurs pattes de derrière. L'une tient entre ses griffes une énorme rose de pépérin, et l'autre les armes parlantes de la noble lignée des Orsini - dont les origines se retrouvent dans l'Antiquité. Point n'est besoin d'être magicien pour comprendre que l'ordre des Ursidés a été choisi comme emblème par les ducs romains en raison de l'homophonie existant avec leur propre nom (le nom italien Orsini signifie : Ourses). Mais l'identification va beaucoup plus loin si l'on songe que l'ours est l'animal polaire, le symbole du centre par excellence, le roi Arthur des récits du Graal n'étant que la figuration sublime de l'ours arctique, placé chez les Celtes, comme chez tous les peuples issus de la tradition primordiale, au milieu de la voûte céleste, dans la constellation où scintille l'étoile Polaire justement dénommée "Petite Ourse".
Si les Orsini assimilaient la rose à la connaissance secrète (Sub Rosa) et les plantigrades de leur jardin aux deux constellations du Chariot d'Arthur (Grande Ourse et Petite Ourse), nul doute ne subsiste quant à leur initiation aux arcanes les plus profonds de l'hermétisme...




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Dans l'esprit s'entrechoquent alors, au contact de cette vérité étincelante, la devise des ducs de Berry : Ursine, le temps viendra, le symbole cher au duc Jean : l'ours de son tombeau, la prédiction du « royaume du Centre »(Bourges), et la promesse de la restauration saturnienne de l'âge d'or, faisceau de pensées qui, en un bond prodigieux du mental, lance un arc-en-ciel au-dessus de la terre et des eaux pour unir la patrie des Bituriges au berceau de la race étrusque.
Mais, après avoir dépassé les deux fauves postés en veilleurs immobiles à la limite de l'esplanade, il faut pénétrer, en écartant les frondaisons, dans l'angle secret du parc qui a pour toile de fond un décor sylvestre, et tomber en arrêt devant une sorte d'éperon rocheux qui suit la pente déclive du terrain. A gauche, un groupe formé par deux lions accompagnés d'un chiot semblant les harceler et par la statue d'une femme-sirène au sourire énigmatique et au corps gracieux se terminant en une queue de poisson squameuse et bifide...




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A droite, une autre figure féminine de la même nature composite fixe l'Orient, avec son tronc mutilé duquel s'échappent deux ailes membraneuses de chauve-souris et une queue serpentine de monstre marin. Voici donc Ursine, certainement la mère de l'ours : Matres ursinae. La Mélusine du Moyen Age, la force qui régit l'espèce, la puissance libératrice et ambiguë de l'instinct.
Nous voici reportés sept cents ans en arrière, dans un autre lieu chargé de mystère : le château des Lusignan, cette famille poitevine qui a pour aïeule une fée venue de la lointaine Arménie afin d'épouser l'ancêtre de la lignée, sur laquelle s'est acharné depuis un sort funeste. Les récits médiévaux ne font-ils pas état de mortels qui commirent l'erreur fatale d'épier malencontreusement Saturne le jour qui lui est consacré, lorsque le dieu ouranien revient de sa course à travers l'Univers sous une forme amphibie et monstrueuse en liaison avec l'élément eau (nageoires) et air (ailes) ?
Dans cet angle sont révélés, sous leurs formes fantastiques, les arrêts du destin qu'il convient de respecter lorsqu'il advient que d'étranges épouses soient données en mariage à des mortels pressentis pour de hautes
entreprises et appelés à devenir des fondateurs de dynastie.




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Les deux lions qui se tiennent près de Mélusine sont les symboles alchimiques du « fixe » et du «volatil » et résument la formule selon laquelle il faut « corporifier les esprits et spiritualiser les corps ». Ils regardent chacun dans une direction opposée, attirés l'un par l'air, l'autre par l'eau, éléments que l'on ne peut affronter simultanément sans être en grand péril.
Passant avec circonspection entre ces sculptures qui ne daignent pas s'abaisser à regarder celui qui les contemple, et non sans avoir éprouvé le besoin de sentir le contact de ces croupes moussues et glacées, on se retrouve sous les frais ombrages d'une voûte de verdure, pour goûter quelques instants de repos tout en écoutant le paisible murmure du ruisseau. Puis, descendant la pente qui aboutit dans les fonds du vallon, on atteint une zone de plus en plus obscure. Un sentier se dirige vers le rebord d'une cascade, qui se fraye un chemin difficile au milieu d'énormes rochers, entre lesquels on peut apercevoir la silhouette lointaine du château.



