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#11  8 Feb 2011 08:35:12

Saint Just
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Re: Mort d'un Président

SES YEUX SONT FIXES, IL N’A PLUS DE SANG MAIS SON CŒUR BAT TOUJOURS



Prenez le général Ted Clifton. Officier, ancien combattant, attaché militaire du président, Clifton aurait dû être, de tous les hommes présents, celui qui comprendrait le mieux l'utilité du Service des communications. Eh bien, il l'oublia complètement. Au lieu d'y avoir recours, il présenta sa carte à une standardiste du Parkland et lui dit qu'il voulait communiquer avec la Maison-Blanche. Par miracle, il l'obtint. Quand il eut quelqu'un au bout du f il, il demanda à s'entrenir avec Mrs. Clifton et Mrs. O'Donnell pour leur dire que leurs maris étaient sains et saufs. Cette question urgente réglée, il demanda qu'on lui passe Bromley Smith, secrétaire du Conseil National de Sécurité, et lui posa la question suivante : « A-t-on des renseignements là-dessus ? » L'ordre de priorité du général est ahurissant : ce fut seulement après avoir rassuré les épouses qu'il s'inquiéta de l'existence d'un complot contre le gouvernement des Etats-Unis.
Ou bien prenez le cas de Clint Hill, un homme à la présence d'esprit exceptionnelle qui venait d'en donner la preuve à Elm Street. Errant dans le secteur des urgences, il s'aperçut soudain qu'il était en manches de chemise. Il lui parut important d'être convenablement vêtu et, abordant un membre du personnel administratif de l'hôpital qui était de sa taille, il lui emprunta sa veste. Le chargé des relations publiques la lui prêta, tout en se demandant - avec raison - ce que les manches de chemise pouvaient changer dans un moment pareil.
Le sergent de police de Dallas, Bob Dugger, était plein d'inquiétude à cause d'une histoire d'automobile. Il avait entendu la nouvelle au Trade Mart et il était venu dans la voiture du premier adjoint du chef de police. Il n'avait pas eu le temps de demander une autorisation et maintenant l'angoisse le rongeait. Qu'allait penser son chef ? Allait-il signaler le vol de sa voiture ? Quelle serait l'accusation ? C'était grave. Ce serait peut-être l'écroulement de sa carrière.
Un message pour Ann Clifton... une veste propre pour Hill, une voiture de chef de police empruntée... les hommes se détournaient ainsi de l'effroyable événement et se perdaient dans les menus détails avec une sorte de délectation. Le moment viendrait où il leur faudrait regarder en face l'énormité de l'événement qu'ils avaient à affronter. Le comportement individuel varia énormément dans des situations pourtant identiques. Jacqueline Kennedy et Nellie Connally attendaient, à un mètre l'une de l'autre, des nouvelles de leurs maris grièvement blessés. Elles savaient toutes deux que les blessures du président étaient mortelles, et s'il peut exister un semblant de protocole dans ces circonstances, la femme du gouverneur aurait dû être la première à parler. Ce ne fut pas le cas. Jackie lui demanda avec douceur comment allait Connally. Nellie ne répondit pas tout de suite. Elle se disait qu'au fond elle connaissait à peine cette femme. Enfin elle murmura :
- « Il va s'en sortir. » Ce fut tout.
Hugh Sidey prenait fébrilement des notes, dont la majeure partie, il s'en aperçut plus tard, étaient illisibles. Bob Baskin s'en alla tout simplement. Il partit en voiture vers le centre de Dallas, alla à la rédaction leur avait enfoncé dans la tête que la paperasserie était extrêmement importante ; cherchant une oasis dans le désordre général, ils se réfugièrent dans les rites familiers de la routine.
« Kennedy, John F. » fut bien proprement inscrit sous le n° 24 740, catégorie blanc, sexe masculin, admis à la salle d'urgence numéro un. Sa « maladie » fut notée GSW (gunshot wound : blessure par arme à
feu). « Connally, John », ri 24 743, fut inscrit trois lignes plus bas, après une Blanche du sexe féminin qui saignait de la bouche et une Noire du sexe féminin qui souffrait de l'abdomen. (Le gouverneur, bien sûr, avait été admis avant elles.)
Le désordre dura tout l'après-midi. Larry O'Brien arriva à l'hôpital avec le député fédéral Albert Thomas et Jack Brooks. Il se trompa de couloir et se trouva soudain seul, en face d'un long couloir. De l'autre côté, une femme à lunettes le dévisageait.
- « Une minute, dit-elle vivement en lui tendant un formulaire et un stylo à bille. »
Dans un état de complète stupeur, il se mit à écrire laborieusement en caractères d'imprimerie « O'Brien, Lawrence F. », et puis il resta la main en l'air. Frappé par la stupidité de la chose, il lâcha plume et papier et repartit en courant dans des corridors inconnus, à la recherche du président.
Au milieu de la tempête le corps de John Kennedy gisait, isolé, protégé par l'énormité même de la tâche qui préoccupait tout le monde dans la salle i. Le seuil franchi, il n'était plus besoin de chercher de fausses activités. Les hommes et les femmes qui étaient réunis là ne pouvaient douter de l'urgence de leur travail, et la discipline lui conférait une espèce de paix. Les scalpels et les pinces étaient automatiquement pris, les mariettes machinalement tournées ; les mains gantées de caoutchouc se tendaient, se fermaient, bougeaient en silence. La blessure de la gorge - que l'on supposait alors être une blessure d'entrée de balle, parce qu'on n'avait pas le temps de retourner le corps - était petite, et du sang en coulait, mais lentement. Les dégâts causés à l'arrière du crâne, cependant, ne pouvaient guère être exagérés. C'était de là que venait tout le sang, l'hémorragie intense qui avait commencé à Helm Street, avait continué pendant le trajet et dans les couloirs, et n'était pas encore tarie. On aurait pu croire que depuis l'attentat Kennedy s'était vidé de son sang, mais son coeur immense continuait de battre - un litre et demi - avaient souillé la civière roulante en aluminium, les linges, le sol, les murs. Et une grande quantité de matière cervicale se mêlait à ce sang. Presque nu, son grand corps intact, il gisait sur le dos sur un matelas de cuir noir de six centimètres d'épaisseur. Les yeux fixes, dilatés et divergents, glissant vers l'extérieur, étaient levés sans rien voir vers l'unique plafonnier fluorescent allumé.
Le premier médecin qui arriva, Charles J. Carrico, interne de vingt-cinq ans environ en deuxième année de chirurgie, l'examina rapidement. Il n'y avait pas de pouls, pas la moindre tension. Néanmoins, il n'étaitt pas tout à fait mort. Son corps faisait de lents efforts douloureux pour respirer et, de temps en temps, on décelait un battement de coeur. Carrico commença les soins d'urgence et inséra un tube par la bouche dans l'espoir de dégager le larynx. On lui injecta par cathéter dans la jambe droite une solution de liquide de Ringer - une solution saline modifiée. Tout bas, rapidement, l'interne demanda le groupe sanguin. Une infirmière sortir en courant.
- « Quel est le groupe sanguin du président ? » demanda-t-elle à Hill et Kellerman.
Clint s'apprêtait à prendre son portefeuille. Roy répondit
- « Groupe O, rhésus positif. »
De fait, on transfusa au président du groupe O rhésus négatif parce qu'il ne pouvait pas y avoir de réaction à ce sang, quel que soit le groupe du blessé.


"Un peuple n'a qu'un ennemi dangereux : c'est son gouvernement." Louis Antoine de Saint Just

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#12  10 Feb 2011 10:44:49

Saint Just
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Re: Mort d'un Président

« N'ENTREZ PAS ICI !  J'ENTRE ET J’ENTENDS RESTER » , REPOND JACKIE.



Il y avait maintenant quatorze médecins autour de la civière. C'était trop. La salle était à peine deux fois plus grande que la salle de bains privée de Kennedy au premier étage de la Maison-Blanche. Trois seulement de ces médecins étaient indispensables Malcolm Perry, le chirurgien de trente-quatre ans qui venait de dévaler l'escalier descendant de la cafétéria de l'hôpital pour prendre la relève du jeune Carrico ; Burkley parce qu'il était au courant des antécédents médicaux du patient, transportait des remèdes particuliers dans sa trousse et connaissait les dosages exacts, et Marion T. Jenkins, directeur du service d'anesthésie de Parkland.
Incisant la gorge du président juste au-dessous de la blessure médiastinale, Mac Perry commença une trachéotomie qui dura cinq minutes. Pendant ce temps, le tube inséré entre les lèvres de Kennedy avait été relié à un respirateur pour tenter de le faire respirer. A ce moment-là, Jacqueline Kennedy décida de pénétrer dans la salle. Elle avait passé dans le lugubre couloir une dizaine de minutes, chacune plus atroce que la précédente. L'infirmière Doris Nelson avait essayé de lui ôter ses gants ; des infirmiers et des internes qui passaient avaient tenté de la persuader de se reposer dans un des boxes fermés par un drap blanc. L'énormité de ce qui était arrivé venait à peine de s'imposer à elle, mais elle avait déjà décidé de ne pas bouger de là.
Le personnel de Parkland ne comprenait pas pourquoi elle s'en tenait à cette décision avec tant de force et de volonté. Ils ne la connaissaient que de réputation, mais égale en cela à Robert Kennedy elle était très différente de ce que le peuple imaginait. Il était plus doux et sensible qu'il n'en avait l'air. Elle était beaucoup, beaucoup plus ferme que l'on ne croyait. Inévitablement, ils étaient tous deux dépassés par le président qui les couvrait de son ombre. Jusque-1à, cela n'avait pas eu d'importance. Dans le vide qu'il allait laisser, ils émergeraient, et pour Mrs. Kennedy, l'heure avait sonné d'imposer sa volonté. Pendant les premières minutes, elle avait tout guetté, paisiblement. Elle ne comprenait pas pourquoi les médecins et les chirurgiens se précipitaient dans la salle ; elle était certaine que son mari était mort. Et puis elle entendit parler de perfusions. Les médecins s'imaginent que le profane éprouve une crainte respectueuse devant le jargon médical. Ils ont généralement raison. Dans ce cas précis, ils se trompaient. Le président était souffrant depuis son mariage ; sa femme avait passé beaucoup de temps dans les salles d'attente d'hôpitaux. Elle savait ce qu'était une solution saline et quand elle entendit dans la petite salle une voix parler de réanimation, elle comprit ce que cela voulait dire. Il est encore en vie, pensa-t-elle avec stupéfaction. Cela n'avait pas de sens. Elle était convaincue qu'il avait été tué. Se pourrait-il qu'il ait une chance de survivre ? se demanda-t-elle, et puis : Oh ! mon Dieu, si jamais il vit, je ferai absolument n'importe quoi pour lui, jusqu'à la fin de mes jours. Elle leva les yeux vers Larry et Ken, à quelques pas d'elle, et chuchota :
- « Vous pensez que... ? »
Ils ne répondirent pas. 11 n'y avait rien à dire.
- « Je vais entrer là-dedans, déclara-t-elle. »
Doris Nelson l'entendit et lui barra le chemin. L'infirmière était une sorte de dragon blanc aux muscles puissants, elle était pénétrée de la doctrine qui veut que la famille soit le plus possible éloignée des malades. Une des raisons de cette politique était justement d'empêcher la naissance de ces faux espoirs qui venaient de s'éveiller chez Mrs. Kennedy. Doris déclara sèchement :
- « Vous ne pouvez pas entrer ici. »
Elle se planta bien d'aplomb dans ses chaussures à semelles de caoutchouc. Sans se laisser intimider, Jackie répliqua :
- « J'entre. Et j'entends rester. »
Elle poussa. Doris, beaucoup plus forte, la repoussa. Chaque fois que son mari avait été malade, Jacqueline Kennedy avait été éloignée par les médecins. A Columbia, elle l'avait entendu l'appeler après son opération du dos ; elle avait alors essayé d'aller vers lui, mais personne n'avait voulu la laisser passer. Et puis, alors que le traitement d'un spécialiste semblait échouer, elle avait voulu en appeler un autre en consultation. On l'en avait dissuadée et le président avait passé quatre mois de souffrances terribles et de découragement. Jusqu'alors, elle s'était inclinée devant les conseils de la faculté. Elle était jeune, pénétrée de respect ; les médecins, pensait-elle, devaient savoir. Mais au bout de ces quatre mois, elle s'était fait un serment. Désormais, elle serait toujours à ses côtés quand il aurait besoin d'elle ; jamais plus elle ne se laisserait intimider par des médecins ou des infirmières. Maintenant, poussant de plus belle, elle sifflait durement aux oreilles de Doris Nelson :
- « Je vais entrer dans cette salle ! »
Le bruit attira l'attention du docteur Burkley. Il s'approcha et intervint :
- « Mrs. Kennedy, vous avez besoin d'un sédatif, dit-il. »
- « Je veux être là quand il mourra. »
Il hocha la tête, avec compréhension, puis il prit sa défense :
- « C'est son droit, c'est son droit, c'est sa prérogative, » répétait-il en la faisant passer devant la femme en blanc qui s'écarta à contre-coeur, pensant qu'il était un agent du Service secret.
Il était 13 heures à la pendule I.B.M., quand le chirurgien Kemp Clark déclara d'une voix sourde :
- « C'est trop tard, Mac. »
Les longues mains de Perry se crispèrent, vaincues. Lentement, il les souleva du torse blême de Kennedy, sortit de la salle comme un aveugle, s'affala sur une chaise et regarda dans le vague, en se rongeant distraitement l'ongle du petit doigt. A la tête de la civière roulante, un médecin se pencha et remonta le drap sur la figure du président. Clark se tourna vers Jacqueline Kennedy :
- « Votre mari a reçu une blessure mortelle, dit-il. »
Elle bougea les lèvres en silence : « Je sais. »




