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#1  18 Sep 2010 00:52:46

Carthoris
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Cagliostro

CAGLIOSTRO

A la veille de la grande tourmente révolutionnaire, le comte de Cagliostro hante les cours européennes. Un peu alchimiste, un peu escroc, certainement mythomane, il passe pour avoir joué un rôle dans la chute de la monarchie française.
A-t-il vraiment été le dépositaire de terribles secrets ?




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Il était « Grand-maître de la Franc-maçonnerie égyptienne » et « Grand Cophte d'Europe et d'Asie ». Sur son passeport, trois lettres attiraient l'attention : L.D.P. Que signifiaient-elles ? Il fallait vraiment inspirer confiance au grand-maître pour qu'il livre son secret redoutable...
Quelques années auparavant, en visitant un souterrain, dans la région de Francfort, le comte Alexandre de Cagliostro a trouvé un parchemin vieux de cinq siècles : c'est un manuscrit des Templiers ! Il donne au comte la mission de venger l'ordre du Temple et de contribuer au renversement de tous les souverains absolus. Le roi de France sera sa première victime. L.D.P. : pour les initiés, cela peut se traduire par la formule latine Lilia destrue pedibus (s Foule aux pieds les lys »)... Mais quel est donc ce prophète, dont les Grands du royaume parlent avec admiration et que les pauvres vénèrent tant il est généreux ? Quel est donc ce mage, instrument d'une implacable et secrète volonté ? Quel est donc ce médium, qui sait lire l'avenir dans une simple carafe d'eau ?
Le comte de Cagliostro a longtemps fasciné les imaginations. Alexandre Dumas, dans son Joseph Balsamo, lui a taillé une légende sur mesure. Ses tours de magie et sa qualité de « Grand Cophte » lui ont valu l'amitié des ésotéristes. On ne connaîtrait de lui que les ragots de l'époque si un de ses protégés, promu garçon de laboratoire du comte avant de devenir un des plus grands savants français du XIX, siècle, n'avait laissé un journal de notes prises sur le moment... Pendant longtemps on a cru ce document perdu. Dès qu'il a été retrouvé, le journal a achevé de dissiper tous les nuages qui planaient encore autour de la mystérieuse personnalité du « Grand Cophte »: avec ses tours de passe-passe et ses recettes alchimiques de charlatan, le "comte" de Cagliostro n'était rien moins qu'un escroc et de bien petite envergure... Tout comme il n'était que de basse extraction ! Il naît à Palerme, en Sicile, en 1743. Son père est garde-magasin, ce qui humilie un peu le jeune Giuseppe Balsamo. Mauvais garçon dès son plus jeune âge, l'enfant bascule très tôt dans la délinquance mineure.



A douze ans, on le place au séminaire Saint-Roch de Palerme. Il n'y fait pas de vieux os. Son comportement détestable et la mauvaise influence qu'il exerce sur ses condisciples le font renvoyer. Son père est désespéré : que faire de ce rejeton difficile ? Il le place comme apprenti chez l'apothicaire du couvent des Benfratelli.http://carthoris.free.fr/Images/Cagliostro%2008.png
Joseph Balsamo va y apprendre quelques notions de pharmacie et de chimie, qui seront très utiles au futur comte de Cagliostro. Seulement, son esprit polisson va, une fois de plus, le faire renvoyer : à table, le jeune Balsamo est chargé de lire aux frères les passages les plus édifiants de la Légende dorée. Il ne trouve rien de mieux à faire que de remplacer les noms des vierges et des saintes martyres par ceux des plus célèbres prostituées de l'époque !
L'apprenti apothicaire se sent alors un talent de peintre : pour les touristes, qui commencent à sillonner l'Italie, il peint le Vésuve et des paysages napolitains. Bientôt, Joseph Balsamo comprend qu'il vaut mieux être faussaire que créateur. Il met son talent artistique à la disposition de ceux qui cherchent un faux passeport ou même un faux testament.
La soif d'échapper à sa modeste condition sociale le tenaille toujours. Jusque-là, il n'a connu que les bas-fonds de Palerme et de Naples. Il veut en sortir. En attendant, il vivote, tantôt grâce au proxénétisme, tantôt en se servant de ses connaissances en chimie et en magie... Les bateleurs des quartiers populaires lui ont appris l'art de la prestidigitation et de l'escamotage ; le futur comte de Cagliostro s'en souviendra.




