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#1  31 Jan 2011 21:23:38

Carthoris
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Messages: 2573

Versailles de mille feux

VERSAILLES CAPITALE SOLAIRE

Versailles, c'est le château. Et le château, c'est Louis XIV, un souverain qui a voulu inscrire dans la pierre un fascinant secret solaire. A la suite des plongées au cœur des mystérieuses provinces françaises, la découverte de la « cité du Soleil » et d'une mythologie symbolique.



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A propos de ce que coûtèrent à la France de Louis XIV le château de Versailles, ses bâtiments, ses jardins, ses domaines, les chiffres les plus divers ont été avancés. Mirabeau parle de 1 200 millions de livres, et Volney, qui ne voulait pas être en reste, de 1 400 millions... Il faut noter toutefois que Guillaumot, ancien architecte du roi, estime les dépenses de construction et d'aménagement à 187 millions, Eckart à un peu plus de 116, et Vaisse de Villiers à 90. Comme on le voit, nous voilà bien loin de cet « abîme de dépenses » que dénonçait Voltaire ! Un historien moderne, Pierre Verlet, en arrive même à la conclusion, sur la foi des livres de comptes qui constituent la source la plus certaine de l'histoire du château entre 1664 et 1715, qu'il faut réduire la somme à 80 millions de livres environ, ce qui correspond à un peu moins de 10 milliards de nos francs actuels. Somme déjà fabuleuse, eu égard à la politique économique et monétaire du temps, à la relative rareté du métal jaune, ainsi qu'à l'état de misère dont le peuple eut à souffrir, surtout pendant les dernières années du règne...
Au demeurant, ces chiffres ne signifient pas grand-chose, car ils ne représentent qu'une faible partie des dépenses qu'on engagerait de nos jours pour une telle entreprise. Sur les trente-six mille ouvriers qui étaient employés en 1685 sur les chantiers de Versailles, combien étaient rémunérés ! Et, quand ils l'étaient, à quel titre et sur quels fonds ?
Cette même année 1685, nous apprend le mémorialiste Dangeau, le régiment Dauphin, l'Infanterie, les Suisses travaillent aux terrassements, aux bassins, aux réservoirs, à la nouvelle Orangerie. On transplante des marronniers, des sycomores, des conifères, des tilleuls, des chênes, quelque six mille ormes et plus de quatre millions de pieds de e charmilles arrachées dans la forêt de Lyons, en Normandie, pour planter le Grand Parc ». C'est par milliers qu'il faut compter les paysans réquisitionnés (« corvéables »), à partir de 1662, date à laquelle commencent les premiers travaux importants qui feront du pavillon de chasse de Louis XIII la résidence royale... Et quelle résidence ! Rien ne sera trop beau, trop grand, pour servir d'écrin au Roi Soleil, dans un site qui, pourtant, ne s'y prêtait guère, car des marécages rendaient l'endroit insalubre et impropre à la construction d'un palais. « Le Roi, dit Mme de Sévigné dans une lettre datée du 12 octobre 1678, veut aller samedi à Versailles, mais il semble que Dieu ne le veuille pas, par l'impossibilité que les bâtiments soient en état de le recevoir, et par la mortalité prodigieuse des ouvriers, dont on emporte toutes les nuits, comme de l'Hôtel-Dieu, des charrettes pleines de morts. » Qu'à cela ne tienne ! Louis XIV s'obstine, il fait appel aux ingénieurs, architectes, artistes les plus talentueux pour venir à bout des obstacles naturels il envisage même, en 1674, de détourner la Loire de son cours afin de la faire passer par Versailles...



Aux origines du lieu

- C'est en 1038 qu'apparaît la première mention de Versailles, dans une charte de l’abbaye Saint-Père de Chartres. Hugo de Versaillis est l’un des signataires. Au Xe siècle, des moines défrichent le terrain et fondent l’église prieuré de Saint-Julien.

- En 1429, deux seigneurs, Guy et Pierre de Versailles, sont mêlés à la vie de Jeanne d’Arc. Pierre était à Bourges, quand on examina la Pucelle; quant à Guy, chanoine de Tours, il participa au procès de Jeanne d’Arc. À la fin de la guerre de Cent Ans, le petit bourg se présentait dans un triste état: ses maisons pillées et dévastées sont abandonnées, et le château est en ruine. C’est la famille de Soisy qui relève les bâtiments détruits, composés d’un corps de logis principal et d’une aile en retour, précédés d’un portail encadré de deux tourelles.

