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#1  6 Jun 2010 21:59:31

Carthoris
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Alchimie - Le Mutus Liber analysé

MUTUS LIBER
Le Livre Muet par ALTUS

Le Mutus Liber, est l'une des iconographie de référence dans le domaine de l'Alchimie, il est constitué de 15 planches de dessins alchimiques pratiquement sans aucun texte, c'est la raison de son titre "Mutus Liber" : le livre muet.
Seul un texte apparaît en page 1 et en page 15.
On suppose que l'auteur se serait Altus, anagramme de Sulat : il s'agirait de Jacob Saulat, sieur des Marez, et qu'il l'aurait rédigé au XVIIème siècle.

« Le livre sans parole, dans lequel est toutefois présenté en figures hiéroglyphiques la totalité de la philosophie hermétique, sacrée pour Dieu miséricordieux et trois fois grand, s'adresse uniquement aux fils de l’art et le nom de son auteur est Altus. » Première parution par privilège du Roy le 8 novembre 1676

AU LECTEUR
Quoy que celuy qui a fait les frais de l’impression de ce livre,n’ait voulu mettre à la tête ni Lettre dédicatoire, ni Préface pour les raisons qu’il a pardevers luy, j’ai cru, pourtant, qu’il ne trouveroit pas mauvais que vous dise que cet Ouvrage est admirable en cecy : c’est qu’encore qu’il soit intitulé Livre Muet ; néanmoins, toutes les Nations du monde, les Hébreux, les Grecs, les Latins, les François, les Italiens, les Espagnols, les Allemands, &c. peuvent le lire & l’entendre. Aussi est-ce le plus beau Livre qui ait jamais esté imprimé sur ce sujet, à ce que disent les Savans, y ayant-là des choses qui n’ont jamais esté dites par personne. Il ne faut qu’estre un véritable Enfant de l’Art, pour le connoitre d’abord. Voilà (cher lecteur) ce que j’ay cru devoir vous dire.



http://carthoris.free.fr/Images/Alchemia.jpg

Tout le monde sait qu’Hermès est le premier qui a eu la Science de la Transmutation des Métaux, après laquelle on voit encore tant de gens inutilement occupés. L’Auteur de ce livre prétend montrer ici tout le mystère de cette haute Philosophie et tout le progrès de cet Art, par de seule figures hiéroglyphiques, sans aucun discours et sans nulle explication. C’est ce qui le fait appeler le Livre Muet, ne disant pas même le nom de celui à qui il doit le jour. Ceux qui se plaisent à se ruiner à la recherche du grand oeuvre ne seraient peut-être pas fâchés qu’on donnât ici l’âme & la parole à tant de figures muettes qui composent ce Livre. Je me contenterai d’en déchiffrer quelques-une, laissant à l’Auteur la liberté de leur donner tel autre sens qu’il lui plaira. Un peu au-dessus du milieu de la deuxième planche on voit une Vessie de verre ou OEuf des Philosophes, dans lequel il paraît un Neptune, qui s’élève sur un Dauphin ayant sous ses bras deux figures humaines avec les caractères de l’or et de l’argent sur la tête. Il semble que l’Auteur veuille montrer par-là qu’il faut mettre ces deux nobles Métaux dans l’oeuf des Philosophes pour s’y fermenter et s’ouvrir par le sel volatil du Nitre tiré du sel commun qui est très fixe, représenté par un Dauphin, duquel ce Neptune s’élève. Ce sel volatil nitreux qui est l’agent universel des Philosophes, et qui contient leur sel, leur soufre & leur mercure est excité par la douce et humide chaleur du Bain vaporeux à feu de lampe, comme on voit au bas de cette même Planche. Mais parce que ce sel nitre doit être parfaitement purifié, et tel qu’il se trouve partout dans l’air, séparé des soufres étrangers, de l’alun, et d’un sel fixe commun, la 4ème Planche semble montrer que lorsque le Soleil est dans le Signe du Bélier ou du Taureau, il faut ramasser sur des linges bien nets la Rosée céleste imprégnée de ce feu fixe, et sel solaire, que l’air condensé par la fraîcheur de la nuit laisse tomber sur la terre, ainsi qu’une éponge pressée rend l’eau qu’elle contenait dans ses pores. Lorsque ce sel Solaire qui n’est autre chose qu’un Nitre très purifié est concentré & pétrifié par une adroite préparation, il imbibe la lumière et devient un petit Soleil artificiel. Peut-être est-ce ce feu perpétuel des Urnes des anciens si célèbre dans l’Antiquité, et si recherché par les modernes : et peut-être aussi les nouveaux Phosphores de M. Krafft dont nous avons parlé dans le journal précédent, ne sont-ils autre chose qu’une préparation de ce même Nitre. Ce même sel étant dûment réduit en liqueur devient l’alkaest, ou dissolvant universel tant caché par les Maître de l’art : aussi l’expérience fait voir que le sel volatil de la Rosée de Mai dissout l’or aussi facilement que l’eau chaude dissout la glace. On voit dans la 8ème Planche ce mercure des Philosophes qui est le soleil et l’âme des plantes employé à ouvrir ces deux nobles Métaux à l’aide de la chaleur du Bain vaporeux, et par le moyen de 2 substances qu’il contient, dont l’une est blanche et l’autre rouge. La blanche est la Lune des philosophes, et la rouge ou l’intérieure est leur Soleil ; et c’est de cette dernière que les Maîtres de l’Art tirent avec de l’esprit de vin une teinture qui est le véritable Or Potable des Philosophes, après que le Nitre étant refroidi a pris une couleur bleue en quittant la verte, qu’il avait acquise dans le Creuset par deux heures de cuisson. C’est aussi cette partie intérieure du Nitre, qui est le soufre homogène à celui de l’or, puisqu’il acquiert sa couleur par degrés, et qu’étant préparé d’une façon il donne un très belle teinture d’or au Régule d’antimoine. Dans les 4 Planches qui suivent ce Sel Nitre ou menstrue universel est employé à disposer le mercure commun. La 13ème Planche contient la Projection, et la 14ème semble enseigner la façon d’une minière artificielle et perpétuelle, dans laquelle l’or et l’argent croissent comme les Plantes sur la Terre : Puisque l’expérience fait voir qu’une once d’argent de coupelle dissout dans l’esprit de Nitre croît dans une fiole en arbre Métallique, si on y ajoute demi-livre d’eau de fontaine, et environ deux onces de bon Mercure commun. Enfin la 15ème et dernière Planche semble montrer que le Mercure commun qui était autrefois indomptable comme un Hercule, sous la figure duquel cet Auteur le représente, est enfin terrassé, et qu’après sa mort il s’en forme le Soleil et la Lune, c’est-à-dire l’or et l’argent artificiel des véritables philosophes Hermétiques.