Joseph Balsamo a pour ami, à cette époque, un orfèvre nommé Marano. Celui-ci est aussi méfiant qu'avide. Le jeune mauvais garçon agit avec lui en douceur : il commence par laisser entendre qu'il connaît la cachette secrète d'un trésor. L'idée fait son chemin dans la tête de Marano. Joseph Balsamo, lui, feint l'indifférence.Bientôt, Marano s'impatiente. Il remet la question du trésor sur le tapis, sollicite de nouveaux renseignements, insiste, supplie même... Son interlocuteur, qui se dit accablé par le fait d'être dépositaire d'un tel secret. fait traîner les choses ; il attend que la légendaire méfiance de l'orfèvre soit complètement endormie. Finalement, Joseph Balsamo finit par révéler l'endroit où se cache ce fabuleux trésor. Mais il se refuse obstinément à livrer les formules qu'il faudrait prononcer pour accéder aux richesses. Marano n'y tient plus. Il arrache, une par une, toutes les incantations magiques à son « ami ». Il ne trouve même pas étonnant que, pour prononcer ces phrases rituelles, soixante onces d'or fin soient nécessaires. Pour l'orfèvre, il ne s'agit que de sacrifier soixante onces d'or pour récupérer une fortune...
Dans une grotte bien choisie, le jeune homme prononce enfin une série de formules secrètes, à base de satanisme et de supercherie. La magie opère si bien que le diable lui même apparaît, dans un nuage de fumée évocateur et complice. Quand le diable se retire et que la fumée se dissipe, les soixante onces d'or ont disparu !
Marano mettra un certain temps à réaliser son infortune. Joseph Balsamo évoque le mauvais sort. L'orfèvre va tout de même porter plainte. Il est définitivement guéri des tours de magie. Joseph Balsamo, de son côté, disparaît définitivement.




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On le retrouve à Rome, où il vit d'expédients divers, de trafics, d'escroqueries et de ventes de faux tableaux mal exécutés à des touristes trop naïfs. Déguisé en prêtre ou en moine, le jeune Sicilien sollicite des fonds pour diverses oeuvres charitables. Il encaissera assez d'argent pour vivre avec un train de vie conséquent.
Après l'argent, les femmes. Son mariage avec Lorenza Feliciani, en 1768, fait prendre un nouveau tour à ses escroqueries. Lorenza est la fille d'un honnête fondeur. Comme son mari, elle brûle d'échapper à sa condition. Même si elle n'est pas très éduquée, ce à quoi il peut être remédié, elle est très jolie, ce qui ne demande nul savoir et peut se... négocier ! Intelligente et réaliste, Lorenza comprend que les trafics minables de son mari ne peuvent le mener qu'en prison. Elle pousse Balsamo à utiliser au mieux la diversité de ses talents.
Elle sera son « imprésario » et, dans le lit des Grands de la terre, sa carte de visite ». Le Sicilien, qui a déjà tâté du proxénétisme, admet parfaitement de voir sa jeune femme servir leurs intérêts communs dans ces mêmes lits. Comme cet arrangement n'est pas du goût des parents de Lorenza, les deux époux se lancent à l'aventure, sur les routes d'Europe.




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Joseph Balsamo est devenu comte de Cagliostro. Lorenza se fait appeler Séraphina. Bientôt on ne dira plus que la « divine Séraphina ». Ils ont quitté l'Italie, où il aurait été trop facile de les confondre. Les voici en Espagne. Les faveurs de Séraphina pour le vice-roi valent au nouveau comte d'être engagé comme dessinateur. Après la Catalogne, Madrid. Lorenza, qui n'a pas froid aux yeux, tente de séduire le duc d'Albe avant de jeter son dévolu sur un noble Sicilien. Ou, plutôt, sur sa fortune.
Quand l'Espagne ne peut plus leur apporter grand-chose, le couple d'aventuriers passe en Angleterre. En quatre mois, Séraphina fait le bonheur d'un vieux lord et la fortune de son mari.
Puis ils arrivent en France. Fidèle à ses habitudes, Séraphina se trouve immédiatement un « protecteur » en la personne de l'intendant du marquis de Prie. C'est lui qui amène, dans sa voiture, Lorenza à Paris. Philosophe, le comte de Cagliostro suit derrière, sur un bidet de poste...
Le tour d'Europe n'est pas terminé. On revoit cet étrange couple en Angleterre. On parle d'eux à Paris. Ils sont à Cadix. On les revoit à Lisbonne. Ils reviennent en Angleterre. Cette fois, le Sicilien s'est mué en colonel de l'armée prussienne. Même s'il se mêle d'escamotage et de magie plus que de stratégie, il n'en est pas moins très demandé par la bonne société anglaise.
On prétend qu'il est capable, par la magie, de faire grossir des diamants. Une lady, plus crédule que les autres, lui confie une rivière de diamants. Hélas ! L'expérience échoue et les diamants s'évaporent... pour se re-matérialiser dans la malle du colonel, où on les retrouve après des recherches. Le comte-colonel va donc perfectionner ses connaissances magiques sur la paille humide des cachots. Lorenza aidant, il n'y restera pas longtemps.