- Le nom d’un petit bourg, Versaille-aux-bourg-de-Galie, apparaît dans un texte daté de 1472. Les seigneurs de Versailles relevaient directement du Roi. Leur modeste château dominant l’église et le village se dressait sur la pente méridionale de la butte sur laquelle sera construit le futur château.

- En 1475, Gilles de Versailles, seigneur de Versailles, cède ses droits sur Trianon à l’abbé de Saint-Germain. L’acte de vente est la première mention de ce nom. Trianon était un village acheté puis détruit par Louis XI dans le but de construire sur ces nouvelles terres du domaine royal une maison à collationner. Cherchant à fuir en famille le protocole trop pesant de Paris, le roi était à Trianon plus proche des siens. Premier caprice royal de Versailles, Trianon, comme plus tard Marly, demeure un lieu de détente, loin de l’étiquette et des fatigues du pouvoir.

- En 1561, le domaine est vendu à Martial de Loménie, secrétaire des finances de Charles IX, qui l’agrandit pour atteindre 150 hectares.

- En 1572 : le 24 août, Loménie est assassiné lors de la nuit de la Saint-Barthélemy. L’Estoile rapporte dans ses Mémoires que la reine Catherine de Médicis « fit étrangler, dans l’intérêt du comte de Retz, pour lui faire avoir le château de Versailles, le secrétaire d’État Loménie, qui en était possesseur. » Ce crime n’est peut-être pas authentique, mais il n’est pas invraisemblable.

- L'année suivante, Albert de Gondi (baron de Marly), comte de Retz, un des Florentins qui accompagnent Catherine de Médicis en France, devient propriétaire du château et de la seigneurie de Versailles en rachetant le domaine pour 35 000 livres.

- En 1589, un mois avant qu’il ne devienne roi de France, le roi de Navarre séjourne à Versailles. Revenant de Blois, il s’y arrête du 7 au 9 juillet et est reçu par Albert de Gondi ; il y retourne en 1604 et 1609. Entre temps, en 1607, le dauphin, qui deviendra Louis XIII, fait sa première chasse à Versailles.

- En 1616, Albert de Gondi cède la seigneurie à son fils Jean-François de Gondi.

Source: wikipedia

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Versailles, cependant, ne se signale pas seulement par la valeur didactique de ses allégories, ou du moins ce n'est que d'une façon tout à fait secondaire, dans la mesure où le palais et ses dépendances sont à l'image du royaume, où ils sont le signe de cette monarchie idéale (absolue et universelle) annoncée par Postel et Campanella. A ce titre, Versailles est bel et bien, certes, un microcosme dans le macrocosme, mais il n'est tel que pour autant que le Roi-Soleil y habite et en est le centre. De là la disposition qu'affectent les appartements royaux au sein de l'ensemble. Les auteurs du Guide du « Versailles mystérieux » notent à juste titre que « la disposition des sept salons de 1673 est rigoureusement astrologique ». « On entre, ajoutent-ils, sous le signe de la Lune, mère des générations, d'abord dans le salon de Diane ; on passe ensuite dans la salle des Gardes, consacrée à Mars, dieu de la Guerre, puis dans le salon de Mercure, l'antichambre. La grande chambre du roi est consacrée à Apollon. Vient ensuite le cabinet du Conseil, sous le signe de Jupiter. On traverse enfin la petite chambre du roi, dédiée à Saturne. La dernière pièce, dont les fenêtres sont orientées vers l'appartement de la reine, est décorée des symboles de Vénus. »
Remarques judicieuses, au reste ratifiées par l'historiographe des bâtiments lui-même, André Félibien des Avaux (1619-1695), qui écrit : « Comme le Soleil est la devise du roi, l'on a pris les sept planètes pour servir de sujets de tableaux aux sept pièces de cet appartement, de sorte que dans chacune on v doit représenter les actions des héros de l'Antiquité qui auront rapport à chacune des planètes et aux actions de Sa Majesté. »