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#2  6 Jun 2010 22:01:06

Carthoris
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Re: Alchimie - Le Mutus Liber analysé

PLANCHE I
Par Serge Hutin

http://carthoris.free.fr/Images/Planche01.jpg

On y voit l’alchimiste paisiblement endormi sur une grève. De quel sommeil s’agit-il ? Pas du sommeil ordinaire, mais d’un état qui en diffère profondément ce n’est nullement par désir de donner à leurs images une présentation curieuse que les adeptes se complaisent volontiers à nous raconter des songes. Il s’agit en fait d’un état qui pourrait se comparer au sommeil prophétique ou magique recherché par les candidats à certaines initiations antiques. On pense aussi, bien que le contexte en soit tout différent, aux malades qui venaient s’endormir dans le temple d’Esculape en espérant que leur sommeil magnétique serait favorisé d’un songe significatif. L’alchimie traditionnelle est, comme toutes les disciplines tantriques, une ascèse libératrice destinée à procurer la sortie de l’artiste hors du labyrinthe des apparences sensibles – sortie transitoire d’abord (durant le temps que se poursuivent les voyages de l’alchimiste en imagination magique) mais destinée, si les opérations aboutissement à leur fin ultime, à devenir définitive.

L’Homme endormi c’est bien l’alchimiste alors que s’instaure en lui cet étrange état second : son corps physique est assoupi, sa conscience objective (la perception des apparences sensibles) se trouve suspendue ; et, durant tout le temps que dure cet état, l’imagination magique devient capable de voyager librement dans les plans supérieurs aux apparences ; et c’est cet état impératif qui se trouve si volontiers perdu de vue par les auteurs s’occupant d’alchimie. Le propre du travail de l’adepte engagé dans la poursuite du Grand Œuvre est non seulement d’être à certaines phases, extrêmement intensément attentif aux phénomènes qui se traduisent d’une manière sensible, mais aussi de devenir de mieux en mieux apte à s’abstraire des apparences sensibles pour devenir finalement capable de librement agir sur un ou plusieurs autres plans.
On remarquera que l’homme et le paysage où il se trouve sont insérés dans un cartouche fermé de deux rosiers entrelacés – ce qui symbolise la nécessité d’unir les deux principes, les deux polarités indissolublement complémentaires. On remarquera aussi les deux fleurs qui pendent en bas de la figure ; la planche est en noir, mais leurs couleurs respectives ne font pas de doute pour l’Hermétiste celle qui correspond à la polarité féminine est blanche, celle qui correspond à la polarité masculine est rouge.
Revenons à notre personnage endormi. Il y a deux manières différentes, toutes deux intéressantes, d’interpréter le paysage dans lequel il s’insère. D’une part, on penserait volontiers à une sorte de crique rocheuse, dont la partie droite est surmontée par un bouquet d’arbres qui semblent être des chênes kormès. On notera l’importance occulte (c’est une image archétypique prodigieusement importante) du symbole traditionnel de la mer, milieu et source de la vie tant multiforme : en alchimie la mer symbolisera tout naturellement la matière première de l’œuvre (y compris au niveau des opérations de laboratoire) de même que – sur le plan cosmologique – elle représente si bien les virtualités indéfinies du chaos primordial, organisé par la Lumière divine alors que (voir la Genèse.) « l’Esprit divin planait sur les eaux ». D’autre, part, les rochers situés immédiatement contre le dormeur (celui sur lequel il repose sa tête n’étant un fait qu’une partie de l’ensemble rocheux) semblerait n’en former qu’un, d’où s’épanche une eau limpide aux reflets métalliques. L’une des clefs opératoires de l’alchimie est ainsi qualifiée : « ouvrir le rocher avec la verge de Moïse » car, outre son sens initiatique, la figure a un sens très précis dans le domaine des manipulations de laboratoire. Ce n’est pas « hasard » si les deux branches – on l’aura sans doute remarqué – s’entrecroisent d’abord puis divergent avant de se réunir, enfin, par le sommet : cela serait à rapprocher de la structure même du diagramme kabbalistique de l’arbre des Sephiroth.