LE CHEF DU FBI. APPELLE BOB KENNEDY :« J'AI UNE NOUVELLE GRAVE... »



Au quatrième étage de l'immeuble du ministère de la justice, au coin de la 9 Rue et de Pennsylvania Avenue, J. Edgar Hoover avait décroché sa ligne directe avec le bureau du ministre de la Justice. Ce fut Angie Novello, secrétaire de Robert Kennedy, qui lui répondit, tout en contemplant, de l'autre côté de son bureau, une dépêche froissée de l'U.P.I. que lui tendait une secrétaire de presse en larmes.
- « Ici J. Edgar Hoover, dit-il de sa voix saccadée, aiguë, mécanique, Avez-vous appris la nouvelle ? »
- « Oui, M. Hoover, mais ce n'est pas moi qui vais la lui annoncer.
- Le président a été blessé. Je vais l'appeler. » [/i]
Un opérateur de la Maison-Blanche le mit en communication avec le poste 163, au bout de la piscine, derrière la demeure d'Hickory Hill, en Virginie. Ethel Kennedy abandonna ses hôtes pour aller répondre. Le standardiste lui dit :
- « Le Directeur vous appelle. »
Ethel n'avait pas besoin de demander lequel. Dans le Washington officiel, il y avait de nombreux directeurs, mais un seul Directeur.
- « Le ministre de la Justice déjeune, répondit-elle. »
A l'autre extrémité de la piscine, son mari venait de regarder l'heure à sa montre. II était 13 h 45 (12 h 45 à Dallas). Il prit un sandwich au thon et dit à l'un de ses invités :
- « Nous ferions bien de nous dépêcher de retourner à cette réunion. »
- « C'est très urgent, » dit le standardiste à Ethel. Ethel tendit le combiné blanc à bout de bras et cria :
- « C'est J. Edgar Hoover ! »
Robert Kennedy comprit qu'il était arrivé quelque chose d'insolite. Le Directeur ne l'appelait jamais chez lui. Lâchant son sandwich, il alla au téléphone et, comme il prenait le combiné, un ouvrier qui écoutait un transistor tout en travaillant à l'agrandissement d'une aile de la maison, pivota et courut vers eux, en criant des phrases inintelligibles.
Le ministre de la justice se nomma.
- « J'ai une nouvelle à vous apprendre, dit Hoover d'une voix sans timbre. Le président a été victime d'un attentat. »
Il y eut un silence. Robert Kennedy demanda si c’était grave.
- « Je crois que c'est grave. Je m'efforce d'obtenir des détails. Je vous rappellerai dès que j'en saurai davantage, dit Hoover. »
Le directeur raccrocha. Le ministre de la justice en fit autant. Il retourna auprès de sa femme et de ses deux invités perplexes, qui commençaient à peine à comprendre les bredouillements de l'ouvrier. A mi-chemin, Robert Kennedy s'arrêta. Le choc le frappait. Sa mâchoire s'affaissa.
- « Jack a été blessé ! cria-t-il. »
Puis il eut un haut-le-coeur et plaqua sa main sur sa figure. Comme le président, Bob Kennedy réprouvait les manifestations publiques de sentiments privés, et aucun des amis qui s'apprêtaient à se réunir dans la cour d'honneur à Hickory Hill ne le virent s'effondrer. Néanmoins, il y eut des moments où il dut tourner le dos et regarder du côté de la piscine, du tennis, des arbres, du perchoir dans les branches, n'importe où pourvu qu'il ne rencontrât pas des regards. Sa première pensée fut de voler au côté de son frère blessé et, après avoir demandé à Mac Namara un moyen de transport immédiat et rapide, il monta en courant dans sa chambre pour s'habiller. Caroline Kennedy se trouvait dans la voiture de Liz Pozen. Elle allait passer sa première nuit hors de chez elle avec son amie Agatha, la petite fille de Liz. Mrs. Pozen écoutait à sa radio de bord la station W.G.M.S. de Washington et entendit huit mots : « ... balle dans la tête et sa femme Jackie... » Elle éteignit instantanément. Autant qu'elle pouvait se souvenir, le volume du son était bas et on n'avait rien dit d'autre. Elle était convaincue que les enfants n'avaient rien entendu. Les réflexions que fit plus tard Caroline à l'agent du Service secret, Tom Wells, donnent à penser que l'émission avait été plus détaillée que Liz ne le pensait. Néanmoins, tous les bulletins étaient vagues, à ce moment-là. Certainement, la fille du président ne pouvait avoir compris ce qui s'était passé ; Liz elle-même ne le savait pas.
Wells suivait dans une Ford banalisée. L'inspecteur avait mis en marche sa radio, et ils passaient devant le zoo national quand le programme qu'il écoutait fut interrompu pour un flash nébuleux : « Nous avons un rapport non confirmé de coups de feu dans le secteur du cortège présidentiel à Dallas. » Il examina rapidement la voiture devant lui, mais Liz, brune et petite, ne pouvait être vue et les enfants, au-dessous du niveau des glaces, étaient invisibles. On aurait dit que tous les occupants avaient été mystérieusement emportés et que la voiture fonçait follement vers Cheville Chase de son propre chef .


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#13  11 Feb 2011 15:08:46

Saint Just
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Re: Mort d'un Président

CAROLINE DIT A L'AGENT SECRET :« JE SAIS DE QUOI IL S'AGIT »



Liz Pozen ne savait rien. Impossible de rebrancher la radio. Elle songea à un danger possible : un inconnu dans une autre voiture, apprenant la nouvelle à sa radio et reconnaissant Caroline d'après ses photos, pourrait agir inconsidérément. Furtivement, elle examinait les conducteurs qu'elle croisait. Ils étaient tous impassibles. La station de radio de Wells avait repris son émission. A huit cents mètres du zoo, il y eut une nouvelle interruption ; on se demandait si une personne de la suite du président avait été blessée, peut être même le président. Rien n'était précis.
Liz n'eut pas l'idée de s'arrêter et, n'ayant aucun signe d'elle, Wells ne pouvait que coller à son parechocs arrière. Ils passèrent plus de huit cents mètres de feux verts avant que l'un d'eux se mette au rouge ; alors, freinant ensemble, ils ouvrirent leurs portières et se rejoignirent entre les deux voitures.
- « Avez-vous entendu la radio ? demanda Wells. Elle fit signe que oui. »
- « éteignez-la. »
- « C'est déjà fait, dit-elle en l'examinant attentivement. Que dois-je faire ? »
- « Personne ne sait si c'est grave ou non. Continuez de rouler. »
Le feu changea ; ils repartirent. Au microphone, l'inspecteur appela, en employant les codes désignant la Maison-Blanche, lui-même et Caroline
- ”Crown, Dasher à Crown. Demande instructions immédiates concernant Lyric en rapport avec la situation actuelle à Dallas. Terminé. »
Crown garda d'abord le silence, puis
- « Restez à l'écoute. »
A cause de la rapidité de l'U.P.I., Liz Pozen et Tom Wells, roulant vers le Maryland, en savaient plus long que ceux qui devaient les conseiller et les prévenir. Les lignes de Jery Behn, chef des agents de la Maison-Blanche, étaient occupées parce qu'il communiquait avec Roy Kellerman. A Chevy Chase, Liz et Wells conférèrent pour la deuxième fois. Comme ils n'avaient pas d' « instructions de procédure », lui dit-il, elle devait continuer de déposer les autres enfants qu'elle ramenait de l'école. Il commençait cependant à mettre de l'ordre dans ses pensées, et s'était persuadé qu'il devait gâcher la visite de Caroline chez les Pozen. Il lui restait maintenant à convaincre son supérieur.
- « Dasher à Dresser. J'ai l'impression que le danger augmente. Nous ne savons pas si c'est un acte isolé, un complot ou un coup d'Etat. Si c'est un coup d'état, Washington y figurera certainement et je veux ramener Lyric en sécurité. Nous serions préparés pour un enlèvement, et sauf ordre contraire de votre part, je vais ramener Lyric à Crown.
Ce n'était pas une décision facile à prendre, et elle ne serait guère appréciée. Néanmoins, Bob poster, à la Maison-Blanche, la trouva raisonnable. Il reconnut « qu'ils vont peut-être essayer de tuer toute la famille »
. Il monta faire part de la décision à Maude Shaw, la nurse des enfants du président, qui exprima des doutes.
Mais celle qui en exprima le plus devait être Liz Pozen. Wells, s'attendant à ce qu'elle fasse des difficultés, prit une autre décision ; pour couper court à toute discussion, il dirait qu'il avait des ordres formels. Leur troisième conférence, qui suivit, fut à la fois désolante et comique. Wells était si bouleversé qu'il oublia son frein à main et il allait aborder Liz quand il vit avec horreur, du coin de l'oeil, la Ford qui descendait lentement la côte. Il la rattrapa après un sprint, serra le frein à main et revint sur ses pas.
- « Il faut que je ramène Caroline à la Maison Blanche. »
- « Pourquoi ? s'écria-t-elle. »
- « Raisons de sécurité. »
Elle se montra plus opiniâtre encore qu'il ne s'y attendait. Maintenant qu'ils avaient quitté le gros de la circulation, elle pensait que Caroline risquait moins d'être reconnue. Liz tenait beaucoup à la garder avec elle; elle avait une raison logique; il était inconcevable qu'un inconnu ait pu apprendre ses projets, et ce n'était pas le moment de troubler Caroline.
- « Ce n'est pas moi qui décide, répondit-il. Je n'ai pas le choix. »
Il passa à côté d'elle, alla mettre la tête à la portière du station-wagon et dit :
- « Caroline, il faut rentrer à la maison. Vous feriez bien de reprendre votre valise. Vous pourrez peut-être revenir plus tard. »
L'abbé Huber veut s'agenouiller mais le sol n'est plus qu'une mare de sang
Sa nervosité augmentait la tension. Liz le trouva inutilement brusque et sec. Caroline recula :
- « Je ne veux pas y aller. »
Il ouvrit la portière arrière et prit la valise.
- « Nous n'avons pas le choix. Il est arrivé quelque chose. Miss Shaw vous le dira sans doute. - Oui, je sais de quoi il s'agit, » répondit l'enfant.
Il en conclut qu'elle avait entendu la radio. Serrant son ours sur son coeur et refoulant ses larmes, elle grimpa vers lui par-dessus le dossier du siège. Liz l'embrassa; Wells l'installa sur le siège à côté de lui et démarra. A cinq cents mètres au sud de Chevev Chase Circle, Caroline leva les yeux vers lui
- Pourquoi faut-il rentrer à la maison ? demanda-t-elle.
Mais avant qu'il puisse répondre, elle ajouta :
- « Non, ça ne fait rien. Je sais. »
- « Maman a changé ses projets, dit-il, et elle sera sans doute de retour à la Maison-Blanche ce soir. Elle voulait que John et vous, vous soyez à la maison. »
En reprenant Rock Creek Parkway, l'inspecteur fut préoccupé par une nouvelle complication effrayante. Le spectre qui avait hanté Liz Pozen devint réalité. Un automobiliste reconnut Caroline. Ils doublaient une conduite intérieure vert clair quand le conducteur jeta un coup d'oeil distrait de côté et sursauta visiblement. C'est un gros homme d'une cinquantaine d'années, coiffé d'un chapeau et vêtu de ce qui avait l'air d'une veste de bûcheron. Le signalement donné par l'inspecteur est vague, parce qu'il tenta aussitôt de le semer; l'homme, une fois remis de sa surprise, avait en effet décidé de les suivre. Il prenait un risque. Tom Wells était un des tireurs d'élite de l'équipe de la Maison-Blanche, et il était d'une humeur redoutable. Cependant le conducteur était un personnage sympathique, et sa réaction courageuse et compréhensive. La Ford noire était banalisée, sans aucune marque officielle, et quiconque, voyant la petite fille de six ans du président filant sur la route en compagnie d'un inconnu quelques minutes après l'attentat, pouvait très aisément en conclure qu'elle était enlevée.
L'agent, de son côté, ne pouvait déterminer les mobiles de son poursuivant. En reprenant Caroline à Liz Pozen, il avait hérité l'obligation de ne pas faire marcher sa radio de bord. Il ne pouvait même pas poser de questions précises à Crown sans alarmer l'enfant assise à côté de lui. Peut-être sa crainte d'un coup d'Etat se justifiait-elle en ce moment même; la conduite intérieure verte faisait peut-être partie du complot. Wells maudit le garage de la Maison Blanche de ne pas lui avoir fourni une voiture avec une « boule de feu » du Service secret - un phare rouge sous le châssis - ou une torche électrique à crosse de pistolet qui illuminait les lettres noires « Police » sur fond rouge. A défaut, il ne lui restait qu'une solution, la fuite. Plaquant son accélérateur au plancher, il prit la file de gauche. Son poursuivant accéléra aussi et, à un moment donné, il roula à un mètre à peine du pare-chocs arrière de la Ford. Petit à petit, Wells le distança. Il faisait adroitement du slalom et laissait d'autres voitures s'insérer entre eux. Quand il arriva à la sortie de l'autoroute de Virginia Avenue, il n'y avait plus de voiture verte dans le rétroviseur. A 14 h 13, heure de Washington, quarante-six minutes après leur départ de la Maison-Blanche, Tom Wells faisait rapidement passer Caroline, sa valise et son ours rose sous le nez des gardes blêmes et f franchissait le portail sud-ouest.
Bernard Weiseman, le jeune vendeur de droite qui avait signé la page publicitaire du matin dans le « News » de Dallas, entendit la nouvelle en roulant avec un ami dans le centre de Dallas. Terrifié à la pensée qu'il serait rendu responsable, il se terra pendant quatre heures au fond d'un bar, en disant de l'assassin :« J'espère qu'il n'est pas membre du groupe Walker... J'espère que ce n'est pas un des gars de Walker... »
A Irving, Marina Oswald et Ruth Paine l'entendirent au poste de TV Zénith que Lee avait tant regardé la veille au soir. Ruth traduisit pour son amie et alluma une bougie.
- « Est-ce une façon de prier ? demanda Marina. »
- « Oui; pour moi, c'est ma manière répondit Ruth. »
Marina alla dans la cour étendre du linge. Le commentateur annonça que les coups de feu avaient été tirés du dépôt de livres scolaires du Texas, et Ruth sortit traduire aussi cela. Marina ne dit rien, mais elle alla furtivement vérifier la présence de la couverture roulée dans le garage. La. voyant là, et ne sachant pas qu'elle était vide, Marina souffla : « Merci, mon Dieu. »