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Finalement, sous la pression des faits, il se bornera à dériver l'Eure. Et, le 6 mai 1682, contre le sentiment général de ses courtisans, qui se voient « pour toujours à la campagne », comme l'écrit avec amertume Saint Simon, il fixe officiellement sa résidence à Versailles.
Pourquoi Versailles ? Les historiens déclarent, à juste titre certes, que les troubles de la Fronde, survenus pendant la régence d'Anne d'Autriche, alors que le futur souverain n'était encore qu'un enfant, le marquèrent profondément, lui inspirant le culte de l'absolutisme et la crainte de résider à Paris. En s'installant à Versailles, nous expliquent-ils, Louis XIV s'éloigne d'une capitale prompte aux émeutes et aux intrigues. Il se donne la possibilité de rassembler autour de lui les derniers grands féodaux et, ce faisant, il les prive de toute autorité réelle comme de toute velléité de rébellion contre le pouvoir central...
A entendre ces mêmes historiens, Versailles, ses fêtes, son étiquette n'auraient donc été, pour le souverain, qu'un moyen de stratégie politique. Ce qui est vrai, sans doute. Reste la question pourquoi Versailles, et non quelque autre lieu ? Il s'en trouvait beaucoup d'autres, de plus plaisants et de plus salubres. Louis XIV tenait-il à prouver à la face du monde, ou à se prouver à lui-même, que rien ne pouvait lui résister, pas même les éléments naturels? Mégalomanie, folie des grandeurs en ont conclu certains. Il semble néanmoins qu'expliquer par la psychologie le choix de Louis XIV ne soit pas de mise ici. Le roi a une conscience trop aiguë de ce qu'il représente, du rôle proprement symbolique qui lui est dévolu pour succomber à un sentiment infantile (et narcissique) de toute-puissance.

Alors, pourquoi Versailles ?


Certes, comme l'a montré le préhistorien, archéologue et philologue Guichard, Versailles se trouve sur l'un des axes de la rose des vents dont le centre n'est autre qu'Alésia, capitale géodésique de l'Europe, et il est fort possible que Louis XIV, qui ne négligeait aucun des enseignements du passé, en ait été informé.
Cette hypothèse est d'autant plus vraisemblable que le roi de France ne concevait pas qu'il y eût, de par le monde, un seul prince pour l'égaler, fût-ce le chef de la chrétienté, le pape lui-même. A ce propos, l'instruction qu'il remet en 1662 au duc de Créqui, alors son ambassadeur à Rome, est on ne peut plus claire. En voici le texte : « Sa Majesté n'est pas, Dieu merci, dans la même nécessité que la plupart des autres princes et rois, qui souffrent dans leurs intérêts des préjudices extrêmes, quand ils n'ont pas la cour de Rome favorable. La France peut beaucoup mieux se passer de cette faveur que les papes ne peuvent se passer de l'affection et du respect du Roi et de son royaume, lequel, en tout temps, mais particulièrement en celui-ci, est sans contredit le pôle principal sur lequel roulent tous les intérêts de la chrétienté et de tous les princes. »