Mais, à côté de l’homme endormi, se trouve une échelle sur laquelle deux anges (l’un montant, l’autre descendant) sonnent de la trompette pour réveiller le dormeur. C’est la fameuse échelle de Jacob, réunissant la terre au ciel (qui, sur la Planche, est figuré avec dix étoiles brillantes et – visible derrière un rideau de nuages – le croissant lunaire). Cette échelle, que les adeptes nomment parfois « Escalier des Sages », caractérise fort bien le but fondamental des opérations alchimiques : il s’agit, profitant des correspondances entre « ce qui est en haut et ce qui est en bas » (Voir le premier verset de la Table d’Émeraude), de parvenir à nous échapper – transitoirement d’abord puis définitivement – des limites spatio-temporelles qui nous enserrent sans pitié au monde des apparences sensibles.
La présence des deux anges n’est pas une simple allégorie : sans coopération des forces actives des Entités supérieures, porteuses de la Lumière divine, le Grand Œuvre – aux divers niveaux où il doit se réaliser – serait impossible.

Cette première planche, qui sert de page de titre à l’ouvrage, n’est pas du tout – le lecteur aura pu s’en apercevoir, un « hors-d’œuvre » : au contraire, on y trouve symbolisés toute une série de secrets importants et nous voyons déjà comment l’alchimie traditionnelle dépasse singulièrement « l’art de faire de, l’or » où la réduit si volontiers encore l’imagination populaire. En fait, elle nous apparaît comme une prodigieuse tentative pour dépasser le plan terrestre pour atteindre enfin « l’illimité » (si bien concrétisés par le ciel et la mer – horizons indéfinis).


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#3  6 Jun 2010 22:02:28

Carthoris
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Re: Alchimie - Le Mutus Liber analysé

PLANCHE II
Par Serge Hutin

http://carthoris.free.fr/Images/Planche02.jpg

À la partie inférieure, un homme et une femme – l’alchimiste et sa compagne de travaux – à genoux, l’athanor (fourneau alchimique) entre eux deux.
On remarquera, tout en bas de l’athanor, le foyer — alimenté non par du charbon ou du bois, mais par une lampe à huile, pourvue de mèches d’amiante (en augmentant le nombre de celles-ci, en peut faire croître la chaleur à un rythme égal). à l’intérieur se trouve enclose la cornue de verre ou de cristal, fermement obturée (par le « sceau d’Hermès »), qui est l’oeuf philosophique ; nous sommes ici devant le procédé alchimique dit de la « voie humide » pour l’accomplissement du Grand-Oeuvre (la « Voie sèche », elle, se réalisant au creuset).

Au milieu de la figure, nous voyons reparaître cet oeuf philosophique, très agrandi cette fois, et au sein duquel nous remarquons les figures mythologiques de Neptune, d’Apollon et de Diane.
MAGOPHON nous fait remarquer : Tout oeuf comprend un germe – la vésicule de Purkinjo qui est notre sel ; le jaune qui est notre soufre ; et l’albumine, qui est notre mercure. Le tout est enfermé dans un matras qui correspond à la coquille. Les trois produits sont personnifiés ici par Apollon, Diane et Neptune, le dieu des eaux pontiques. Le même alchimiste contemporain donne également les précisions pratiques suivantes : La grandeur de l’oeuf importe.

Dans la nature, l’oeuf varie de celui du roitelet à celui de l’autruche, mais, dit la Sagesse, « in media virtus ». Il nous faut dire. aussi quelque chose du verre. philosophique. Les auteurs en parlent peu, et encore avec réserve. Mais nous savons, par l’expérience que le meilleur est celui de Venise. Il le faut de bonne épaisseur, limpide, sans bulles. On employait encore, autrefois, le gros verre de Lorraine fabriqué par les gentilshommes souffleurs ; mais un bon praticien doit apprendre à faire ses matras lui-même.
L’alchimiste et sa compagne sont figurés à genoux. Sont -ils donc tout simplement en prière ? En partie seulement : leurs positions des bras et celles des doigts ne sont pas du tout gratuites. Nous touchons là, en fait, à un autre secret opératif de la voie tantrique : la connaissance des gestes précis appropriés (leur nom sanscrit est moudras) qui commandant l’obtention de tel ou tel effet magique ; ce secret opératif étant évidemment complémentaire de celui du matras. Mais, en réalité, le couple alchimique paraît trois fois sur la planche : à la partie inférieure, au milieu (au premier plan), enfin dans l’intérieur du matras (c’est en fait l’alchimiste et son épouse qui y sont figurés sous l’aspect, respectivement, d’Apollon et de Diane).
Les différences de vêture ne sont pas du tout accidentelles. On remarquera que si, en bas de la figure, les deux époux sont vêtus dans leurs habits de ville (tels qu’ils étaient d’usage au moment de l’impression des planches : la seconde moitié du 17ème siècle), il n’en est pas de même pour les deux autres figurations de l’alchimiste et de sa femme.

Nous sommes ici en fait devant l’un des grands secrets rituels du la voie tantrique à deux. Dans de nombreuses gravures alchimiques de la Renaissance et du grand siècle, nous voyons bel et bien apparaître un homme portant un costume antique spécial et dont la tête se trouve surmontée d’une sorte de couronne métallique en forme de soleil rayonnant, tandis que ; la femme lui faisant face porte au contraire un diadème en forme de croissant lunaire. L’un figure Apollon, l’autre Diane. En fait, il ne s’agit pas du tout d’une simple, allégorie mais d’une réalité très concrète : le couple tantrique en train d’exécuter, avant la réalisation effective des noces chimiques, une sorte, de danse rituelle symbolisant le rapprochement magique qui doit s’opérer entre les deux natures divines opposées mais complémentaires.