Dernière modification par saint Just (11 Feb 2011 15:09:17)


"Un peuple n'a qu'un ennemi dangereux : c'est son gouvernement." Louis Antoine de Saint Just

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#14  16 Feb 2011 09:26:42

Saint Just
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Re: Mort d'un Président

YOUNGBLOOD CRAINT POUR JOHNSON, IL L’ENTRAINE DANS UNE PIECE AUX STORES BAISSES



Pour la majorité des gens qui se trouvaient à Parkland, l'arrivée d'un prêtre annonça l'accomplissement du drame. Ils virent presque tous dans l'habit noir du curé, le signe de mort universellement reconnu. Mac Kilduf f chuchota à Albert Thomas :
- « On dirait qu'il est parti ».
Seul, Mac Perry ne remarqua rien. Il était toujours assis dans le couloir, et l'abbé passa tout près de lui, mais Mac ne voyait rien. Ses yeux bruns ternis par la fatigue, ses traits bizarrement tirés de côté, le chirurgien regardait fixement le mur gris.

L'abbé Oscar L. Huber alla tout de suite à Jacqueline Kennedy. Il lui murmura ses condoléances, en haletant, et prit position à côté d'elle. Pour les cas de mort subite, il avait toujours employé le rite abrégé de l'extrême-onction et là, il suivit machinalement la coutume. Pas une fois il ne consulta son missel. Le docteur Burkley s'écria :
- « Comment ? C'est tout ? »
Le médecin n'avait encore jamais interpellé un prêtre (le la sorte, mais la brève cérémonie le choquait. Cela évoquait de façon trop déplaisante les procédés hâtifs des infirmières de salles d'hôpital. Il estimait que le décès d'un président devait donner lieu à davantage de solennité.
- « Vous ne pouvez pas dire des prières pour les morts ? » demanda-t-il.
L'abbé Huber choisit vivement quelques prières en anglais. D'ordinaire, il se serait agenouillé, mais il vit que le sol n'était qu'une mare de sang; il ne savait pas que Jacqueline Kennedy s'y était mise à genoux, aussi se contenta-t-il de joindre les mains, de courber la tête et il commença en murmurant la première partie de la prière dominicale. La veuve et le médecin, les deux seuls autres catholiques présents, répondirent par la seconde moitié. Les infirmières s'inclinèrent en silence.
Pour les agents du Service secret Rufus Youngblood et Emory Roberts, préoccupés par la crainte d'un complot, toutes les pièces de l'hôpital de Parkland étaient des pièges possibles. Youngblood demanda un endroit tranquille pour mettre Lyndon et lady Bird Johnson à l'abri de la foule. Une infirmière les conduisit au service de Médecine Mineure.
Mrs. Johnson suivait avec une angoisse croissante. Jusqu'à ce jour, le Service secret ne lui avait accordé qu'une protection de pure forme, et le brusque changement lui semblait menaçant. Le labyrinthe qu'ils suivaient multipliait ses craintes. Elle se disait qu'elle serait incapable de revenir sur ses pas sans guide. De plus Youngblood, en vérifiant la sécurité des lieux, éliminait les quelques points de repère qui auraient pu être utiles. Dans un lit, sur la gauche, se trouvait un Noir.
- « Déménagez-le, dit Youngblood à l'infirmière, et aux autres inspecteurs il ordonna : baissez tous les stores ».
Quand les Johnson s'arrêtèrent au fond d'une vaste salle, ils eurent l'impression d'être arrivés au coeur de l'hôpital. En réalité, ils avaient décrit un grand
cercle. Si le store d'une seule fenêtre avait été levé, ils auraient découvert qu'ils étaient à quelques mètres seulement de l'entrée des ambulances.
Le box 13 de Médecine Mineure était l'endroit le plus calme du rez-de-chaussée. Ce n'était pas tout à fait ce qu'avait voulu Youngblood. Si un second assassin avait suivi le cortège jusque-là - et dans la confusion générale, sa seule difficulté aurait été de trouver à garer sa voiture - ses chances de réussite étaient assez bonnes. Bien qu'il n'eîzt pu voir sa cible, la fenêtre à côté du box 13 était la seule du rez-dechaussée de ce côté du bâtiment, et son store baissé attirait l'attention. Il n'aurait pas fallu être bien malin pour deviner qu'à l'intérieur, à portée de tir d'une arme automatique ou d'une grenade, se trouvait le successeur de Kennedy.




EN PLEIN DRAME, LADY BIRD NOTE SES IMPRESSIONS SUR UN CARNET



Ses larges épaules adossées à un mur nu, il respirait dans un inhalateur qu'il avait toujours sur lui, pour dégager ses narines. La tête penchée, il se pinçait une narine, aspirait profondément, puis recommençait de l'autre côté. Personne ne parlait. Lui-même, sa femme et ses gardes du corps étaient frappés de mutisme. Lady Bird, adossée au mur perpendiculaire, regardait son mari. « Lyndon et moi ne disions rien, se rappela-t-elle plus tard. Nous nous regardions, simplement, échangeant des messages avec nos yeux. Nous savions ce que ce pourrait être. »
Mais ils n'étaient sûrs de rien. Indécis, ils attendaient, mourant d'envie de savoir, comme tout le monde. Johnson envoya un inspecteur chercher Roy Kellerman.
- « Roy, pouvez-vous me dire l'état du président ? » demanda Johnson.
- « Le président Kennedy a été touché, répondit Roy. Il est encore vivant. Son état est critique. - Voulez-vous me tenir au courant ? »
- « Oui, monsieur. »
Kellerman comptait tenir sa promesse, mais il ne revit jamais cette partie de l'hôpital; quand il retourna aux urgences, il eut trop à faire.
Ken O'Donnell passa sa tête dans l'alcôve
- « Ça paraît assez noir, dit-il. Je crois que le président est mort. » Johnson ne répondit pas.
Un agent chercha un distributeur automatique et rapporta du café aux Johnson. Lady Bird, qui transportait toujours des carnets pour noter ce qu'elle appelait ses « moments inoubliables », en avait pris un dans son sac et elle écrivait rapidement ses impressions.
Un autre agent demanda à Youngblood d'aller téléphoner.
- « Je ne quitte cet homme pour personne, » répliqua-t-il.
Mais il voulait quitter Parkland. Dès l'instant où ils étaient arrivés à l'entrée des ambulances, il avait médité une fuite. Pas seulement de l'hôpital, mais de la ville elle-même, qui lui était devenue abominable. C'était un homme d'une force de volonté exceptionnelle, et il sentait très vivement qu'il ne pourrait accomplir ses devoirs auprès de Johnson tant qu'ils resteraient là.
Pour Youngblood, Dallas était un lieu de violence et de mort. Y rester serait prendre un risque insensé. Love Field était la porte d'évasion naturelle; ils devaient s'y rendre immédiatement. Emory Roberts était du même avis, et les deux agents tentèrent de persuader lohnson.
Pour eux, la question était simple. Cependant, elle contenait le germe de ce qui allait devenir une suite de malentendus. Ceux qui avaient été proches (lu président assassiné ne pouvaient absolument pas comprendre le choc terrible, la tension soudaine (lu nouveau président. Alors qu'il avait déjà succédé à Kennedy, il ne s'en rendait pas compte, et la silhouette affalée .dans le box 13 ne ressemblait guère au président Johnson assuré et avisé que le pays allait connaître plus tard. Hébété, silencieux, il était beaucoup plus prêt à prendre des ordres qu'à en donner. Son assurance l'avait abandonnée. Dans un faible murmure, il dit au député fédéral Homer Thornberry :
- « C'est un moment pour prier, si jamais il en fut un, Homer. »
Deux facteurs augmentaient son égarement. Johnson n'était pas le seul à ne pouvoir prendre conscience de la succession. Le personnel éploré de Kennedy ne pouvait non plus se résoudre à regarder les faits en face. En qualité d'attaché de l'Air du président, Godfrey Mac Hugh était le mieux placé pour s'occuper du transport aérien vers Washington. A deux reprises des inspecteurs lui demandèrent de parler à Johnson, et il refusa à chaque fois, en faisant remarquer que le vice-président avait son propre avion. Le second facteur était l'absence de Jerry Behn, le chef de l'équipt de la Maison-Blanche du Service secret. En décidant qu'il ne participerait pas à tous les voyages présidentiels, Behn n'avait pas seulement rompu avec les précédents; il avait laissé ses agents sans chef. S'il avait été là, les gardes du corps dans le service de Médecine Mineure n'auraient jamais songé à agir sans son autorisation. Mais Behn se trouvait dans l'aile Est de la Maison-Blanche, la main crispée sur le téléphone, attendant que Roy Kellerman lui donne des nouvelles. Kellerman était son adjoint. Il est permis de penser qu'un adjoint plus énergique aurait pu imposer son autorité à tous les agents du Service secret à Dallas, encore que ce point reste à débattre. Youngblood avait pris le mors aux dents. De tous les agents présents, il avait la langue la plus déliée et l'un des esprits les plus vifs. Il avait aussi la confiance de Johnson. Roberts et lui avaient un plan, et ni l'un ni l'autre n'était d'humeur à s'en remettre à Kellerman. De fait, ils ne le consultèrent même pas. Bien que Roy fut l'inspecteur responsable à Parkland, il ne fut pas informé que le nouveau président allait partir de l'hôpital.