Sa Philosophie

La notion essentielle qui paraît dans la vie et l'oeuvre de Cagliostro fut celle d'un enseignant en matière Esotérique, Alchimique et Occulte, en ce sens il ne fut pas le seul, mais aussi et surtout celle d'un être qui prônait certaines valeurs essentielles.

Il tentait de démontrer à des chercheurs tâtonnant sur la route, que notre connaissance du monde est relative, erronée, nos sens ne nous permettant d'avoir des phénomènes que des notions subjectives toutes conventionnelles.

Or, il est d'autres sens, encore embryonnaires qui peuvent nous mettre en relation avec des formes inconnues de la Vie, celle-là même qui émane de l'Idée Originelle. Ainsi, il est possible de reculer les limites du connaissable sous condition de prouver également ce genre d'affirmations. C'est donc ce que fit le Comte de Cagliostro durant la dernière partie de sa vie, sachant ainsi que l'incompréhension des autres serait son plus grand ennemi.

Il partait d'idées courantes et utilisait le langage de l'époque dans le milieu ou il évoluait pour emmener peu à peu les esprits à ne songer qu'à la régénération de l'Homme. Pour cela seule suffisait la capacité de chacun à concentrer ses efforts sur l'augmentation de la dignité et la puissance de l'âme et qu'ainsi:

" ...Il n'était besoin ni de luminaires, ni d'hiéroglyphes, ni de formules magiques, qu'il suffisait d'un coeur pur et d'une âme forte, d'aimer, de faire le bien et d'attendre... " (Extrait du Rituel de la Maçonnerie Egyptienne XVIIIème S.)

A Madame de Recke il recommande encore: " Si ce n'est pas le désir seul de faire le bien qui nous pousse dans le mysticisme, n'allez, je vous en prie, plus loin! "

Enfin, il parlait à loisir d'une école, celle de Messine, qui reposait sur les notions d'unité de la Nature, que tout être avait des liens l'unissant intimement au Centre et qu'enfin, tout acte matériel devait être précédé d'un accomplissement dans le monde Spirituel.

Cagliostro laissait entendre qu'une Initiation graduée devait préparer l'Homme à ce degré d'évolution et qu'en ce sens la Franc-Maçonnerie était l'un des chemins pour peu qu'il soit à la fois pur et primitif ( C.F. Celui qui revient du passé ).
Il est vrai que les Sciences dites sacrées que sont l'Alchimie, l'Astrologie Esotérique et la Théurgie (Magie) sont les moyens les plus adaptés pour tenter de percevoir l'inconnaissable.

La tournée européenne se poursuit : Amsterdam, Bruxelles, Saint-Pétersbourg, où le comte se fait colonel espagnol. Madrid est loin, trop loin pour qu'on le démasque.
C'est à cette époque-là que le comte-colonel délaisse un peu la magie pour l'ésotérisme. Devant des auditoires éberlués par son aplomb et son ton de sincérité, il raconte son enfance et parle des forces mystérieuses qui ont guidé son éducation spirituelle. Petit à petit, la légende de Cagliostro prend corps. Il peaufine son personnage. Que peut-il bien raconter pour produire un tel effet sur les aristocrates de ce XVIII, siècle, par ailleurs si entiché de rationalisme et de « lumières » ?