Le dieu Neptune (ou Poséidon, si on préfère employer son nom original Grec) est figuré plus grand que les deux personnages humains enfermés dans le matras : cela nous rappelle que l’union alchimique entre partenaires prédestinés ne peut se réaliser sans l’intervention (et sous une forme effective, tangible) de la grâce divine. Le dieu porte trident, symbole que l’on retrouve dans toutes les formes traditionnelles de tantrisme (qu’elles soient orientales ou occidentales) ; le trident, cet attribut de Poséidon, dieu des Atlantes ; or il semble, bien que le berceau de la voie tantrique soit à retrouver dans l’ancien continent atlantique.
Les deux personnages qui tiennent le matras ne sont autres, à nouveau, que l’alchimiste et sa compagne – mais parvenus cette fois au succès total : ils ont désormais accompli les noces chimiques, et peuvent donc devenir des êtres libérés (ce que symbolisent à merveille les ailes dont le dessinateur a doté ses deux personnages). Dans le tantrisme hindou (mais, dans ses diverses formes, la voie tantrique observe des traditions tout à fait semblables seules les formes, les détails extérieurs peuvent varier), le port par une prêtresse du sari doré révèle que celle-ci a célébré la phase ultime de la danse sacrée, quand se réalise la communion humaine totale en la Lumière divine ; la couleur des vêtements figurés sur les deux personnages de la planche étant sans doute de cette nuance-là. On remarquera que les deux personnages, au moment de leur triomphe, semblent porter des vêtements identiques : du point de vue symbolisme traditionnel, cela serait certes normal, le réalisation des noces chimiques ayant pour effet de concrétiser l’engagement du couple alchimique sur le chemin de la reconquête. effective de l’androgynat primordial, sur tous les plans.
Au-dessus des deux personnages inférieurs, nous voyons des rideaux qui s’ouvrent. Cela nous laisse très clairement supposer que les opérations alchimiques ne se réalisent pas du tout seulement sur le plan des apparences sensibles, mais à un autre niveau : au moment, précisément où ils effectueront le geste spécial, le moudra figure sur la figure (après qu’ils auront prononcé la formule vibratoire à laquelle il correspond), l’alchimiste et sa compagne verront leur imagination magique s’éveiller les transportant (leur conscience mourant au plan physique) sur les eaux. supérieures.

Tout un haut de la figure, nous voyons un Soleil radieux (avant, alternativement, neuf rayons rectilignes et neuf rayons sinueux), qui trône au-delà des nuages les plus épais. C’est la Lumière divine dans son plein épanouissement.


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#4  6 Jun 2010 22:03:33

Carthoris
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Re: Alchimie - Le Mutus Liber analysé

PLANCHE III
Par Serge Hutin

http://carthoris.free.fr/Images/Planche03.jpg

Cette Planche constitue bel et bien l’équivalent parfait d’un mandala tantrique tibétain : nous voyons, par ce grand diagramme symbolique, comment les divers plans de manifestation s’emboîtent en fait les uns dans les autres, l’ensemble étant lui-même contenu dans l’Existence divine, qui par définition même totalise toutes choses ; celle-ci est l’Illimité.

En marge, le soleil et la lune symbolisent les deux grandes polarités divines perpétuellement affrontées ; complémentarité indissoluble du Père et de la Mère, du masculin et du féminin, du positif et du négatif. La coexistence des nuages blancs et des nuages sombres venant renforcer ce symbolisme métaphysique. Au sommet trône Jupiter porté par son aigle, et tenant à la main un sceptre qui se termine par une fleur de lys. On notera que sur diverses gravures hermétiques, où nous voyons l’alchimiste et sa compagne accomplissant la danse rituelle dont nous parlions plus haut, nous pouvons voir l’adepte porter un sceptre – symbole de sa royauté hermétique. L’Aigle est un oiseau symbolique très important dans l’alchimie traditionnelle, et il faudrait toute une étude spéciale pour en épuiser les diverses significations.

Faisons simplement remarquer que l’aigle, dans les formes christiques d’hermétisme, est volontiers symbole féminin. Jupiter chevauchant l’aigle, ce pourra donc être la polarité masculine pénétrant le réceptacle féminin : l’accomplissement même des noces divines. Dans les assemblées rituelles des hauts grades de certaines organisations rosicruciennes traditionnelles, l’aigle sera le bijou spécialement porté par la femme. Passons maintenant aux trois cercles concentriques. Ils correspondent aux régions supérieures (différentes du plan physique) que l’illumination alchimique permet à l’adepte de visiter.

Dans le cercle le plus intérieur, nous voyons l’alchimiste et son épouse qui naviguent dans une barque : l’homme la dirige, tandis que sa femme lance deux lignes. L’une va en direction du dauphin (l’animal cher au dieu Apollon) qui s’ébat dans les flots, tandis que l’autre rejoint le dieu Neptune, -lequel semble saisir le fil de la main gauche tandis que sa main droite manie le trident. Le dieu des eaux est figuré sur son char que traîne un animal fabuleux (sorte de cheval marin monstrueux à deux tètes).

Ce qu’il ne faut pas oublier en étudiant cette figure, c’est que la « navigation hermétique » n’est pas du tout une vague allégorie, mais correspond en alchimie tantrique à une réalité imaginative très précise. En effet, le couple alchimique – tout au moins une fois qu’il sera effectivement parvenu à développer son imagination magique (ce qui constitue l’un des grands secrets opératifs propres aux diverses formes de tantrisme) – devient à même, lors de l’une des étapes successives de son illumination magique, de circuler dans une sorte d’esquif, de nacelle (ou encore de bulle) sur les « eaux » spéciales qui constituent en fait l’une des régions du plan astral. Si, évidemment, la barque où navigue le couple tantrique n’est évidemment pas de nature matérielle mais psychique, cela n’en implique pas moins le caractère concret, vécu de telles expériences.
Dans le second cercle, nous voyons un paysage champêtre, où se trouvent diverses habitations. On remarquera la présence du bélier à gauche, du taureau à droite : ces deux symboles ont été placés là comme témoins en quelque sorte ; ils sont, évidemment, les deux signes astrologiques du même nom, ce qui bien salutairement nous rappelle la nécessité de n’entreprendre le Grand OEuvre par « voie humide » (car tel est le procédé décrit dans le Mutus Liber) qu’en observant des règles impératives quant au choix de la période de l’année solaire où les opérations devraient être entreprises.
Quant au paysage rural, il ne doit naturellement pas être interprété comme une réalité d’ordre géographique, mais ne pourrait non plus se dissoudre dans l’allégorie : il s’agit d’une autre étape du voyage tantrique, une imagination magique libérée, au cours duquel le couple d’alchimistes se trouve explorer une autre des régions supérieures.