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Autrement dit, Louis XIV s'affirme comme le premier d'entre tous les rois. Lui seul peut se prévaloir de tenir sa charge de Dieu lui-même, directement. On élit le pape et l'empereur, pas le roi de France, qui est monarque de droit divin. Cette conviction était d'ailleurs si forte chez Louis XIV qu'il ne souffrait pas de voir son nom associé à celui de quelque autre souverain, dans des formules telles que : « Leurs Majestés les Rois de... », parce qu'on aurait pu en inférer, disait-il, « une égalité qui n'existe pas ». Afin de découvrir la raison pour laquelle Louis XIV a choisi Versailles comme résidence, certains chercheurs se sont interrogés sur l'étymologie du toponyme Versailles. Les uns y ont vu une origine germanique ou franque. (Le mot viendrait de Warge (monticule), et allein (isolé). Les seconds tiennent que Versailles évoquerait les fréquents coups de vent qui, en ce lieu, faisaient verser les voitures : voilà qui nous paraît, disons-le franchement, hautement fantaisiste. Les troisièmes en appellent àum ancien droit forestier, nommé en latin versagium. Quant à d'autres, en raison du moulin à vent qui y tournait encore au Xl, siècle, du temps du seigneur le plus anciennement connu de l'endroit, Hugo de Versaliis, ils supposent que Versailles tire son nom du verbe latin vertere, qui signifie « tourner », et du nom alae (ailes). Seraient-elles exactes, ces diverses supputations ne nous livrent en rien le mot de l'énigme. Pour le trouver, il serait sans doute plus judicieux de prendre en considération l'épithète qui apparaît sur les premiers actes de vente qui nous restent. On y rencontre en effet l'expression suivante : «  Versailles au Val de Gallie. Souvent orthographié « Galye », « Galie » ou « Gall » (mais à cela. il n'y a rien d'étonnant, puisque à cette époque les graphies n'étaient pas encore fixées), ce vallon va devenir, comme on le verra, un enjeu de taille pour la royauté, hors de proportion (en apparence) avec la hanalité et la modestie premières du lieu.
La seigneurie de Versailles appartint longtemps à des nobliaux ou à des personnages sans importance politique. Puis. brusquement, au XVIeme siècle, différentes personnalités hors du commun s'y intéressent. C'est d'abord Philippe Colas, auquel suucède bientôt Martial de Loménie. Si l'on en croit Pierre de L'Estoile, ce dernier connaît un sort peu enviable. « En ce temps écrit en effet L'Estoile dans son « Journal Henri III » , la bonne dame Catherine de Médicis, en faveur de son mignon de Retz, qui voulait avoir la terre de Versailles, fit étrangler aux prisons Loménie auquel ladite terre appartenait. » L'accusation est grave mais, semble-t-il, fondée. Quoi qu'il en soit. tout se passe comme si la famille royale par les Gondi interposés, tenait à ce que la seigneurie de Versailles passât aux mains du roi de France. C'est en 1632, en effet que Louis XIII l'achète pour la somme de 60 000 livres à l'archevêque de Paris, Jean-François de Gondi, qui l'avait reçue par héritage de son parent le duc de Retz, un Gondi également.
Les Bourbons comptaient-ils ainsi asseoir plus fermement leur légitimité ? Tout porte à le croire. Poursuivaient-ils un dessein plus ambitieux encore ? Il n'est pas interdit de le penser. Depuis François 1er il courait ce que C.G. Jung a appelé une « rumeur visionnaire ». Pour des raisons mvstico-historiques (les Capétiens étaient censés avoir eu Noé pour ancêtre), « la monarchie universelle » devait « revenir de droit à la monarchie gallique », selon les termes employés par les adeptes du courant illuministe. L'écrivain et orientaliste français Guillaume Postel (1510-1581) ne dira pas autre chose à François 1er, puis à Charles IX.




Le philosophe italien Tommaso Campanella (1568-1639) ira même beaucoup plus loin dans sa « Monarchia della Nazioni » (1635)où il préconise explicitement de remettre entre les mains du « Roi Très-Chrétien » le sceptre de la monarchie universelle. L'année précédente il a été reçu par Louis XIII, il est devenu un proche de Richelieu. Bien plus : le 5 septembre 1638, à la demande d'Anne d'Autriche, il dresse l'horoscope du futur Louis XIV. Pour lui, cela ne fait pas le moindre doute : l'enfant est appelé à construire cette « Monarchie des Nations », cette « Cité du Soleil » dont il lit l'avènement dans les astres. A défaut d'être universelle, la monarchie gallique s'installera au Val de Gallie, et Versailles sera effectivement la Cité du Soleil. Jusque dans ses moindres détails. La ville et le château sont restés un grandiose symbole de pierre, dont la signification est passionnante à découvrir...



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LES SECRETS DES ARCHITECTES DE VERSAILLES

"On ne fait jamais rien d'extraordinaire, de grand et de beau, qu'en y pensant plus souvent et mieux que les autres".Louis XIV

Nous l'avons vu ce n'est ni par hasard ni par caprice que Versailles « au Val de Gallie » devint la résidence royale. De la part de Louis XIV, une telle décision répondait à tout un courant d'idées dont Guillaume Postel et Tommaso Campanella, entre autres, furent les théoriciens, et l'on doit à des hommes tels que Richelieu, ce redoutable prince de l'Église (sans oublier son éminence grise, le père Joseph, ni Mazarin, qui lui succéda), d'avoir traduit ces aspirations sur un plan concret : aussi bien guerrier que diplomatique. Car, pour utopique qu'elle paraisse, la Cité du Soleil de Campanella est sans conteste un manifeste théologico-politique de la monarchie absolue et de l'illuminisme gallican issu de la Contre-Réforme. Quant à Versailles, cet ensemble architectural et paysager unique au monde, il en sera la réalisation artistique, la concrétisation symbolique. Le Vau, F. d'Orbay, Mansart, Le Brun, Marsy, Tuby, Girardon, Le Nôtre, Le Hongre, Coysevox, parmi maints autres artistes du siècle, y exprimeront le meilleur d'eux-mêmes.