Maintenant, au coeur de cet étrange jardin qui cherche à nous signifier quelque mystérieux savoir oublié du commun des mortels, l'image de la « Mort dévorante » va nous glacer d'une terrible peur cosmique...




Sources :
André Pieyre de Mandiargues : essai, Les monstres de Bomarzo
article « Les monstres de Bormazo » : Inexpliqué : A la conqûete de l’au delà
le blog de Dominique Zoladz
Liste des sculptures : wikipedia


Toutes les opinions sont respectables, c'est vous qui le dites ! Moi je dis le contraire, c'est mon opinion respectez-là !

Hors ligne

 

#2  18 Mar 2011 23:10:28

Carthoris
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Re: Alchimie - Voyage initiatique à Bomarzo

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Dans la maison aux murs obliques qui s'ouvre autour du parc des Monstres de Bomarzo, l'esprit humain se sent pris d'une certaine nausée. Instinctivement, les yeux s'affolent. Cette maison de la Sorcière aurait pu inspirer Lovecraft, qui écrivit une nouvelle portant ce titre-là. Dès qu'on pénètre à l'intérieur, on cherche des yeux le ciel. On se réconforte par la vue des rochers à l'horizon. Cette demeure aux angles fous, véritable tessaract du XVIe siècle, nous apprend à ne pas rester dans la maison de la Renommée ou de la Fortune. Elle construit sous nos yeux la certitude que la seule façon de ne pas être emporté par le dégoût est de tenir la tête haute et de regarder le Ciel, tout en acquérant la prudence de l’« Homme rusé ».
Macrobe dit de la Prudence qu'elle « ne maintient ni ne déprécie ce monde et tout ce qui s'y trouve eu égard à la contemplation des choses divines ». La question est alors de savoir si la maison enseigne de fuir ou de rester penché à la fenêtre, le regard fixé au-dehors...



Échappant au domaine des «eaux inférieures » où l'on se trouve plongé jusqu'alors, on aboutit, en suivant toujours le sentier, à un parterre exigu où un sphinx pétrifié, gardien des cieux supérieurs, nous met en garde par cette phrase lourde de sens : « Celui qui, les yeux grands ouverts et les lèvres closes, ne se dirige pas vers ce lieu évite d'admirer les sept fameux monuments de l'univers. » Il s'agit bien entendu des Sept Merveilles du monde chères à l'Antiquité, mais qui n'ont pas disparu avec la dégradation de ces immortels chefs-d’œuvre puisque le Traité hermétique de De la Riviera y voit les sept métaux transmutables, les sept plantes miraculeuses de la Nature, depuis la racine noire jusqu'à la blanche fleur. Par un raidillon, on accède ensuite à l'étage supérieur de la maison qui se situe au niveau de la colline. A l'intérieur se trouve une cheminée : on se demande quel feu, perpendiculaire au sol, sortira de cet âtre, et ce malaise aggrave la nausée au lieu de réconforter le visiteur transi. Cette flamme mal orientée est trop pressée de monter vers le ciel comme l'impatient qui dirige toujours son regard sur le monde de la Fortune. On est passé du règne horizontal de l'eau au règne vertical du feu. En se reposant sur la balustrade du petit pont et en observant l'enceinte d'arbustes qui dissimule un parterre de statues, on est surpris par le silence : le ruisseau paraît lointain.