« Partons à l'aérodrome» dit le garde du corps. Johnson hésite encore. Dans le box 13, Roberts dit à Johnson qu'il avait vu la blessure à la tête de Kennedy.
- « Le président ne s'en sortira pas, dit-il. Allonsnous en d'ici. »
- « Est-ce que Carswell est possible ? » demanda Johnson d'une voix hésitante, en faisant allusion à la base aérienne militaire près de Fort Worth.
Youngblood envoya l'agent Lem Johns demander à un policier local le chemin pour s'y rendre, et quand Johns revint tout le monde tomba d'accord pour trouver la base du Strategic Air Command trop éloignée.
- « Nous devons prendre l'avion et décoller, » insista Roberts.
Hésitant encore, Johnson murmura :

- « Le président Kennedy aura peut-être besoin de l'avion. Personne ne lui demanda à quel avion il pensait. »


"Un peuple n'a qu'un ennemi dangereux : c'est son gouvernement." Louis Antoine de Saint Just

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#15  18 Feb 2011 16:06:26

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Re: Mort d'un Président

13 H 30, SUR LES TÉLÉTYPES DU MONDE ENTIER: « PRÉSIDENT KENNEDY MORT. »



Les discussions dans le box semblent avoir pour origine la supposition qu'un seul Boeing 707 était garé à Love field. En réalité, la situation était inchangée. Ni le A6ooo ni le 8697O n'avaient bougé. Ils étaient tous deux semblablement équipés et gardés. Néanmoins, dès cet instant, l'avion de la suite fut oublié. Johnson et ses agents ne pensaient plus qu'à Air Force Un, l'appareil qui s'identifiait à John F. Kennedy. Johnson ne voulait pas paraître présomptueux, et il déclara à ses gardes du corps qu'il ne bougerait pas sans l'approbation d'un membre du cabinet de Kennedy, de préférence Ken O'Donnell.
Roberts chercha O'Donnell au service de Médecine Générale.
- « Johnson veut partir, dit-il. O.K. s'il prend l'avion ? »
O'Donnell répondit par un signe de tête, et Roberts revint rapporter à Johnson :
- « Ken dit que c'est O.K. »
Johnson attendit encore. Et puis, à 13 h 13, Roberts reparut devant Johnson.
- « Le président est mort, » annonça-t-il.
Johnson, très frappé, se tourna vers sa femme :
- « Prends note de l'heure, » dit-il, et il ajouta : « Nous partons. Nous partirons aussi discrètement que possible. »
Youngblood dit à Johns :
- « Procurez-vous une voiture sans signes distinctifs et trouvez un agent de police qui connaisse Dallas comme les doigts de sa main. »
- « Je dois aller voir Mrs. Kennedy et Nellie ! s'écria lady Bird. »
Non seulement son mari tomba d'accord, mais il tint à l'accompagner. Youngblood, cependant, contrôlait encore très fortement la situation, et il dit au nouveau président qu'il ne pouvait quitter cette salle.
L'abbé Huber venait d'ouvrir la portière de sa voiture quand les journalistes l'entourèrent.
- « Il est mort ? » demanda Hugh Sidey, de « Time ».
L'abbé Huber poussa un très profond soupir.
- « Il est mort, pas de doute, » dit-il.
Mais il n'y avait eu aucune annonce officielle, et la révélation d'un prêtre inconnu n'était pas concluante.
Si l'indiscrétion de l'abbé Huber était ignorée dans la salle des urgences, elle n'est pourtant guère surprenante. Le secret ne pouvait être gardé longtemps. Trop de gens s'étaient trouvés dans la salle.
Déjà, Kilduff avait sondé O'Donnell.
- « Il est mort, n'est-ce pas ? »
O'Donnell le confirma en une syllabe.
- « C'est un moment terrible pour vous parler de ça, dit Kilduff, mais le monde doit savoir que le président Kennedy est mort. »
- « Comment, on ne le sait pas encore ? s'étonna Ken. »
- « Non. Je n'ai rien dit. »
- « Eh bien, vous allez devoir faire une déclaration. Allez-y. Mais vous feriez bien de consulter Lyndon Johnson. »
Un inspecteur guida Kilduff dans les méandres blancs de la salle de Médecine Générale. A l'extrémité du dernier couloir, il aperçut le large dos du successeur constitutionnel de Kennedy. Il s'éclaircit la gorge et murmura :
- « Monsieur le président ? »
C'était la première fois que l'on s'adressait ainsi à Johnson. Il se retourna et, comme le dit plus tard Kilduf, « il m'a regardé comme si j'étais Donald Duck ».
Kilduff demanda l'autorisation de faire une annonce. Johnson hocha la tête.
- « Non. Attendez. Nous ne savons pas encore si c'est un complot communiste ou non. Je ferais mieux de partir d'ici et de regagner l'avion. Est-ce qu'ils ont pris des dispositions pour me faire sortir d'ici ? »
Le Service secret était prêt, et il le savait, mais il voulait être certain de quitter Parkland avant que les journalistes fussent informés. Après des conférences agitées avec les inspecteurs, Kilduff comprit. A 13 h 20, il aborda de nouveau Johnson et lui dit :
- « Je ferai la déclaration dès que vous serez parti. »
- « Oui. C'est ça. Dès que je serai parti, vous annoncerez la mort. »
Kilduff l'accompagna jusqu'à l'entrée des urgences. Dès qu'ils sortirent au soleil, des journalistes crièrent :
- « Que pouvez-vous nous dire ? »
Baissant la tête, Kilduff joua des coudes parmi eux et partit à travers la pelouse vers la double salle où la majorité des journalistes était réunie.
Kilduff, les yeux rougis, tremblant, fut d'abord incapable de parler. Dans son affolement, il se surprit à penser :«Eh bien, c'est la première conférence de presse que j'aie jamais eue à donner en voyage. »
- « Excusez-moi, dit-il. laissez-moi reprendre haleine. »
Il y eut un nouveau silence, plus long encore. Enfin, à 13 h 33, il s'humecta les lèvres.
- « Le président John F. Kennedy... »
- « Bougez pas ! » cria un photographe, et un déclic retentit.
- « Le président John F. Kennedy est mort à approximativement treize heures, C.S.T., aujourd'hui à Dallas. »
A 13 h 35, les sonneries tintèrent sur les télétypes U.P.I. du monde entier : Flash Président Kenedy mort
Ken O'Donnell se rendit une deuxième fois au box 13 et confirma la mort de Kennedy. Selon Johnson, O'Donnell le pressa à deux reprises de monter à bord d'Air Force Un. Johnson se rappelle avoir consenti en stipulant qu'il attendrait là-bas jusqu'à ce que Mrs. Kennedy et le corps du président soient conduits à l'avion.


Kilduff, les yeux rougis, tremblant, fut d'abord incapable de parler. Dans son affolement, il se surprit
à penser « Eh bien, c'est la Première conférence de gesse que j'aie jamais eue à donner en voyage. »
- "Excusez-moi, dit-il. Laissez-moi reprendre haleine."
Il y eut un nouveau silence, plus long encore. Enfin, à 13 h 33, il s'humecta les lèvres.
- "Le président John F. Kennedy..."
-"Bougez pas !" cria un photographe, et un déclic retentit.
- "Le président John F. Kennedy est mort à approximativement treize heures, C.S.T., aujourd'hui à Dallas."
A 13 h 35, les sonneries tintèrent sur les télétypes U.P.I. du monde entier Flash: Président Kennedy est mort
Ken O'Donnell se rendit une deuxième fois au box 13 et confirma la mort de Kennedy. Selon Johnson, O'Donnell le pressa à deux reprises de monter à bord d'Air Force Un. Johnson se rappelle avoir consenti en stipulant qu'il attendrait là-bas jusqu'à ce que Mrs. Kennedy et le corps du président soient conduits à l'avion. O'Donnell assure que cette version est « absolument et totalement erronée, sans équivoque possible ». Il dit que Johnson a soulevé la question d'une éventuelle conspiration, et que lui-même fut « d'accord pour qu'il s'en aille de là le plus vite possible ». O'Donnell dit « Il m'a demandé s'ils devaient transférer l'avion - je pensais qu'il parlait d'Air Force Deux - à la base aérienne de Carswell. J'ai dit non la base aérienne était à cinquante-cinq kilomètres et ce serait trop long de déplacer l'avion. D'ailleurs, personne ne saurait qu'il quittait Parkland pour Love Field ; personne ne pouvait le savoir. » Au sujet de l'appareil a6ooo, O'Donnell déclara « Le président et moi n'avons pas parlé d'Air Force Un. Si nous avions su qu'il allait prendre Air Force Un, nous aurions pris Air Force Deux. L'un et l'autre se valaient. »
Youngblood soutint Johnson, mais O'Donnell fut visiblement stupéfait quand, une heure plus tard, il trouva les Johnson à bord du a6ooo. Il est tout à fait possible que Johnson parlât à O'Donnell de « l'avion » en même temps que de Carswell, et que le nouveau président ait cru que Ken et lui parlaient du même appareil. Ce qui est hautement improbable, c'est que O'Donnell ait pu suggérer à Johnson d'attendre Kennedy alors qu'il y avait un second appareil disponible. Ken savait que Johnson tenait à décoller immédiatement. Il savait aussi que la veuve du président Kennedy ne partirait pas sans le corps de son mari et que, par conséquent, elle serait retardée. La divergence entre les deux versions résulte sans doute d'une confusion, bien qu'il y ait peut-être une autre raison. Le nouveau commandant en chef était peut-être résolu à rester associé le plus étroitement possible avec le commandant en chef assassiné au cours de ce qui allait peut-être devenir un cas de « patrie en danger » et il a pu supposer que O'Donnell comprenait et partageait son souci.
Le chef de la police, Curry, avait entouré houe Field d'un cordon de police. Deux voitures banalisées attendaient devant Parkland, les moteurs tournant au ralenti et Curry en personne au volant de la première. Au poste des infirmières, Godfrey  Hugh organisait ce qu'il croyait être exclusivement un vol Kennedy. Il téléphona au colonel Swindal, lui ordonnant de se déplacer dans un autre coin (le l'aéroport de Dallas, par mesure de sécurité. Après s'être entretenu avec un capitaine de la police de Dallas, sur la piste, Swindal négligea sagement cet ordre. Il se trouvait déjà dans l'endroit le plus sûr de houe. A Love Field, le colonel George Mac Nally, chef du Service de communications de la Maison- Blanche, ne fut pas du tout impressionné par la protection offerte par la police de Dallas au nouveau président. Les agents « couraient tous avec des airs idiots ». Si un certain nombre de gens agissant de concert avec l'assassin l'avaient voulu, dit Mac Nally, « ils auraient pu prendre l'avion et tout ».