On remarquera la splendide jeune femme, à côté de laquelle fleurissent des marguerites, et qui tient elle-même à la main un vase rempli de fleurs. Elle figure la Vierge, Diane, Isis, perpétuellement jeune et dispensatrice de toutes les bénédictions. Au bas du cercle intermédiaire, nous retrouvons le couple alchimique, en train, cette fois, d’accomplir une pêche magique dont les résultats semblent être destinés à se faire sentir dans le troisième et dernier cercle, celui des régions invisibles supérieures. La femme, à senestre, tient une lanterne grillagée – la lanterne des philosophes de la main gauche tandis que sa main droite lance un filet. L’homme, de sa main droite, accomplit un moudra, tandis que sa main gauche lance (dans le troisième cercle) une ligne au beau milieu des eaux sombres, où elle accroche une sirène. On remarquera que cette dernière a le même visage que la si radieuse jeune femme porteuse d’abondance : c’est toujours la perpétuellement jeune « mère Nature », mais figurée cette fois, comme la Tentatrice, l’illusionniste par excellence (c’est Maya de la métaphysique indienne), la redoutable qui règne sur l’océan insondable des virtualités indéfinies, de la matière première, du chaos.

Mais le chaos ténébreux n’occupe que la partie inférieure du troisième cercle. À gauche, nous le voyons animé par un vol d’oiseaux, tandis que près des deux tiers se trouvent en fait occupés par les régions supérieures, de plus en plus railleuses, – sans cesse plus libres – où s’épanouit la Lumière divine. On marquera toute le série de traits parallèles : ils symbolisent les octaves successives, aux fréquences vibratoires de plus en plus élevées, des régions ultimes du Clavier Cosmique – celle où s’achève l’illumination alchimique, celles qui touchent au Divin pur, à l’Illimité.
Au sommet trône une altière figure masculine (sans doute Apollon), à côté de laquelle se tient un paon : les couleurs de la queue du paon caractérisant, signalons-le, l’une des phases terminales du Grand OEuvre (ces nuances se trouvent apparaître dans l’oeuf philosophique à une phase terminale bien déterminée , du magistère de la voie humide.

L’adepte Magophon insiste, à juste titre, sur l’importance du symbolisme hermétique de la pêche. Il nous dit toujours dans son « hypotypose » au Mutus Liber combien cette figuration a pour but de démontrer que l’opérateur doit déployer toutes ses facultés et mettre en oeuvre toutes les ressources de l’art pour capturer le poisson mystique, dont parle d’ESPAGNET. Et il nous précise : « le guideau doit être tressé en mailles très fines d’amiante, qui a la propriété d’être incombustible et demeurer inaltérable. L’appareil bien disposé dans les eaux profondes on se munira d’une lanterne dont l’éclat attirera la proie dans les rêts. On peut, suivant d’autres symboles, employer la ligne ; mais l’arcane est dans la préparation de la bourse, et le mot est de circonstance, car il ne s’agit de rien moins que de prendre le poisson d’or ».

De telles précisions nous rappellent la nécessité de se rappeler sans cesse que le symbolisme alchimique est volontiers susceptible de valoir en même temps au stade du laboratoire (les opérations matérielles) et à celui de l’oratoire (les exercices spirituels qui jalonnent les étapes de l’ascèse illuminatrice). Les oiseaux qui volent à gauche, dans le grand cercle, sont des aigles ; au point de vue opératif minéral, ils symbolisent les sublimations du mercure philosophale. Et MAGOPHON nous précise : Elles sont indiquées par le vol d’oiseaux et indispensables, car elles préparent la robe nuptiale d’Apollon et de Diane, sans laquelle leur union mystique serait impossible. C’est pourquoi Jupiter, le dieu qui gouverne l’aigle, préside à ces opérations.


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#5  6 Jun 2010 22:05:35

Carthoris
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Re: Alchimie - Le Mutus Liber analysé

PLANCHE IV
Par Serge Hutin

http://carthoris.free.fr/Images/Planche04.jpg

Dans cette planche au fond, nous voyons la rosée céleste qui descend des cieux pour être récoltée par l’alchimiste.

Nous devons comprendre que cette rosée a une relation intime avec les bains de purification des alchimistes médiévaux. Cette rosée ou vapeur divine n’est autre que le produit de la transmutation alchimique de nos sécrétions sexuelles ; pour cette raison, ladite rosée descend entre le soleil et la lune. Ces deux astres, comme nous l’avons déjà dit antérieurement, sont la représentation de l’alchimie macrocosmique réalisée par les deux éléments primordiaux ; soleil = soufre, lune = mercure. Dans le « microcosme », cette transmutation se réalise grâce à l’action des deux éléments de base (soufre et mercure) symbolisés par le bélier et le taureau. Ces deux éléments animaux symboles astrologiques de l’action printanière, nous invitent à penser que le travail alchimique se réalise avec un feu érotique semblable à la force que possède le printemps, dans son influence sur la nature.