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Une faible distance sépare d'une sorte d'amphithéâtre dominé par la figure imposante d'un vieillard majestueux à la barbe abondante, les jambes recouvertes d'une draperie verdie par les ans et l'humidité. A ses pieds, une esplanade entourée d'urnes renversées ou brisées comme autant de révélations au contenu épars. Elles ajoutent au tableau une note mélancolique tandis que, sur la droite, un éléphant tout harnaché, guidé par un cornac musicien, soulève délicatement de sa trompe un soldat gisant à terre pour l'abriter dans la nacelle en forme de tour que le pachyderme porte sur son dos. L'urne est le mélange issu de la terre et du feu (argile cuite) où sont recueillies les «  eaux supérieures » provenant de la « ferveur céleste » symbolisée par Aquarius. C'est le récipient de la Vérité, disciple d'Océan selon la devise alchimique : Omnia suffi unum in uno circulo sine vase. Les urnes les plus proches du dieu portent des inscriptions. Celle de gauche : « La fontaine n'est pas donnée à celui qui garde en cage les plus terribles fauves. » Celle de droite : « Nuit et jour soyons vigilants et prêts à garder cette fontaine de tous les outrages. » Ce qui signifie : la force bestiale repousse qui ne sait s'appuyer à la fontaine de vie tandis que la peur des bêtes fauves, des instincts, nous prive à la fois de la force et de la nourriture.



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Plus loin, entre l'esplanade et le front du vieil Océan, une figure féminine, dans laquelle il faut reconnaître Thétis, porte sur sa tête un vase aujourd'hui planté d'agaves qui lui font une coiffure étrange. Thétis est l'épouse d'Océan, « l'onde », selon Chrysippe, pour qui mari et femme sont la même chose... Mais Thétis est l'eau élémentaire dont l’œuvre peut concevoir et nourrir. Le vase qu'elle porte sur la tête est le cratère qui permet à la vibration cosmique de pénétrer dans ce monde, selon Macrobe. Mais celui qui, issu à la fois du monde divin et terrestre, participant de Thétis et d'Océan, s'avance vers la prodigalité sans limite rencontre l'éléphant couronné d'une tour, caparaçonné dans le style hindou. Aux Indes, Ganeça est le dieu de l'intelligence, de même que l'éléphant de la piazza Minerva à Rome est l'exemple de l'esprit vigoureux, capable de supporter le fardeau de la sagesse. Il est mal conseillé, celui qui a voulu s'appuyer à la fontaine sans l'accord de l'éléphant : le guerrier fléchi sur la trompe. Peut-être s'agit-il de celui qui, ayant renoncé à la vie profane, est doucement soulevé vers la tour d'ivoire ?... L'esprit robuste soulèvera l'homme qui s'abandonne à lui comme vaincu. Le cornac qui frappe la peau tendue de l'animal mort rappelle le dumaru tibétain fait de crânes joints et recouverts de peau humaine, destiné à déclencher les vibrations astrales lors des rituels magiques de Tcheud (« Banquet noir »). De même que saint Augustin écrit : « Le Christ est tendu sur la croix jusqu'à former un tambour qui appelle au salut. »



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Derrière l'éléphant, un dragon à la queue écailleuse, aux ailes déployées, écrase un molosse de sa masse tout en brandissant ses pattes griffues pour déchirer deux lions qui l'attaquent en bondissant. Le groupe a une allure extrême-orientale, d'autant plus étrange dans ce cadre latin. Les ailes du monstre, parsemées de demi-lunes et de flammes, expriment sa qualité de créature ignée mais sublunaire, sujette à la croissance et à la décroissance du cycle de Séléné. Dans ce cas, l'hermétisme recommande d'abandonner les instincts à leur propre agonie, selon l'adage qui veut que Naturam natura vincit (la nature triomphe de la nature). Mais il serait conforme à la théogonie que le dragon représentât la discordance lunaire des passions mauvaises qui luttent avec la superbe solaire symbolisée par les fauves. De ce combat, toujours renouvelé, l'homme peut tirer profit, puisqu'en équilibrant les deux mouvements du coeur il obtiendra la libération.