Dernière modification par Saint Just (21 Feb 2011 17:37:58)


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#16  21 Feb 2011 17:39:45

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Re: Mort d'un Président

YOUNGBLOOD ORDONNE A JOHNSON DE S'ACCROUPIR DANS SA VOITURE


Le départ de Lyndon Johnson de l'hôpital Parkland ressembla à l'un des ces films de Chariot où les seules personnes qui se retrouvent dans le train sont celles qui sont venues accompagner leurs amis. L'exode fut marqué de désordres, de confusion et de gaffes inattendues.
« Soudain, dit le député fédéral Henry Gonzales, j'ai vu toute la puissance et le pouvoir des Eats-Unis en pleine confusion. » Albert Thomas, tout à fait par hasard, se retrouva dans la voiture de tête pour servir de bouclier humain. Youngblood conduisit le nouveau chef de l'Etat à l'adjoint du chef de la police Curry. L'inspecteur était toujours obsédé par la menace d'un complot. C'était pourquoi il avait exigé deux voitures. Si un assassin reconnaissait lady Bird Johnson, il tirerait sur sa voiture. Maïs son mari n'y serait pas. Youngblood plaça le député Thornberry à côté de Curry, montant à l'arrière avec Johnson et dit au président de s'accroupir au-dessous du niveau des vitres. Comme Johnson avait obéi, Thomas, sortant en courant de l'hôpital, ne le vit pas.
-"Arrêtez ! "cria-t-il.
-"Roulez," ordonna Youngblood à Curry.
Du plancher, Johnson demanda :
-"Qui est-ce ?"
L'inspecteur le lui dit et Johnson, s'affirmant pour la première fois, déclara :
- "Alors arrêtez."
Profitant au mieux du retard, Youngblood décida de se servir de la moindre livre de chair humaine comme protection. Il dit à Thomas de s'asseoir devant, tira Thornberry à l'arrière, et arrangea. les épaules de Johnson de façon qu'il soit au milieu. Si l'on tirait une balle sur le président elle devrait maintenant traverser d'abord Curry, un des deux parlementaires, ou Youngblood. « Nous avons démarré, raconta plus tard le député du Texas jack Brooks, comme un singe au cul rayé. » A vrai dire, il y eut plusieurs retards exaspérants. Curry venait à peine d'accélérer qu'un camion de livraison surgit on ne sait d'où et s'arrêta en plein devant lui. Les inspecteurs mirent la main sur leur revolver, mais le livreur, bien que maladroit dans ses manoeuvres, était réellement en service. Ensuite, Curry réduisit à néant l'intérêt des voitures banalisées en actionnant sa sirène.
- "Faites taire ça !" hurlèrent d'une même voix Johnson et Youngblood.
Le chef de la police obéit. L'escorte de motards, cependant, avait suivi son exemple ; les hurlements aigus et stridents s'entendaient à un kilomètre, et Curry dut appeler par radio pour les faire taire. Ensuite, tout alla mieux, bien que par moments ils durent ralentir et avancer au pas. Pour ceux qui tendaient anxieusement l'oreille de crainte d'entendre des détonations, ces pauses étaient insoutenables, et le trajet parut plus long qu'il ne le fut.
Quand tout le monde descendit à l'aéroport de Love rield, devant l'avion Youngblood cria :
- "Montez tous en courant !"
Tout le inonde obéit, et Johnson se dirigea vers le poste de télévision où le speaker Walter Cronkite annonçait les nouvelles.
-"Fermez tous les rideaux de l'avion, cria le président. Fermez les rideaux."
Youngblood répéta l'ordre, comme un écho. Il y avait un changement subtil, depuis Parkland.
En obéissant, un inspecteur put contempler un remarquable spectacle : une voiture, violant tous les règlements de sécurité civils ou militaires, fonçait sur eux, sur toute la largeur des pistes de l'aéroport. C'était la dernière voiture du premier cortège du nouveau président. A l'intérieur, personne ne protesta quand l'agent Lem Johns, qui avait cru que l'appareil avait été déplacé à l'aérogare des avions privés de Love, s'écria avec rage :
- "Bon Dieu, nous sommes du mauvais côté de l'aéroport ! Traversons les pistes !"
La tour de contrôle, avec terreur et stupéfaction, les vit foncer sur l'étendue de béton taché d'huile, la sirène hurlante, et virer au pied de la passerelle. Cette arrivée affolante mettait un point final à ce que l'on pourrait appeler l'opération sortie de Youngblood. Mais à l'hôpital, on l'ignorait. La plupart des attachés et des agents, dans le service des urgences, avaient l'impression que le groupe qui était parti la veille de l'aéroport de San Antonio pour la grande tournée du Texas, était encore présent. Et quand ils apprirent plus tard le départ éclair de Johnson, cela leur fut indifférent ; l'homme qu'ils considéraient encore comme le président était mort ; ils ne pouvaient penser à autre chose.



- « BONNE CHOSE, J'ESPERE QU'ILS ONT EU JACKIE. »


Pour tous ceux qui aimaient John Kennedy, la transmission du pouvoir semblait inutilement cruelle. Le rassemblement des deux groupes dans le même avion allait se révéler extrêmement regrettable, et certains côtés du comportement de Johnson, qui se trouvait dans un état de choc bien compréhensible, ont pu être jugés déplaisants ; mais la difficulté est que, dans une telle circonstance, tout est question d'attitudes et de caractère. Johnson n'était pas lui même cet après-midi-là ; pas plus qu'aucun des autres acteurs de ce drame.
A Dallas, l'intérêt national exigeait de l'autorité, non de l'élégance, et l'on peut dire au contraire que Johnson, loin d'avoir pris la relève trop vite, ne l'a pas prise assez rapidement. Les Etats-Unis avaient besoin d'un président, mais ni lui-même ni ses conseillers n'avaient encore assimilé la mort de Kennedy. Valenti, qui allait devenir le chargé de presse de Johnson, parla au nom de la majorité d'entre eux quand il fit irruption dans la cabine du 2600 et dit :
- "Je suis venu aussi vite que possible, Monsieur le vice-président."
Au loin, survolant le Pacifique, un autre Boeing 707 de l'escadre présidentielle, semblable à Air Force Un, revenait à tire-d'aile avec six membres du cabinet. Orville Freeman était affalé sur son siège à côté de sa    femme Janie. Elle lui prit la main et murmura :
- " suis si heureuse que tu n'aies pas été nommé vice-président à Los Angeles. Je suis égoïste.
Il hocha la tête. Et puis son esprit retourna rapidement quarante mois en arrière, à la Convention de Los Angeles. Son nom avait alors été avancé comme candidat possible à la vice-présidence. Si les événements avaient pris un autre tour, songea-t-il, le nouvel occupant de la Maison-Blanche aurait pu être aujourd'hui le président Orville Freeman. C'est quelque chose, quand même, se disait-il distraitement. Sur un bloc-notes, il griffonna la réflexion de Janie, et ajouta en dessous :« Y ai pensé aussi. Dans ce cas, qu'aurais-je fait : » .
Pour John W. Mac Cormack, la confirmation de la mort de Kennedy fut en quelque sorte une catastrophe personnelle. Le président de la Chambre des Représentants se trouvait au restaurant de la Chambre quand deux journalistes s'approchèrent de sa. table et lui apprirent que Kennedy venait d'être victime d'un attentat. D'autres reporters et des parlementaires accoururent ensuite avec des bribes de renseignements. L'arrivée des prêtres persuada Mac Cormack que le président n'était plus. Et puis, dans la minute qui suivit, on lui dit que le vice-président avait été blessé et, la minute suivante, que des agents du Service secret arrivaient au Capitole pour le protéger. Selon la loi de succession du 13 juillet iy47, le président de la Chambre était le second dans la ligne de succession, et s'il était vrai que Kennedy et Johnson avaient été assassinés tous les deux, Mac Cormack était maintenant président des Etats-Unis. La possibilité, se rappela plus tard Mac Cormack, le frappa d'un « impact terrible ». Il se leva en chancelant et fut pris d'un brusque vertige. Les tables, les murs, les serveurs tournaient sous ses yeux ; il crut qu'il allait perdre connaissance et tomber. Passant une main tremblante devant ses yeux, il retomba assis, et il était encore là, tout tremblant, quand un parlementaire lui annonça que Johnson n'avait rien.
Barry Goldwater, qui avait connu John Kennedy au Sénat, qui l'admirait et l'appréciait, exprima sa colère et annula toutes ses manifestations publiques. Tous les admirateurs de Goldwater ne partageaient pas sa colère, cependant. Un médecin d'Oklahoma City déclara à un visiteur éploré, en souriant de toutes ses dents :
-"Bonne chose, j'espère qu'ils ont eu Jackie !"
Dans une petite ville du Connecticut, un autre médecin cria joyeusement en pleine rue à un interne qui vénérait Kennedy :
- "La partie de plaisir est finie. Ça, c'est un truc que Papa Joe ne peut pas arranger !"
Une femme de passage à Amarillo (la seconde ville la plus extrémiste du Texas) déjeunait dans un restaurant voisin de son motel quand une vingtaine de jeunes gens en liesse sortirent du lycée, en face, en glapissant :
- "Hé ! formidable ! J. F. K. est crevé !"
Bob Kennedy à sa femme : « Il a eu la vie la plus merveilleuse. »
La voyageuse quitta l'établissement aussi vite que possible, et en sortant vit que plusieurs clients souriaient aux garçons. Dans un élégant faubourg de Dallas, les élèves d'une classe de septième à qui l'on annonçait que le président des Etats-Unis avait été assassiné dans leur ville, éclatèrent en applaudissements spontanés.
Johnson commença par présenter ses condoléances. Mais comme il venait tout juste de devenir l'homme le plus occupé du monde, après quelques phrases coinpatissantes, il parla immédiatement affaires. « Le crime, dit-il, pourrait faire partie d'un complot international. » Dans sa déposition devant la Commission Warren, sept mois et demi plus tard, Johnson dira que le ministre de la justice avait admis cette interprétation et qu'il avait « discuté des problèmes pratiques immédiats, problèmes d'une urgence particulière, parce que nous n'avions à ce moment aucun renseignement sur les mobiles de l'attentat ou ses conséquences possibles ».
En fait, Bob Kennedy ne répondit pas. Il n'était pas de ceux qui soupçonnaient une vaste conspiration, et il ne comprenait pas de quoi Johnson parlait.
-"Des tas de gens estiment que je devrais prêter serment tout de suite, dit le nouveau président en serrant la question de plus près. Avez-vous des objections à formuler ?"
Robert Kennedy fut pris de court. Il y avait à peine une heure et quart qu'il avait appris l'attentat, et moins d'une heure qu'il savait que la blessure était mortelle. En qualité de ministre de la justice, il ne comprenait pas la nécessité de cette hâte, et sur le plan personnel il préférait que toute investiture fût ajournée tant que le corps de son frère ne serait pas ramené à Washington.
- "Le député Albert Thomas pense que je devrais prêter serment ici, insista Johnson en invoquant un témoignage. Un tas de gens pensent de même."
Le téléphone près de la piscine resta silencieux. Kennedy ne manifesta pas son désaccord ; il ne dit rien. Changeant encore de tactique, Johnson fit allusion au complot, et puis il chercha à se renseigner. Selon Youngblood, il posa « des questions pour savoir à qui, quand et comment il devait prêter le serment présidentiel ». Kennedy entendit :
-"Qui pourrait me faire jurer ?"
-"Je me ferai un plaisir de me renseigner et de vous rappeler, répondit-il."
Bob raccrocha le récepteur et appela son adjoint Nick Katzenbach, à qui il déclara :
-"Lyndon veut prêter serment au Texas et voudrait savoir qui pourrait recevoir son serment."
-"Il me semble me souvenir que n'importe qui peut recevoir le serment, répondit Katzenbach. Je veux dire toute personne habilitée et assermentée selon les lois fédérales ou celles des Etats. Vous voulez ne pas quitter pendant que je vérifie ?"
Bob garda l'écoute et, sur une autre ligne du ministère de la justice, Nick appela Harold Reis au bureau du Conseil juridique du ministère.
-"C'est exact, lui répondit Reis."
Il rappela à Katzenbach que le serment de Coolidge avait été reçu par son propre frère, qui était juge de paix, et il ajouta :
-"Naturellement, la formule du serment se trouve dans la Constitution."
C'était à lui que Johnson aurait dû s'adresser. Un grand nombre d'éminents hommes de loi et Robert Kennedy étaient si émus qu'ils avaient oublié où ils pouvaient se renseigner sur le serment.