Il est intéressant d’observer les deux personnages de cette figure habillés en paysans, car ceci nous rappelle que beaucoup d’alchimistes médiévaux parlèrent au sujet du travail du Grand-Oeuvre (intérieur) en termes « d’agriculture céleste ».

Il est évident que pour atteindre l’Auto-Réalisation intime de l’Être, nous devons travailler très durement notre terre philosophale (corps physique). Pour cette raison, le livre du Deutéronome biblique a dit : « changez votre nature et vous atteindrez ce que vous cherchez ».
Il est intéressant d’observer que pour fabriquer nos corps internes ésotériques de base (astral, mental et causal), nous devons travailler intensivement dans le sacrement de l’amour. Ces véhicules (que doit posséder tout véritable adepte) constituent les véhicules de manifestation de l’Être profond intérieur.
Ces véhicules sont symbolisés dans cette planche par les cultures protégées par 5 toiles. Ces toiles sont en elles-mêmes la structure des corps suivants : physique, vital, astral, mental et causal ; pour cette raison nous voyons deux paysans en train d’essorer une de ces toiles pour en extraire la rosée qui y a été accumulée.

Ceci veut dire que chaque corps doit s’imprégner de ladite rosée (ens seminis transmutée) pendant la pratique de la Magie Sexuelle. Il est intéressant d’observer que le sol est dénudé, car le travail alchimique sexuel s’accomplit dans le silence des sages, corps contre corps (nu) entre l’homme et la femme.
Sous l’effet de la chaleur (feu érotique bien conduit), nous obtenons la rosée céleste (la vapeur sublime) qui nous transporte à la hauteur de l’Être. Il est important de ne pas perdre une seule goutte de cette rosée céleste (mercure ens seminis) ; l’alchimiste perd sa rosée quand il commet l’abominable crime de l’éjaculation sexuelle ; c’est la raison pour laquelle les paysans de cette planche font en sorte que toute la rosée soit recueillie dans le récipient (les organes créateurs).

Au fond de cette planche à droite, nous distinguons, jaillissant du paysage la croix de Lorraine. La croix est un symbole antique qui représente les quatre éléments de base, sans lesquels il est impossible d’atteindre l’Auto-Réalisation. Le véritable alchimiste est celui qui sait combiner dans son laboratoire (le corps physique) la terre, l’eau et le feu. La croix en elle-même est le symbole du martyr ; elle nous fait penser que la voie qui nous amène à la haute initiation est pleine de souffrances conscientes et de sacrifices volontaires.Celui qui ne sait pas souffrir, qui ne sait pas se résigner et qui ne sait pas se taire n’est pas encore prêt pour le magistère du feu. Finalement, la croix nous invite à mourir psychologiquement, à réduire en cendre l’Ego animal. Il est d’ailleurs bon de signaler, comme l’indiquait le V. Maître Samaël, que pour naître une deuxième fois (sans risque de déviation), il est indispensable de mourir d’instant en instant, de moment en moment. La mort ne peut se consumer sans l’aide de la croix (sexuelle), car sans elle, nous ne pouvons pas invoquer Stella Maris, la Vierge de la mer, notre Divine Mère Intérieure particulière, pour qu’elle détruise les éléments infra-humains qui nous maintiennent prisonniers dans ce monde des illusions. Rappelons-nous que la parole croix est similaire aux paroles crisol, creuset, crucifixion, etc.


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#6  6 Jun 2010 22:18:56

Carthoris
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Re: Alchimie - Le Mutus Liber analysé

PLANCHE V
Par Serge Hutin

http://carthoris.free.fr/Images/Planche05.jpg

Nous y voyons l’alchimiste et son épouse se livrer à une série de manipulations précises dont l’objet est la liqueur recueillie dans la planche précédente. IL s’agit d’en opérer la coction : le couple alchimique verse donc la rosée dans un pot ; mis sur le feu.
Dans la figure au-dessous , l’homme y ajoute un produit visqueux et tient de l’autre main une substance (qu’il n’est pas difficile de découvrir, si l’on songe que l’oeuf l’un des noms donnés à la matière première d’où sortira la pierre philosophale) est analogue aux autres. Sur le même plan, à côté, un personnage nu, décoré d’une demi-lune et accolé d’un enfant, reçoit un flacon où se remarquent quatre petits triangles. Ils représentent les proportions des éléments mis en oeuvre, à savoir un de soufre pour trois de mercure. Le corps lunaire intervient dans cette opération ; il est indiqué par un écu portant la lune d’argent sur champ de gueules.

Dans la figure du milieu, à gauche, la femme se dispose à écumer le compost : le mercure des philosophes doit en effet être très soigneusement purgé de ses éléments hétérogènes, en séparant le subtil de l’épais, le pur de l’impur. MAGOPHON nous fait remarquer : La Lune des philosophes n’est pas toujours l’argent, encore que ce métal convienne au travail à un certain moment. Pour dérouter le profane, les adeptes donnent ce nom au mercure et à son sel, dont la préparation présente les plus grandes difficultés. Pour que le mercure soit propre aux opérations, il est indispensable de l’animer. Cette animation se fait au moyen du soufre préparé à cet effet.

La figure en haut à droite et les deux de la partie inférieure représentent les digestions et distillations qui doivent être réalisés.

On remarquera sur chacune des figures de cette planche la présence d’une ouverture creusée dans la muraille qui débouche sur le ciel : il s’agit sans doute là d’une symbolisation des perspectives illimitées qui s’offrent à la vue psychique de l’adepte lorsqu’il atteint l’illumination alchimique. Cette fenêtre, nous la voyons également paraître dans les deux planches suivantes.