Baptisé "Le Sacro Bosco" ou "le bois sacré" par son propriétaire, il est le jardin le plus extravagant de la Renaissance italienne, mais il est composé dans un jardin naturel situé au pied d'une colline de Bomarzo où s'élevait la résidence des Orsini. D'un esthétique grotesque en sculptures, composées de statues colossales faites à même le roc qui évoquent d'obscurs récits rapportés dans le poème épique d'Ariosto, "Orlando Furioso". Le fait que les monstres soient taillés à même le roc, ils créent l'illusion d'une métamorphose naturelle où les limites de la pierre et de la chair, du végétal et de l'animal, du naturel et du construit, sont insolemment brouillées. Il a été construit entre 1548 et 1580, suivant une mise en scène théâtrale des différentes parties du jardin. Il couvre une série de terrasses qui descendent vers le fond de la vallée. Vignola (1507-1573) pourrait avoir joué un rôle dans la conception de ce jardin fantastique de maniériste. Son créateur Francesco Orsini, appelé Vicino (1528-1588) se retira à Orsini en 1567, après de nombreuses campagnes de guerre. Il avait beaucoup d'amis parmi les hommes de lettres. Ils pourraient avoir été les instigateurs du projet. Un nom est pourtant souvent rapporté pour la conception : Pirro_Ligorio (1514-1583).



Espace onirique  et flottant qui joue avec les étrangetés des ombres et les formes exubérantes de la nature trouvées sur le terrain qui ont inspirées l'artiste. Le grotesque garde une prédilection pour les lieux cachés, les grottes artificielles et les labyrinthes.  Librement associés et souvent érotiques dans les détails, ces hybrides provoquent, dérangeant les uns, faisant sourire les autres. Ces sculptures monumentales logées comme un tableau aux corps monstrueux, rapiécés de divers membres, sans ordre, ni proportion ressemblent à des hommes et des animaux géants, à découvrir dans le mouvement de la promenade, au milieu d'une végétation touffue, dans un parcours étrange et irrégulier. Il comporte une trentaine de personnages. Ce jardin contraste avec  les jardins très construits de l'époque. Il n'est pas apparenté  aux critères de composition des jardins établis à cette période ;  il est au antipode d'un jardin dominé par les certitudes de la perspective et de la géométrie. Les grottes représentent à cette époque là les cabinets de curiosités où des concrétions, des coquillages et des coraux se mêlent aux pierres étranges pour construire un microscome de l'Univers. A la renaissance, elles sont construites en calcaire pour remplacer la pierre ponce ou spugne des Romains.  L'eau est l'élèment fondamental qui permet de sculpter les formes. L'utilisation de l'éclairage permet de surprendre le visiteur par le noir et c'est qu'après que les yeux se soient habitués à l'obscurité qu'ils découvrent le décor et, le comte Orsini semble avoir cherché à jouer à travailler l'architecture directement sur le terrain, tout en y installant ces tableaux faits de sculptures, clés du spectacle. C'est un jardin au parcours initiatique.

La perception des émotions exprimées à la fin de la visite ne laisse pas indifférent, comme la vue d'un tableau qui fait ressortir nos sentiments de peur et de désir et nous entraîne vers l'extraordinaire.  C'est un lieu d'illusion et d'étonnement. Qui pourrait lui donner une identité ?

Sources : Impasse des pas perdus

Si, laissant de côté les deux avertissements terribles, on poursuit son chemin en contournant le groupe des animaux en lutte, on se trouve confronté avec une face monstrueuse et convulsée, sculptée à même la paroi rocheuse, et qui laisse voir une bouche ténébreuse et si largement ouverte qu'on peut glisser à l'intérieur sans même baisser la tête. Sur les lèvres distordues de cette « Gueule de l'Enfer », on peut lire cette phrase : Ogni pensiero vola (toute pensée est fugitive), qui se complète par celle de Dante : « Abandonnez tout espoir vous qui entrez ici. » Si la crainte est inaccessible au noble voyageur, il découvrira dans cette gueule monstrueuse une pièce creusée dans la roche, seulement éclairée par la lumière tombant des yeux vides du masque, qui servent de fenêtres. Un banc de pierre, peut-être réservé autrefois aux membres d'une confrérie secrète, court le long de la paroi tandis que le centre est occupé par une table massive formée d'un trapèze de pierre où doit se consommer le sacrifice, sans doute celui des souvenirs. des pensées obscures dont le Futur est le père... On peut alors penser à l'Atalante fugitive, ce livre alchimique inimitable, devant ce Moloch avide de dévorer le mental, tout en se souvenant d'une curiosité de Rome, le palais de la via Gregoriana, décrit par Gabriele D'Annunzio dans une nouvelle et plus connu sous le nom de « palais des Têtes monstrueuses ». Il a été élevé au xvtl siècle par les frères architectes Taddeo et Federicco Zuccari en s'inspirant de l'ogre titanesque.