AU VOLANT DE SA VOITURE DE SPORT, LE JUGE SARAH HUGHES FONCE VERS L'AEROPORT


En attendant que le ministre de la justice le rappelle, Johnson cherchait sur les autres lignes à apprendre ce qui se trouvait dans n'importe quel exemplaire du « World Almanach ». Pendant qu'il interrogeait l'attaché à la présidence Mac George Bundy, Nick Katzenbach répondait à Bob Kennedy et confirmait sa première opinion.
-"Alors n'importe quel juge fédéral peut le faire ? dit Kennedy."
-"N'importe qui, même un juge de cour de district, assura Nick, et il ajouta : J'imagine qu'il voudra Sarah Hugues."
Sarah était de Dallas, et il se rappelait que Johnson avait vigoureusement appuyé sa nomination. Rentré dans sa bibliothèque, Robert Kennedy appela le standardiste de la Maison-Blanche, qui interrompit la communication entre Johnson et Bundy, et mit le nouveau président en communication avec son ministre de la justice. Le fond de leur conversation reste obscur. Ce second colloque Johnson-Kennedy prête à deux versions. Selon les déclarations du président à la Commission Warren, Kennedy lui conseilla de « prêter serment immédiatement, avant de partir pour Washington, devant un juriste officiel des EtatsUnis ». Les souvenirs de Youngblood sont confus. Il a tendance à soutenir son supérieur, mais il explique - fort raisonnablement - qu'il n'a entendu qu'une voix. Kennedy, qui était à l'autre bout du fil, ne se rappelle pas avoir recommandé une cérémonie immédiate, et il est bon de noter qu'une telle recommandation n'aurait pas été conforme à son humeur. Selon ses propres souvenirs - et ceux d'Ed Guthmann qui était auprès de lui - il aurait dit :
- "N'importe qui peut recevoir votre serment. Peutêtre aimeriez-vous avoir un des juges de là-bas que vous avez nommés ? Demandez à l'un d'eux s'il peut le faire." 
Il fut interrogé sur la formule du serment.
- "Vous pouvez trouver le serment. Il n'y a pas de problème pour le serment, ils peuvent le trouver."
- "Parfait, "dit Johnson, et il raccrocha.
Mais tout n'était pas réglé. Johnson n'avait toujours pas son texte. Dans la cabine, Clif f Carter dit à Marie Fehmer :
- "Vous feriez bien d'y aller, il téléphone."
Elle vit Johnson sur le lit et s'assit sur une chaise en face de la porte. Le bureau et le téléphone les séparaient.
- "Notez ça," lui dit Johnson.
Il lui dicta des notes brèves sur ses conversations avec son attaché Walter Jenkins, Mat George Bundy et le ministre de la justice, puis il déclara :
- "Bien. Maintenant appelons Waddy Bullion."
J. W. Bullion était un homme de loi de Dallas qui conseillait lady Bird depuis vingt-trois ans. La secrétaire de l'avocat répondit qu'il était à Shreveport pour affaires.
- "Appelez Sarah Hugues, dit Johnson."
John Spinuzzi, le clerc de Sarah, répondit qu'elle était sortie ; aux dernières nouvelles, elle se rendait au déjeuner du Trade Mart. Le nouveau président prit l'appareil des mains de sa secrétaire.
- "Ici Lyndon Johnson, dit-il d'une voix tendue. Trouvez-la... Puis, se tournant vers Marie :, Essayez Irv Goldberg."
Goldberg, un autre homme de loi local qui avait participé aux campagnes politiques de Johnson au Texas, était chez lui devant son poste de télévision. Le téléphone sonna ; sa secrétaire lui annonça d'une voix excitée :
- "La Maison-Blanche de Dallas cherche à vous joindre !"
Sa voix s'éloigna et des crépitements de parasites lui succédèrent - la communication était très mauvaise - et enfin une voix familière lointaine dit :
- "Ici Lyndon. Croyez-vous que je doive prêter serment ici ou à Washington ?"
lrv réfléchit rapidement.
- "Ici, je crois."
- "Qui devrait le recevoir ?"
- "Sarah Hugues."
- "Nous essayons de la joindre. Essayez de votre côté."
Le procureur fédéral Barefoot Sanders aurait dû pouvoir fournir la formule du serment. Mais il était uniquement préoccupé des subtilités de la loi, dans l'espoir de découvrir un texte établissant la juridiction fédérale en cas d'assassinat d'un président. Il fourrageait dans les volumes de droit de trois bibliothèques quand un clerc hasarda :
-"Hé ! E t la Constitution ?"
- "Naturellement," grommela Barefoot, se sentant tout bête.
En sa qualité de juge fédéral du District Nord du Texas, Sarah (que Sanders avait enfin jointe) lui était supérieure, et non seulement elle avait oublié la Constitution, mais elle avait décidé que l'essentiel de tout serment ne varie guère, et que la formule exacte n'avait pas d'importance. Roulant vers l'a.éroport au volant de sa voiture de sport rouge, elle était bien plus préoccupée par sa vitesse. Elle connaissait
Lyndon Johnson depuis 1943 et savait « qu'il voudrait que les choses aillent vite, parce qu'il est comme ça ».


"Un peuple n'a qu'un ennemi dangereux : c'est son gouvernement." Louis Antoine de Saint Just

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#17  22 Feb 2011 10:40:37

Apollo
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Re: Mort d'un Président

A la demande de Saint Just , je joints un lien vers un document plus sonore que vidéo qui donne une autre interprétation de l'assassinat de JFK. Je vous laisse juges.

http://www.blueman.name/Des_Videos_Rema … NAVIGATION

Dernière modification par Apollo (22 Feb 2011 10:42:30)

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#18  28 Feb 2011 14:12:21

Saint Just
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Re: Mort d'un Président

Merci Apollo pour cette excellente émission

DANS UN CINEMA, LA POLICE ARRÊTE UN SUSPECT POUR LE MEUTRE DE TIPIPT



Mais il aimait aussi que les choses soient faites dans les règles, et heureusement pour ceux qui ne prenaient pas ainsi à la légère la formule consacrée de la Constitution américaine, il frappait à toutes les portes. A 14h20 - 15h20 à Washington - le téléphone de Nick Katzenbach sonna. C'était la Maison Blanche de Dallas, poursuivant sa recherche infatigable d'un homme de loi qui sache avec précision ce que doit dire un président entrant en fonctions.
- « Ne quittez pas, dit Nick. Je vais vous le dicter. »
Lyndon Johnson passa dans la. cabine.
- « Je viens de m'entretenir avec le ministre de la Justice et il m'a conseillé de prêter serment ici, dit-il à Jack Valenti. »
Le son de la télévision s'imposa soudain, comme si l'on venait de tourner le bouton à plein volume. Pour l'instant, les commentateurs étaient en pleine confusion, mais dans le centre de Dallas l'actualité venait de prendre un tour dramatique. La police était entrée dans un cinéma et avait arrêté un homme pour le meurtre de l'agent Tippit. Cinq minutes avant que Katzenbach commence à dicter le serment à Marie Gehmer, la brigade criminelle avait appris que le nouveau prisonnier travaillait comme manutentionnaire au Dépôt de livres scolaires du Texas, et qu'il était, en fait, le seul employé de l'entrepôt absent lorsque le directeur Roy Truly avait compté les employés présents une demi-heure après l'attentat. La première petite lueur vacillante s'allumait dans ce qui avait été jusque-là une énigme d'un noir d'encre.
L'entrepreneur de pompes funèbres Vernon B. Oneal est un personnage encombrant dans l'histoire de John Kennedy. Trapu, velu et professionnellement lugubre, avec un accent du Texas à couper au couteau, et des cheveux gris coiffés avec la raie au milieu et plaqués en arrière, il était le propriétaire d'un établissement que l'on aurait pu croire inventé par Waugh ou Huxley. Cet établissement comportait une salle de sommeil à la moquette épaisse, de la musique religieuse en stéréo, un café-grill pour les familles affamées des « chers disparus », et un escadron de corbillards blancs-blancs, parce que le propriétaire estimait que la mort ne doit jamais être déprimante. Homme d'affaires plus qu'actif, Oneal avait sept ambulances -corbillards équipés de la radio, et son propre dispatcher relié au réseau radio de la police, parce que l'entreprise avait un contrat avec la municipalité.
Au début de l'après-midi du 22 novembre, dix-sept des dix-huit employés d'Oneal étaient partis déjeuner. L'entrepreneur poussa une exclamation quand son dispatcher lui annonça que l'escorte de motards du cortège présidentiel diffusait un code 3 (alarme haute priorité). Et puis son téléphone sonna :
- « Ici Clint Hill du Secret service. Je veux que vous apportiez un cercueil ici à Parkland. Je veux que vous veniez immédiatement »
- « Ne quittez pas ! ne quittez pas, cria Oneal. Nous avons de la marchandise à tous les prix ! »
- « Apportez ce que vous avez de mieux, dit Clint. »

Dans sa salle d'exposition, Oneal choisit le cercueil le plus cher, le modèle « Britannia » de l'Elgin Casket Company, quatre cents kilos de bronze massif à doubles parois hermétiques. Il ne pouvait le porter seul. Sortant en courant sur le trottoir, il attendit d'avoir réuni trois employés revenus du déjeuner. A eux quatre, ils portèrent le cercueil dans la voiture amirale de la flottille - une Cadillac 1964 immaculée et climatisée.

JACKIE RETIRE SON ALLIANCE. DANS LE CERCUEIL, ELLE LA GLISSE AU DOIGT DE SON MARI



Devant l'entrée des ambulances de Parkland, Oneal et Ray Gleason, son comptable, ouvrirent l'arrière de la Cadillac. Des agents du Service secret et des correspondants de la Maison-Blanche se précipitèrent pour les aider ; le cercueil fut posé sur le berceau de caoutchouc d'un des légers chariots mobiles de l'entrepreneur, et roulé dans le long corridor à double porte. Les journalistes s'écartèrent. Andy Berger fit signe à Ken O'Donnell que le cercueil était là.
- « J'ai à vous parler » murmura Ken à Mme Kennedy, en lui faisant signe de le suivre dans le couloir.
Il la conduisit à une porte, un peu plus loin, et Pam Turnure la vit tendre vivement la main, pour s'assurer que la porte n'était pas fermée à clef ; elle avait deviné ce qui arrivait, et qu'ils ne voudraient pas qu'elle regardât. Mais Ken avait promis qu'elle verrait son mari avant la mise en bière. Elle entendait lui faire tenir sa promesse, Kemp Clark, le chirurgien, apparut à côté de Ken. elle le supplia :
- « Je vous en supplie. Puis-je entrer ? Je vous en prie, laissez-moi entrer. »
- « Non, non, souffla-t-il. »
- « Elle se pencha vers lui. »
- « Croyez-vous que la vue du cercueil puisse me bouleverser, docteur ? J'ai vu mon mari mourir, il
a été blessé dans mes bras. Son sang a jailli sur moi
Comment pourrais-je voir quelque chose de pire ? »