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A l'examen, en effet (et bien que Versailles soit généralement considéré comme le prototype de l'art classique français), la demeure du Roi-Soleil se révèle tout autre chose que la manifestation de la rationalité triomphante et de l'esprit géométrique. Outre l'esthétique baroque dont parfois ils témoignent, les bâtiments, les allées, les jardins, les bassins, les fontaines nous donnent à lire (à déchiffrer) ce qui fut leurs raisons d'être véritables : une mythologie à la mesure de celui qui y avait élu séjour, et comme un condensé de l'idée que le roi se faisait de sa mission et de son pouvoir.
C'est ce qu'a fort bien vu Talleyrand, lorsqu'il déclarait : « La gloire de Louis XIV a resserré toutes ses idées dans les limites de Versailles. »
A Versailles, la moindre décoration est devise, tout se fait « armes parlantes ». Ainsi, bien sûr, des mascarons qui ornent le linteau des portes, et où l'on retrouve la figure solaire.
Toutefois, certains emblèmes sont moins évidents, quoique tout aussi nombreux. Pourquoi, par exemple, tant de lyres ? Et ce dès l'entrée du château, sur les grilles qui bordent la place d'Armes. Comme on le sait, la lyre est l'attribut d'Apollon, dieu solaire des Arts, auquel Louis XIV, en tant que mécène, ne pouvait que s'identifier. Mais cet instrument de musique est aussi une invention d'Hermès, le gardien des portes, le messager, celui qui, dans la tradition ésotérique, est chargé de préserver le secret, et tout à la fois de le révéler à quiconque s'en montre digne. Secret ou symbole aux multiples facettes, d'ailleurs, dans lequel l'initié puise à sa convenance, mais surtout selon la pénétration et la profondeur de son savoir. Cette idée n'était pas du tout étrangère au maître des lieux, qui, tel Hermès, dispense à ses sujets ses lumières à proportion de ce qu'ils peuvent en comprendre et en fonction de ce qu'ils sont, le souverain détenant seul la compréhension intégrale de tous les signes et de tous les mystères.
Aussi, comme l'a remarqué M. Hautecoeur, le roi, quand il se trouve en présence d'un visiteur de marque versé dans les belles lettres, prend-il soin d'expliquer telle particularité de son palais par Les Métamorphoses d'Ovide. Mais, lorsqu'il a affaire à un marin ou à un guerrier, il met l'accent sur les enseignements fournis par les allégories relatives à Neptune ou à Mars. Devant les gens du négoce, il en appelle à Mercure. Quelqu'une des personnes de son entourage a-t-elle besoin d'être encouragée dans ses pratiques religieuses? Ainsi que le rappelle le R.P. Guillou dans son essai intitulé « Le Palais du Soleil », Louis XIV ne dédaigne pas de commenter pour elle les symboles de la chapelle, avant trait à la Résurrection et à la toute-puissance de Dieu.