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Pourquoi, de la même manière, les archives personnelles des Orsini, des Borghèse, des Poniatowski et des Della Rovere sont elles muettes sur le « Bois mystérieux » où l'on découvre tous les éléments nécessaires à un sanctuaire : de l'eau vive, des cavernes et des arbres, alors que ces familles nobles ont été, à un moment de l'histoire, en possession du parc des Monstres ? On a parfois évoqué à ce propos l'existence d'une société secrète très fermée d'origine vénitienne, qui aurait imposé le silence jusqu'à ces dernières années. L'aspect chinois des statues s'expliquerait alors par des relations privilégiées avec l'Orient (à travers la Turquie, l'Iran et la Mongolie), dont la route de la Soie serait le fil d'Ariane jusqu'à Venise et l'Italie, de Tourfan à Lyon en passant par Samarkand... Mais laissons-là ces digressions pour achever notre quête. A gauche d'Océan, il faut descendre quelques degrés pour s'introduire dans un dédale de jungle dont émerge une femme endormie dans l'herbe. L'âme qui songe au lieu de progresser? En effet, tout près de là, on se retrouve à portée de vue du géant, représentation du monde des eaux inférieures.



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Il faut revenir sur ses pas si l'on ne veut pas perdre tout ce qu'on a acquis, de manière à repasser devant Océan, et revoir ainsi l'éléphant. Son harnachement hindou suggère que le sculpteur n'ignorait pas que le Vicuddha Chakra est un centre d'énergie de l'âme, symbolisé par un éléphant blanc, indiquant l'instant de la libération qui procure le triomphe sur le temps dans son triple mouvement : passé, présent et futur.
Les monstres disposés alentour : la bouche dévorante, le dragon qui déchire pour toujours de ses griffes les lions qui le mordent éternellement représentent à la perfection le Sort et la Fortune. Le Hasard, que Proclus définit comme la force démoniaque capable de lier la cause à travers ce qui devrait se détacher d'elle et le Destin - c'est-à-dire le Karma.

Un candélabre se dresse, solitaire, abandonné à lui-même et à tout ce dont il est porteur, déjà ruiné, fortuit. Puis l'on rencontre une bête que l'on croirait féroce si elle ne se tenait accroupie et paisible, dans le style des sculptures afghanes. Et l'on est tenté de s'asseoir dans une niche garnie d'un siège où l'on peut s'abriter en cas de fatigue. Il y est écrit : « Voi che per mondo gite errando vaghi Di veder meraviglie alte e stupende Venite qua dove son faccie horrende Elefanti, leoni, orsi, orchi e draghi. » (Vous qui allez errant de par le monde, désireux de contempler de grandes et surprenantes merveilles, venez là où se trouvent les faces horribles des éléphants, des lions, des ours, des orques et des dragons.)



A l'Orient s'amorce la rampe d'un large escalier de pierre qui, si on l'emprunte, ramène à la plate-forme ceinte de glands et de pignes, symboles qui aident à déjouer les tromperies démoniaques de l'illusion aussi bien que les intrigues et les noeuds évidents et monstrueux de la Fortune. Ils habituent à retenir l'attention sur les entrelacs nécessaires et justes qui forment la trame du Destin.

Enfin, on rencontre à nouveau le Cerbère et la silhouette légère du petit temple, sachant désormais quelles incantations naturelles s'élèvent de son étrange dôme octogonal... C'est le moment de quitter le parc des Monstres de Bomarzo, non sans continuer à méditer sur les étranges symboles qui s'y trouvent cachés. Une interrogation fondamentale demeure pourtant : quel est le sens de cette formidable mise en scène ?

Il n'y a pas d'autre réponse que celle que suggère la démarche hermétique : toujours chercher...



Sources :
André Pieyre de Mandiargues : essai, Les monstres de Bomarzo
article « Les monstres de Bormazo » : Inexpliqué : A la conqûete de l’au delà
Vidéo : Fantasy e mistero nel bosco di Bomarzo Impasse des pas perdus
le blog de Dominique Zoladz
Liste des sculptures : wikipedia


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