Clark capitula.
- « Ah, oh, oui, bon, je sais. »
Il s'écarta. Elle était juste derrière Oneal. En traversant le corridor, elle continuait de chercher ce qu'elle pourrait donner au président. Soudain, elle songea à son alliance. C'était ce qu'elle avait de plus précieux. Contrairement à son anneau d'émeraudes, ce n'était pas un bijou. En fait, c'était une alliance d'homme. Le président l'avait achetée en hâte à Newport, juste avant leur mariage. Ils n'avaient même pas eu le temps d'y faire graver la date ; elle l'avait fait faire plus tard par un joaillier. L'alliance était exactement ce qu'il fallait, à condition qu'elle puisse l'enlever. Elle essaya de déboutonner son gant gauche mais n'y parvint pas.
Ils étaient maintenant dans la petite salle. A part l'odeur de désinfectant et la lumière crue aveuglante, l'endroit avait beaucoup changé ; la pièce était presque immaculée et vide. Le public de la demi-heure précédente s'était dispersé. Oneal était là, penché sur son cercueil de bronze poli. O'Donnell se tenait sur le seuil. Le sergent Bob Dugger avait suivi Mrs. Kennedy à l'intérieur. Il avait l'air compétent et elle lui tendit son poignet gauche. Il comprit. Du bout de l'ongle il fit sauter le bouton-pression et ôta le gant. Elle s'approcha du président et lui prit tendrement la main. Puis elle glissa l'anneau au doigt, laissa doucement retomber la main et baissa les yeux.
Le président était arrivé à Parkland dans un tumulte fracassant, un autre tumulte allait marquer son départ.
Vernon Oneal s'inquiétait du capitonnage de satin vert pâle de « Britannia » ; pour le moment il était immaculé mais risquait fort d'être souillé. Il fit signe à l'infirmière David Sanders, qui, ayant peur que l'anneau d'or de Mrs. Kennedy ne se perde, venait de réussir à lui faire passer la deuxième phalange, et lui demanda de doubler l'intérieur du cercueil d'une feuille de plastique. Les infirmières, Doris Nelson et Diana Brown, enveloppèrent le corps dans une seconde feuille. Puis l'entrepreneur demanda, à Doris un grand fourreau de caoutchouc et une poignée de sacs en caoutchouc. Il plaça le fourreau par-dessus le plastique, et découpa soigneusement les sacs, pour envelopper la tête du président ; il mit ainsi sept couches protectrices de caoutchouc et deux de plastique entre le crâne éclaté et le beau satin vert clair. Tout cela prit une vingtaine de minutes. Jacqueline Kennedy avait regagné sa chaise « comme un lapin blessé », pensa Henry Gonzalez.
Pour Henry et pour le reste de la suite présidentielle, la jeune et mince veuve de John Kennedy était devenue un symbole mystique ; jamais ils ne s'étaient sentis aussi proches d'un autre être. Ils imaginaient
que tout le monde partageait ces sentiments, et ceux qui s'aperçurent de leur erreur furent profondément choqués. Henry fut le premier. Il regardait dans un étroit couloir, distraitement, la porte ouverte d'une pièce utilisée par les médecins pour les consultations urgentes. Une infirmière menue aux cheveux blonds amoureusement coiffés était là avec un jeune homme à l'air vaniteux. Ils s'enlaçaient - ce qu'Henry prit pour un geste de consolation. Et puis l'infirmière sourit. Le jeune homme lui chuchota quelque chose à l'oreille ; elle pouffa. Indigné, Henry s'écria :
- « Un peu de respect, tout de même ! »
Ils levèrent les yeux, étonnés, et disparurent.
Mais il serait monstrueusement injuste de laisser croire que la frivolité et l'irrespect dominaient à Parkland. La majeure partie du personnel était aussi affligée que les visiteurs atterrés, et faisait de son mieux pour mettre un peu d'ordre dans un chaos sans précédent, mais les salles d'urgence, comme le « violon », sont des lieux affreux ; inévitablement, ceux qui y travaillent s'endurcissent. Il y eut d'autres incidents choquants : un rire de baryton sonore répercuté dans un couloir, un échange d'injures pittoresques dans un autre.
Jacqueline Kennedy ne remarqua rien de tout cela. Le dédale du service des urgences au rez-de-chausée avait été investi par la « mafia irlandaise », les agents secrets et les attachés militaires. Ils avaient dressé un mur d'enceinte autour d'elle. Aucun d'eux n'aimait être là, et ils pensaient presque tous que cette attente du cercueil était inutilement cruelle, mais c'est un point de vue qu'elle ne partageait pas.
- « Vous pouvez retourner à l'avion, maintenant, » lui dit l'un d'eux.
- « Je ne partirai qu'avec jack, répondit-elle. »
Ils la croyaient à l'abri des importuns. Seul un malheureux hasard pouvait briser le rempart qu'ils avaient construit. Mais l'heure était à la malchance.

Dernière modification par Saint Just (28 Feb 2011 14:13:48)


"Un peuple n'a qu'un ennemi dangereux : c'est son gouvernement." Louis Antoine de Saint Just

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#19  3 Mar 2011 12:02:29

Apollo
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Re: Mort d'un Président

JFK, autopsie d'un complot

Documentaire passé récemment sur la chaine LCP


http://video.google.com/videoplay?docid … undefined#

Dernière modification par Apollo (3 Mar 2011 12:03:35)

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#20  8 Mar 2011 17:28:14

Saint Just
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Re: Mort d'un Président

L'INCIDENT DU PRÊTRE - IL SE PRÉCIPITE EN GESTICULANT VERS JACKIE



Un prêtre catholique était sans doute le seul inconnu qui pouvait se glisser entre les cercles concentriques de ceux qui veillaient sur Jacqueline Kennedy. Les gardes extérieurs penseraient que la catholique qu'elle était l'avait réclamé ; les Irlandais de Boston plus proches d'elle s'inclineraient avec déférence. Ce fut exactement ce qui se produisit, et Mrs. Kennedy fut exposée à ce qui sera appelé l'incident du curé ». Plus tard, O'Donnell, O'Brien et Powers se persuadèrent qu'il devait s'agir d'un faux prêtre. Aucun ecclésiastique, pensaient-ils, n'aurait pu avoir une pareille conduite. C'était pourtant un prêtre authentique. Le père Thomas M. Cain était le supérieur des Dominicains de l'université catholique de Dallas, à dix kilomètres de Parkland. Il était aussi, indiscutablement, fort excentrique, énergique, portant lunettes et fumant le cigare, les cheveux gris clairsemés et le cou long et maigre, le père Cain était, même à ses moments les plus calmes, un curieux personnage. Il parlait beaucoup, parfois de façon incohérente, gesticulait avec ses longs bras, et balançait entre des moments d'activité impulsive et de remords. Quand le doyen de l'université l'avait appelé à son prieuré et lui avait appris l'attentat, il avait aussitôt pensé « Un président catholique a été blessé, ma place est à son côté. » Il importait peu que d'autres prêtres fussent plus près, car il possédait une chose qu'ils n'avaient pas. Dans un petit sac vert, il conservait un crucifix sculpté contenant une relique de la Vraie Croix, une minuscule écharde enveloppée dans du plastique. Le père Cain changea rapidement d'habit et de col, empocha le sac, courut à sa voiture et se dirigea vers l'hôpital. Il conduisit, l'accélérateur au plancher. Il reconnut plus tard que ce fut un miracle qu'il ne se fût pas tué. S'arrêtant à peine le temps d'acheter un journal, il abandonna sa voiture dans le monstrueux chaos d'autos mal garées et passa en courant devant les agents de police de Dallas, l'équipe de Kellerman, les deux généraux en uniforme et la « mafia irlandaise ». En chemin, il entendit quelqu'un dire que le président était mort.
Mrs. Kennedy leva les yeux et le vit qui se penchait sur elle. Il avait le regard fou.
- « Quand est-il mort ? demanda-t-il. »
- « Dans la voiture, je crois, souffla-t-elle. »
Le père Cain défit les cordons de son sac.
- « J'ai une relique de la Vraie Croix. »
Il la lui présenta en lui disant de la « vénérer ». Elle baisa la croix, sans bien comprendre de quoi il s'agissait. Puis il lui dit qu'il voulait la porter au président. Elle pensa « cela doit tenir vivement au coeur de cet homme », et encore « s'il veut la donner à Jack, comme c'est touchant ». O'Donnell fit un signe de tête ; le prêtre entra. Mais il ne laissa pas la relique. Il se contenta de l'agiter cérémonieusement au-dessus de Vernon Oneal, des infirmières, des linceuls de plastique et de caoutchouc et des sacs formant oreillers pour la tête. En sortant, il déclara :
- « J'ai appliqué une relique de la Vraie Croix sur votre mari. »
Elle le fixa sans comprendre. Il avait encore le crucifix à la main. Elle pensa, mais sans que les mots viennent à ses lèvres :
- « Vous voulez dire que vous ne la lui avez pas donnée ? »
O'Donnell s'approcha. Mais le père Cain n'était pas homme à se laisser congédier aussi aisément. Il allait et venait, dans un grand état d'exaltation, agitant ses grands bras. il pressa les mains de Mrs. Kennedy, voulut la prendre dans ses bras, l'appela par son prénom, lui dit des mots tendres et promit de lui écrire une lettre. Au moment où Ken, Larry et Dave croyaient le tenir, il leur échappa. Il courut de nouveau dans la salle un, tournoya autour d'Oneal, ressortit, vit un groupe d'employés de Parkland debout contre un mur et leur fit réciter en chœur la prière dominicale. Retournant auprès de Mrs. Kennedy, il voulut de nouveau lui prendre la main. Elle la lui arracha.
- « Je vous en prie, mon Père, laissez-moi. »
O'Donnell marcha alors sur lui, résolument, et le dominicain recula, serrant son sac sur son coeur. Ils entendirent sa voix s'éloigner en psalmodiant fébrilement des cantiques. Ils croyaient en être débarrassés, mais il n'était qu'à quelques mètres, et n'avait nulle intention de partir.




ROSE, MÉDECIN LÉGISTE : « VOUS N'EMMÉNEREZ PAS LE CORPS DU PRÉSIDENT. »



Le long cercueil de bronze était fermé et posé sur son chariot. Jacqueline Kennedy écrasa sa cigarette sous son pied et commença à s'énerver. Elle était prête. L'entrepreneur de pompes funèbres était prêt. Parkland, ayant fait tout ce qu'il pouvait faire, s'était tourné vers d'autres urgences. Et pour tant ils ne partaient pas. La porte de la salle un était grande ouverte, et la pendule IBM révélait qu'ils étaient dans cet hôpital depuis plus d'une heure.
- « Sergent, pourquoi ne puis-je ramener mon mari à Washington ? »
Bob Dugger savait pourquoi, mais il ne voulait pas la mettre au courant. Le dernier événement imprévu ferait passer Dallas pour un village attardé, pensait-il ; Texan, il se sentait humilié. Tacitement, les autres s'étaient entendus pour cacher à Jacqueline Kennedy ce qui allait provoquer la plus bruyante et la plus longue querelle de l'après-midi. Ce ne fut que beaucoup plus tard, à Washington, qu'elle comprit la raison du long retard qui allait survenir. Roy Kellerman avait été le premier à flairer les ennuis. Peu avant l'arrivée du cercueil, il se trouvait avec le docteur Burkley au poste des infirmières, en communication téléphonique avec la Maison-Blanche, quand un homme pâle, couvert de taches de rousseur et l’œil vairon, entra en manches de chemise. Il tendit la main vers un autre appareil et décrocha d'un geste sec, comme un tueur dans un western.
- « Ici Earl Rose. Il y a eu un homicide ici. Ils ne peuvent partir avant qu'il y ait eu une autopsie. »
Le père Cain avait fait son numéro mais il avait somme toute peu duré. Earl Rose, lui, entendait s'incruster et occuper la scène. Le prêtre avait eu de bonnes intentions. Au pire (comme il le reconnut lui-même par la suite) il avait été victime de sa vanité. Rose n'était pas homme à se laisser accabler par le doute et n'avait pas l'habitude de supporter la critique. C'était le médecin légiste du canton de Dallas et il avait un bureau à l'hôpital. Sec et pédant, il avait la manie exaspérante de vous agiter son doigt sous le nez avec arrogance. Il semblait provoquer l'hostilité. Il était indiscutablement intelligent, bien qu'irritant, et connaissait bien les lois du Texas qu'il traitait comme une religion. Dura Lex, Sed Lex, telle était sa maxime.
Le prêtre allait éprouver par la suite un sentiment de honte. Le médecin pas du tout. Cet après-midi-là il était dans une rage folle et tellement sûr d'avoir raison que sa colère ne faisait que croître. En tant que médecin et fonctionnaire de Dallas, il représentait à la fois la médecine et 1a loi. Il pouvait être un formidable obstacle s'il le désirait, et il le désirait. Pour lui, la situation à Parkland était nette, et nettement scandaleuse. Un homme avait été tué à Dallas. D'autres essayaient d'emporter le corps, au mépris des statuts du Texas. Ils violaient des lois dont le docteur Earl Rose était l'un des gardiens. Il fallait agir avec détermination ; il entendait le faire. Il raccrocha et se retourna pour sortir du poste des infirmières. Kellerman lui barra le passage. De sa voix la plus traînante, il lui déclara :
- « Mon ami, c'est le corps du président des Etats Unis et nous allons le ramener à Washington. »
- « Non, non, ce n'est pas ainsi que les choses doivent se passer, répliqua Rose en agitant son doigt. Quand il y a homicide, nous devons pratiquer une autopsie. »
- « C'est le président. Il part avec nous. » Rose rétorqua sèchement :
- « Le corps reste. »
- « Mon ami, Je m’appelle Roy Kellerman. -je suis agent spécial chargé du Service secret de la Maison Blanche. Nous ramenons le président Kennedy dans la capitale. »
- « Vous n'emmènerez le corps nulle part. Il y a des lois, ici. Nous entendons les faire respecter. »
I,e docteur Burkley voulut discuter de médecin à médecin avec Rose. Peine perdue. Kellerman, qui n'avait pas bougé du seuil, avança d'un air menaçant.
- « Mon ami, cette loi-là peut être transgressée. »
Rose, aussi insensible que le marbre hocha la tête.
- « Il faudra me montrer beaucoup plus d'autorité que vous n'en avez en ce moment, dit Kellerman. »
- « C'est ce que je vais faire, » dit Rose en tendant la main vers le téléphone.
Il le pouvait effectivement. Maintenant que John Kennedy n'était plus un président vivant, sa dépouille mortelle était à la disposition de l’Etat. La position du médecin légiste était inexpugnable, à moins qu'il ne l'abandonnât, et il s'y accrochait de plus en plus solidement. Il téléphona au bureau du shérif et à la brigade criminelle. Tous deux convinrent que l'autopsie était obligatoire. La loi ne leur laissait guère le choix. Dans l'incertitude du moment et en l'absence d'une juridiction fédérale, Rose était imbattable. l'assassinat d'un homme d' Etat était un crime, et pour les crimes il y avait des formalités légales imposées par le canton de Dallas. C'était pour cela que Rose avait son bureau à Parkland. La justice devait se faire respecter ; quand on arrêterait les assassins - si on les arrêtait - ils auraient des droits, parmi lesquels l'accès aux résultats d'une autopsie impartiale. Ce point était discutable, bien entendu, et Rose aurait bien dû se rendre compte que le Service secret monterait une garde vigilante autour du corps de Kennedy. S'il avait été réaliste, il aurait compris qu'il n était pas question qu'un assassinat ne soit pas suivi d'une autopsie scrupuleuse. Néanmoins, cela aurait pu donner lieu à une discussion raisonnable. Son erreur, qui est grave, fut alors de ne pas se conduire raisonnablement. Burkley le supplia de revenir sur sa décision.
- « Mrs. Kennedy n'a pas l'intention de bouger d'ici tant que le corps ne sera pas transféré. Nous ne pouvons pas nous trouver dans cette situation. »
Les intentions de Mrs. Kennedy n'intéressaient pas Rose. Elle pouvait rester ou partir. Elle était en vie, elle n'était pas accusée d'avoir enfreint la loi. Lui ne s'intéressait qu'au cadavre.
- « Le corps reste ici, déclara-t-il catégoriquement Il faut observer la procédure. Un certificat doit être délivré avant que le mort puisse être expédié hors de l'Etat. je puis remettre le corps à un juge de paix texan qui fera office de coroner, ou le garder et pratiquer une autopsie ici. »
- « Mais c'est le président des Etats-Unis cria Burkley. »