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Le symbolisme est clair. L'appartement royal, dans sa répartition, est le reflet exact du système des valeurs, de leur hiérarchie, mis en oeuvre par Louis XIV. Le roi entend s'inscrire dans la lignée de ses ancêtres ; en accordant la préséance à la déesse des nuits, il reconnaît sa filiation. De même, place est faite a ce qui lui permet de régner : la force des armes avec Mars, la diplomatie avec Mercure, le commandement avec Jupiter. Mais il n'oublie ni la sagesse réflexive ni la méditation solaire (Saturne), non plus que le devoir de s'assurer une descendance.
En somme, le parcours de pièce en pièce est à la fois logique et chronologique. Le premier salon (celui de Diane, consacré à la Lune) représente le passé et rappelle que Versailles fut d'abord un pavillon de chasse. Le dernier est tourné vers l'avenir. Mais, ce qui apparaît comme beaucoup plus significatif encore, c'est la place qu'occupe la grande chambre du roi (consacrée à Apollon) par rapport aux autres pièces. On s'aperçoit que cette pièce se situe au centre, entre, d'une part, Diane (ou la Lune), Mars, Mercure, et, de l'autre, Jupiter, Saturne et Vénus. Cette place ne doit rien au hasard. En voici une preuve supplémentaire : à la suite des remaniements successifs dont Versailles fut l'objet au cours des années, la grande chambre du roi ne se trouvait plus au centre du palais, Louis XIV la fit donc transférer, assez tardivement, il est vrai (1701) ; mais, comme nous le verrons, non sans qu'il y ait là quelque autre raison encore.
Le transfert de la chambre de Louis XIV, écrit l'historien Pierre Verlet dans son essai « Versailles » était presque inévitable. Selon une très ancienne tradition, le roi logeait au centre même de son château. Il était le coeur du château ; lorsqu'il dormait, la vie semblait s'arrêter. Par les cérémonies du coucher et du lever, entre lesquelles le sommeil du roi libérait les courtisans de leur service, la chambre du roi fixait, plus encore que le cours du soleil, les limites des jours et des nuits de Versailles, et l'on peut noter comme un symbole que Louis XIV désigna pour sa dernière chambre non seulement le milieu de son château, mais le plein est, l'axe même sur lequel le soleil se lève sur ses terres. »
La nouvelle chambre donne en effet sur le grand canal, dans les eaux duquel le souverain peut voir se refléter, du levant au couchant, d'Orient en Occident, la course de l'astre du jour.
Du fait du transfert de l'appartement royal, cependant, les salons planétaires disparaissent, et Louis XIV, très intentionnellement, ne fera rien pour conserver l'ancienne disposition. Désormais, Apollon gouverne et règne seul, roi des rois, monarque absolu. L'atteste d'ailleurs sa devise nouvelle : Nec pluribus impar, qui succède à la devise de sa jeunesse : Foecundis ignihus ardet. Après avoir brûlé de feux multiples, féconds, mais quelque peu désordonnés, Louis le Grand se déclare unique, incomparable, et toutes choses à Versailles répètent inlassablement ce qui en est devenu le dogme, aussi bien le rituel du lever et du coucher, les fêtes, l'habit de cérémonie du souverain constellé de pierreries, que les motifs ornementaux du palais, les immenses miroirs de la galerie des Glaces, l'alignement des statues et des plans d'eau, les dimensions de l'ensemble architectural et paysager... Versailles s'étend, en effet, sur quelque 7 milliers d'hectares, le canal mesure plus de 1 kilomètre et demi de longueur, sans compter ses branches perpendiculaires, qui totalisent plus de 1 000 mètres : et le tout à l'avenant !



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Devant tant de démesure, on serait tenté de croire que Versailles ne doit son existence qu'à la célébration du culte royal et qu'aucune place n'est laissée à autre chose qu'à cette auto-glorification perpétuelle. Qu'on se détrompe, cependant : la demeure du Roi Soleil recèle aussi sa part d'ombre, de nuit, de doute. Ainsi - exemple parmi tant d'autres - le drame que nous conte le basin d'Apollon, et où les historiens n'ont' vu qu'une illustration d'un thème académique fourni par la mythologie gréco-latine. Dans Les Métamorphoses, Ovide relate en effet l'infortune de Phaéton. Ce dernier passait généralement pour le fils du Soleil et de Clymène, une (les Océanides. Quelqu'un lui ayant soutenu le contraire, Phaéton se rendit au palais du Soleil pour apprendre de sa bouche la vérité sur sa naissance. Il supplia Phébus (alias le Soleil) de lui donner la permission de conduire son char, rien qu'une fois seulement, ce qui suffirait à prouver à tout l'Univers qu'il était bien son fils. Phébus tenta de détourner Phaéton de cette périlleuse entreprise. En vain. Le jeune homme prit donc les rênes, mais, ne reconnaissant plus la main de leur maître, les chevaux fougueux du Soleil se détournèrent de leur chemin habituel, tantôt s'élevant trop haut (au risque d'embraser les cieux), tantôt descendant trop près de la Terre, et semant la désolation. Ce que voyant, et afin de limiter le désastre. Jupiter décida de précipiter Phaéton et son attelage dans le fleuve Éridan, où le jeune homme trouva la mort.
Ce mythe doit se comprendre à la lumière de l'histoire personnelle de Louis XIV, dont on disait qu'il n'était pas le fils de Louis XIII, soupçonné d'impuissance. Il était d'autre part de notoriété publique qu'Anne d'Autriche avait été une femme volage. On comprend aisément quelle leçon Louis XIV pouvait tirer de ce mythe : en tenant fermement les rênes du char de l'État, ne prouvait-il pas, et ne se prouvait-il pas à lui-même, que sa royauté n'était pas usurpée ?



Sources : Mystères de la Civilisation – "le secret des architectes de Versailles"
Complément : Site officiel du Château


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