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#7  6 Jun 2010 22:20:22

Carthoris
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Re: Alchimie - Le Mutus Liber analysé

PLANCHE VI
Par Serge Hutin

http://carthoris.free.fr/Images/Planche06.jpg
Dans cette planche, continuation de la précédente, nous voyons le couple alchimique, œuvrant toujours de concert.

MAGOPHON écrit : « On remarquera que les opérations y sont toujours effectuées par un homme et par une femme, symbolisant les deux natures. L’action extérieure de ces deux agents indique le travail intérieur des corps réagissant l’un sur l’autre. Dans la première figure, l’agent féminin joue un rôle passif, et l’agent masculin un rôle actif ». Celui-ci est le soufre, celle-ci, la lune. Il ajoute, en ce qui concerne les opérations que nous voyons réalisées par le couple alchimique : l’action manuelle ne concourt aux résultats qu’à la façon d’une cuisinière préparant son pot au feu. Lorsque les ingrédients sont dans la marmite, l’eau cuit le compost, portée à la température requise par le feu extérieur. La coction achevée, il n’y a plus qu’à extraire les produits et à les employer suivant la formule. Mais toute intervention intempestive est préjudiciable et nuit à l’œuvre.

On remarquera l’avant-dernière figure, où la femme, au lieu d’être vêtue dans ses habits usuels, porte un costume mythologique : elle est chaussée de sandales et vêtue d’une tunique par-dessus laquelle se trouve une sorte de cuirasse étincelante, elle porte une écharpe en sautoir. De la main gauche, elle appuie l’arc (symbole lunaire) sur le sol ; de la main droite, elle présente à son époux le vase à l’intérieur duquel se trouve la rose hermétique. On remarquera que l’épouse de l’alchimiste ne porte plus une coiffure lunaire, mais la coiffure solaire (rayonnante) portée par son époux à la phase précédente du rituel : ce fait correspond, symboliquement, à la phase alchimique où c’est le principe féminin qui devient actif.

Sur trois des figures, nous voyons apparaître la rose. Au point de vue opératif, MAGOPHON nous précise : « Qu’est-ce que la Rose ? C’est la fleur de l’arbre philosophique par excellence qui présage le fruit. Or, l’arbre des philosophes est le mercure végétal ; la Rose est donc l’inflorescence de la sève métallique mise en mouvement par le feu extérieur, qui excite le feu interne des corps. Mais les Sages parlent de deux feux différents dévolus à cette fonction. Le disciple doit donc penser qu’il existe, en dehors du feu naturel, un autre agent ainsi dénommé, et ce feu secret est le ferment des métaux qui joue dans le travail – un rôle analogue à celui du levain dans la pâte du boulanger ».

La planche comporte – on l’aura remarqué – trois roses dont la grandeur diffère : elles représentent trois étapes successives dans la réalisation victorieuse du Grand Oeuvre. MAGOPHON nous dit : dans le régime de la coction, Philalèthe enseigne qu’on obtient d’abord la rose blanche, qu’il nomme la lune, la rose jaune ou safran, la rose rouge ou parfaite. Mais ce symbolisme hermétique ne doit pas être interprété dans le seul contexte de l’alchimie minérale : nous avons là un très grand symbole traditionnel, l’une des deux composantes indissolubles de la ROSE-CROIX.


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#8  6 Jun 2010 22:21:08

Carthoris
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Re: Alchimie - Le Mutus Liber analysé

PLANCHE VII
Par Serge Hutin

http://carthoris.free.fr/Images/Planche07.jpg

Ce qui en rend l’interprétation difficile est que nous y voyons tour à tour : le couple alchimique qui accomplit (en vêtements ordinaires) des opérations de laboratoire ; des scènes mythologiques (Saturne croquant son fils au milieu d’un brasier) ; un épisode rituel.

Du point de vue des opérations de laboratoire, les quatre premières figures ne présentent – on le constatera – aucune difficulté : il s’agit de manipulations diverses accomplies par l’alchimiste et sa compagne lors des opérations qui mènent à la réalisation du Grand Œuvre.
Ce sont les trois dernières figures, celles de la partie inférieure, qui sont, elles, délicates à interpréter. La partie de gauche représente le dieu Saturne s’apprêtant, au milieu d’un brasier, à dévorer son fils. D’une part, il s’agit d’une étape capitale dans les opérations de laboratoire (celles du procédé de la « voie humide »).
MAGOPHON écrit : « Il est une eau qui renferme le feu du Ciel ; c’est la rosée, ou flos coeli, que nous avons vu épreindre dans une planche précédente. On sait que la rosée renferme un principe acide qui brûle à la lettre. Les objets soumis à son action ne tardent pas à tomber en poussière. Nous devons faire observer, cependant, que la rosée philosophale diffère, en réalité de la rosée commune. Elle est, néanmoins, formée des véritables pleurs de l’Aurore unis à une substance terrestre qui est le sujet de l’Œuvre. »

Les deux dernières figures continuent ce symbolisme opératif spécial : lorsque Saturne – continue MAGOPHON – a accompli son horrible festin, on doit, dit Philalèthe, faire passer sur lui toutes les eaux du déluge, non pas de manière à le noyer, mais à corriger les effets d’une digestion laborieuse en éliminant les toxines résultant de la fermentation. Ce lavage à grande eau dépouille le corps de ses impuretés, en corrige les humeurs et le rend dispos pour les opérations subséquentes. On le distille alors hermétiquement afin de n’en rien perdre ; en précipiter le sel qui se présente en petits cristaux très hygrométriques, et qu’on doit soustraire aussitôt aux influences de l’air. C’est pourquoi on l’enferme dans un flacon bouché à l’émeri et qu’on tiendra en réserve. D’autre part, on peut retrouver dans cette figuration – en nous souvenant que c’est l’homme lui-même qui est en fait le sujet principal de l’œuvre – le symbolisme tantrique du « pot mis à cuire », c’est-à-dire de notre nature matérielle qui doit être totalement purifiée, sublimée.