»POUR L'AMOUR DE DIEU TROUVEZ MOI D'URGENCE UN JUGE DE PAIX. »



- « Pour l'amour de Dieu, trouvez-moi d'urgence un juge de Paix. »
- « Là n'est pas la question, Vous ne pouvez nous, enlever la preuve du crime. »
Dave Powers qui avait appris la discussion arriva. incrédule. Rose lui expliqua l'affaire en détail et hocha la tête avec impatience quand Power le supplia de faire une exception.
- « C'est le règlement, déclara le médecin légiste, d'une voix glaciale. »
Le général Godfrey Mac Hugh intervint et s'entendit répondre :
- « Il existe des lois d’Etat sur le transfert des corps. Vous autres à Washington, vous ne pouvez pas faire vos propres lois. »
Godfrey fit appel au maire e Dallas, Earl Cabell, qui répondit qu'il n'avait pas autorité pour intervenir : puis un des administrateurs de Parkland dit à son tour que Rose avait parfaitement raison, enfin un inspecteur en civil suggéra qu'un juge de paix pourrait peut-être faire quelque chose.
- « Cela prendra combien de temps ? demanda Godfrey. »
- « Dix minutes, un quart d'heure. »
- « Quand nous serons prêts, nous partirons, » s'indigna Godfrey
Burkley proposa que Rose vienne avec eux clans l'avion. Rose secoua la tête : la loi ne prévoyait pas un tel voyage. Ted Clifton se rappela qu'il avait rencontré le président de la cour suprême du Texas, dans l'appareil 2600o pendant le vol Fort Worth-Dallas, et il demanda qu'on l'appelle par haut- parleur. L'appel fut diffusé. Carr n'apparut pas. A posteriori, l'incident violent provoqué par le médecin légiste semble stupéfiant. Il représentait l'autorité, mais il aurait dû y avoir un moyen de le détourner de son entêtement. le seul médecin de Parkland à prendre ouvertement parti pour la suite du président fut Kemp Clark.
- « Jack, dit-il à Price, le directeur de l'hôpital, y a-t-il un juge de paix dans les bâtiments ? Pour l'amour de Dieu, trouvez quelqu'un ! »
Le maire et plusieurs membres du personnel de l'hôpital téléphonèrent à l'extérieur de leur propre initiative. Tous les juges de paix semblaient être partis déjeuner. On finit par en trouver un, le juge Theron Ward, que l'on pria de venir immédiatement à Parkland. Theron Ward ne pouvait arriver immédiatement, bien au contraire. Il était juge de paix de la circonscription 3 à Garland, à vingt kilomètres de Dallas. Pendant qu'on l'attendait, la bagarre provoquée par Earl Rose ne fit que s'intensifier, et presque tout le monde s'en mêla. Le docteur Rose avait interrogé le District Attorney Fade, qui lui avait conseillé de laisser faire le Service secret. Un homme moins combatif aurait sauté avec joie sur cette porte de sortie, mais Rose n'avait nullement envie de prendre une porte de sortie. Il se fit au contraire plus véhément. Kemp Clark et lui échangèrent des mots très vifs, puis Clark prit à part Price, le directeur de l'hôpital, qui était de plus en plus inquiet et lui déclara qu'il était partisan d'employer la force.
- « Il faudra peut-être en venir à le jeter par terre et à s'asseoir sur lui, » prévint-il, en ajoutant qu'il serait enchanté d'être parmi ceux qui le feraient, il n'était pas le seul. Si Rose avait eu l'intention de tenir-le milieu de la scène, on pouvait dire qu'il y réussissait d'une façon spectaculaire.
Devant l'hôpital de Parkland, le juge de paix Theron Ward ajouta son coupé Buick havane à l'armée des voitures enchevêtrées. Mais un juge de paix ne pouvait apporter la paix aux combattants ; il ne pouvait que ternir sa propre réputation. Earl Rose le reconnut et sa figure s'illumina. Il pointa un doigt (« péremptoirement », dit Ward) et s’écria.
-[i] « Juge Ward, vous êtes au pied du mur ! Cette affaire doit être traitée comme jamais aucune affaire n'a été traitée dans l'histoire. Si vous autorisez le transfert de ce corps, ce sera un transfert illégal ! »

Durant les présentations hâtives qui suivirent, Ward tenta d'expliquer son rôle aux officiers fédéraux furieux, qui flanquaient le médecin légiste.
- « Je suis le juge de paix chargé de l'affaire, » dit-il au docteur Burkley en voulant le prendre par le bras.
Déjà, l'agent de police de Dallas met la main sur la crosse de son pistolet Burkley se dégagea avec irritation. L'attitude de Rose avait d'avance discrédité Ward, et provoqué une vive hostilité contre la loi locale. De plus pour les gens de Washington, le juge n'avait guère la mine d'un juriste ; Kellerman n'était pas impressionné par son titre. Le physique de Ward n'arrangeait rien. Il était petit, malingre, blond et jeune. Enfin, il paraissait indécis.
- « Je vais m'occuper de tout aussi vite que possible, promit-il à Kellerman et Burkley. »
Ils le considérèrent d'abord d'un œil sceptique, puis avec hostilité quand il demanda qu'on lui « accorde quelques minutes pour vérifier un point « de loi ». A vrai (lire, sa requête était tout à fait raisonnable. Il se trouvait en terrain inconnu et avait manifestement besoin d'un guide. Ailleurs dans la même ville, un juge fédéral et un procureur des Etats-Unis responsables de cent cantons étaient en pleine difficulté à cause d'une question relativement simple, celle du serment présidentiel. Au début tout au moins, Ward méritait d'être écouté avec sympathie. On ne lui en accorda aucune. Ces hommes à qui il s'adressait étaient brûlés par la fièvre du ressentiment. Ils ne pouvaient être de plus méchante humeur. Bouleversés par le meurtre, et du même coup regardant tous les Texans en ennemis, ils avaient été poussés à bout par le comportement inamical du médecin légiste. Kellerman montra sa carte.
- « Mon ami - Votre Honneur - n'y a-t-il pas quelque chose dans vos lois qui permette de faire exception ? »
- « Je regrette, dit Ward d'un air malheureux. »
Je sais qui vous êtes mais je ne puis vous aider dans ces circonstances. Tandis que Ward parlait, Kellerman remarqua que le chariot du cercueil apparaissait au loin. Jacqueline Kennedy le suivait, une main reposant légèrement sur le couvercle de bronze. Clint Hill, Godf rey Mac Hugh, Dugger et Oneal l'entouraient ; O'Donnell, O'Brien, Powers, Clifton, Gonzalez et Andy Berger flanquaient le cercueil. Lune Rose se tenait au milieu de la double porte, prêt à interdire le passage du cortège funèbre. Les choses en étaient arrivées à cette absurdité. Dès lors, tout devint confus. Le juge Ward, qui observait le début de la scène du poste des infirmières, crut par la suite que l'affrontement n'avait duré que quelques instants. En réalité, il se prolongea. Selon les infirmières qui regardaient les pendules IBM, l'ultime résistance de Rose dura. dix minutes. Chacun des acteurs et des témoins a son propre récit et tous se contredisent, parce qu'ils étaient tous bouleversés par l'émotion. Mrs. Kennedy, qui avait gardé sa lucidité, en ces minutes tragiques, aurait pu être un témoin inestimable, mais elle avait été délibérément écartée de la scène. Gonzalez vit Rose lever brusquement le bras, comme celui d'un agent de la circulation.
- « Nous ne pouvons vous laisser passer, déclara-il. Une mort violente exige une autopsie ! C'est notre loi ! »
Le médecin légiste du canton de Dallas semblait en pleine crise de nerf s. Les yeux hors de la tête, il gesticulait et sa chemise sortait de son pantalon. Il était livide ; sa figure tachée de sang exsangue, ressemblait à du porridge froid. Il parlait rapidement, d'une voix aigre, énervée, qui fit à Gonzalez l'effet d'un glapissement aigu. Il était difficile de suivre le cours de sa pensée, mais il semblait faire un discours sur la protection de l'innocent, le procès de l'accusé, le credo du médecin en revenant toujours à son thème principal la sainteté des lois du Texas que des agents fédéraux tentaient de profaner. Les hommes qui entouraient le cercueil décidèrent de suivre le conseil de Kemp Clark ; puisqu'il le fallait, ils jetteraient Rose à terre. La consigne fut passée, un signe de O'Donnell à Kellerman qui le transmit à toute l'équipe. Rose fut entouré par des hommes musclés et résolus.
- « Vous ne pouvez pas partir maintenant ! » glapissait-il en sautant sur place pour ne pas perdre le cercueil de vue. « Vous ne pouvez pas l'emporter ! »
Des hommes en sueur se pressaient à la double porte. Elle avait été ouverte de force et des gens affluaient de l'autre corridor ; Theron Ward évalua la foule à une quarantaine de personnes. Jusque-là, Rose s'était battu seul, mais on était encore à Dallas, il était malgré tout un personnage officiel, et en dépit de la défection de Dugger, les alliés naturels d'un médecin légiste étaient les policiers de Dallas, L'un d'eux se trouvait parmi les arrivants du corridor extérieur. Il prit position à côté de Rose. Il semblait maintenant qu'ils auraient peut-être à clouer plus d'un homme au sol ; si l'agent de police intervenait, il faudrait compter avec lui ; il avait un pistolet et sa main reposait déjà sur la crosse.


"Un peuple n'a qu'un ennemi dangereux : c'est son gouvernement." Louis Antoine de Saint Just

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