La toute dernière figure est, elle aussi, mais uniquement en partie, symbolique : l’alchimiste ne sacrifie pas un enfant de chair ! mais l’homme qui s’engage sur la voie d’une union tantrique doit le plus souvent « sacrifier son fils » c’est-à-dire renoncer à avoir une postérité charnelle : de par sa nature même une telle union ne peut procréer.

Mais la scène n’est pas seulement symbolique : elle semble nous décrire une autre phase du rituel privé accompli par le couple d’initiés. Les deux époux sont – à cette phase – dépourvus de vêtements, la femme ne portant alors que son diadème lunaire par-dessus son écharpe rituelle. L’homme brandit le sabre de la main droite, tandis que son épouse lui présente de la même main, une fiole constellée d’étoiles.


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#9  6 Jun 2010 22:22:12

Carthoris
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Re: Alchimie - Le Mutus Liber analysé

PLANCHE VIII
Par Serge Hutin

http://carthoris.free.fr/Images/Planche08.jpg

Dans la partie inférieure, nous retrouvons le couple alchimique à genoux de chaque côté de l’athanor à nouveau, remarquez l’attitude des mains, qui accomplissent des moudras.

Nous y retrouvons aussi le rideau qui se soulève – symbolisant d’une manière correcte l’accès soudain de l’illumination magique au plan supérieur. La partie supérieure de la planche nous montre l’union magnétique entre les deux « anges », c’est-à-dire les deux natures célestes (éternellement prédestinées l’une à l’autre) de l’alchimiste et de son épouse. Le plus radieux soleil, symbole de la Lumière divine, illumine la scène.
Les deux anges tiennent l’œuf philosophique, à l’intérieur duquel se trouve figuré le dieu Mercure (l’Hermès des Grecs). La figure ayant aussi c’est très net, un sens opératif. MAGOPHON précise : La huitième planche nous fait voir le mercure des philosophes réalisé, tandis que la planche deux n’en présente que les éléments constitutifs. Les aigles volent autour de lui parce qu’on lui fait subir dans le matras les sublimations nécessaires, ce qui est indiqué au bas de la planche de l’athanor où l’on a mis l’œuf à incuber.

On remarquera que le dieu Mercure porte un symbole qui n’est pas la figuration habituelle du caducée, mais un emblème tantrique ; remarquer aussi, tout en bas du matras les deux symboles qui terminent les rameaux feuillus que tiennent les deux aigles de tête : respectivement une étoile à sept branches et un triangle inversé que continuent trois tiges surmontées chacune d’un losange. Il s’agit sans nul doute de « hiéroglyphes » alchimiques.


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#10  6 Jun 2010 22:23:34

Carthoris
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Re: Alchimie - Le Mutus Liber analysé

PLANCHE IX
Par Pierre Dujols

http://carthoris.free.fr/Images/Planche09.jpg

La neuvième planche nous ramène au flos coeli. Pourquoi ce retour, et à quoi bon y recourir de nouveau, puisque nous nous en étions approvisionnés? Ce n’est pas que l’auteur du Mutus Liber veuille nous renvoyer à la campagne pour en avoir d’autre ; mais il était bien obligé d’en répéter le symbole, du moment que cet agent céleste doit entrer dans une nouvelle combinaison.

Nous voyons, dans une des figures de cette planche, Mercure en train d’acheter un pot de cette eau divine à une paysanne. C’est donc qu’il en a besoin pour quelque usage. Philalèthe prescrit, effectivement, de laver le mercure à plusieurs reprises, de façon à lui faire perdre une partie de sa nature huileuse. Il décrit soigneusement cette opération, qui s’accomplit avec l’eau céleste portée à une certaine température, modérée néanmoins, car il faut un rien de trop de chaleur pour que la partie ignée du flos coeli reprenne le chemin des Astres. Philalèthe est un grand maître, sa parole fait autorité et il présente le travail avec une ingénuité si convaincante qu’aucun soupçon de fraude ne saurait vous effleurer. Mais nous devons éventer ici une ruse: cet auteur a confondu à dessein, dans son ouvrage, la voie sèche et la voie humide. Ce serait donc un tort d’appliquer à une technique ce qui convient à l’autre. Mais, cette remarque faite, nous reconnaissons que l’esprit astral joue un rôle permanent dans les opérations. Et puisque nous employons la locution de Cyliani, arrêtons--nous aux interprétations invraisemblables auxquelles ce terme assez récent a donné lieu. Des écrivains d’hier ont vu dans cet esprit astral une émanation magnétique de l’opérateur. D’après eux, il faudrait, pendant une période déterminée, subir un entraînement physique et moral, pour pratiquer avec succès cette sorte de fakirisme ou de yoga. La force du produit doit être proportionnelle à la puissance du fluide, de telle sorte que la poudre de projection obtenue multiplie à 100, 1.000 ou 10.000, etc. , suivant le potentiel de l’artiste. Ces fantaisistes prétendent ainsi imprégner la matière d’esprit astral comme on charge un accumulateur d’électricité. Voilà ou mène l’analogie mal entendue et appliquée à tort et à travers. Nous ne nommerons pas ces théoriciens singuliers dont la sincérité est respectable; mais nous devions signaler le fait pour mettre en garde le disciple studieux, et trop confiant, contre les lectures hasardeuses d’auteurs sans mandat et sans consécration, qui n’ont jamais produit que des livres, mais passent dès lors pour des Maîtres.


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