Sources : Grande Loge française de Memphis-Misraïm et "Inexpliqué n° 2" enrichi


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#2  18 Sep 2010 15:28:16

Carthoris
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Re: Cagliostro

C'est en mêlant habilement ésotérisme et exotisme que l'ancien aide-apothicaire sicilien, promu colonel espagnol, fascine la bonne société d'un Ancien Régime agonisant. Le comte de Cagliostro affirme avoir été initié aux traditions les plus secrètes de l'Islam, de la Perse et de l'Inde. Il feint de parler l'arabe couramment.
Le « Grand Cophte d'Asie et d'Europe » a vécu, selon ses dires, une enfance malheureuse. Fils déchu d'un roi de Trébizonde, il a été vendu comme esclave après la ruine de sa malheureuse patrie. Par bonheur, il a été recueilli par le calife de La Mecque, qui n'a pas manqué de remarquer la vivacité d'esprit et l'intelligence du jeune garçon...
Tandis que Cagliostro raconte les détails de son destin hors pair, les belles dames à perruque soupirent : ne croirait-on pas un roman ? Dans leurs salons, les aristocrates s'ennuient. L'alchimie, les mystères ésotériques et la magie sont leur seule distraction.



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Une fois initié aux secrets de la cabale, attiré malgré lui par la mission divine qui lui a été confiée, le jeune esclave doit quitter son protecteur de La Mecque. Il est alors admis au sein d'une secte de derviches tourneur puis dans une secte égyptienne qui se  réclame d'Osiris. A Damas, il découvre les secrets de l'alchimie, tandis qu'Althotas, « détenteur des suprêmes arcanes », l'initie dans le laboratoire souterrain et clame destin des chevaliers de Malte.
On imagine les trépignements de plaisir des auditeurs du « mage » ! Quelle aventure et quelle vie bien remplie ! On imagine au, dans un coin du salon, la belle Lorenza entrain de se préparer à séduire quelque grands seigneur...
Du coup, les adeptes de la « franc-maçonnerie égyptienne, présentée par Cagliostro comme infiniment supérieure à l'obédience écossaise, se précipitent et se bouscule Bien entendu, tout le monde n'est pas dupe des sornettes ainsi débitées par le faux comte. L'ambassadeur prussien, qui sait quoi s'en tenir sur la valeur des titres de Cagliostro, s'inquiète de sa présence à Saint Petersbourg. Le médecin de l'impératrice, peut-être jaloux de voir une part du marché des pilules et des élixirs lui échapper, dénonce publiquement le charlatan.
Vexé, Alexandre de Cagliostro le provoque en duel. En tant qu'offensé, il choisit son arme : le poison... Finalement, aussi peu sûr de ses mixtures que de son talent de bretteur, l'aventurier préfère quitter la Russie. Juste avant que la tsarine ne se résigne à signer un mandat d'expulsion contre lui.
Le couple Cagliostro écume Varsovie pendant quelques jours et gagne Francfort. Il se dirige ensuite vers Strasbourg. A la frontière française, un employé pressé inscrit les fameuses lettres, L.D.P., comme les initiales de «  Liberté de passer », et non : Lilia destrue pedibus.



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En France, une nouvelle carrière commence pour le comte. Le cardinal de Rohan, qui ne restera pas longtemps insensible au charme de la « comtesse », est un passionné d'occultisme. Sa crédulité n'a pas de bornes. C'est une belle occasion pour Cagliostro, qui se prend maintenant pour un mage et lit l'avenir dans une carafe d'eau...
Evidemment, le personnage est loin de faire l'unanimité. Personne, pourtant, n'ose s'élever contre l'aventurier. Beaucoup lui concèdent un « air inspiré ». L'impudence du personnage n'ayant pas de limites, on le voit bientôt partout. Il aura assez de diplomatie pour faire tomber les préventions qui existent contre lui. Les idées les plus folles et les hommes les plus étranges parcourant alors la société française, pourquoi n'aurait on pas accepté ce comte ?
Quand le cardinal de Rohan vient à Paris, Cagliostro et la « divine Séraphina » le suivent. Une capitale s'offre au mage. Il commence par s'installer modestement rue Saint-Claude, dans une maison qui appartient à la marquise d' Orvilliers. L'été 1781 se passe en fêtes diverses et en démonstrations qui font grandir la réputation de Cagliostro. Il s'habille de couleurs voyantes et porte ostensiblement des diamants à tous les doigts. Son chapeau à plumet n'est sans doute pas du meilleur goût. Peu importe : la conviction avec laquelle il défend son personnage et son incroyable toupet ont raison des salons les plus huppés. L'exotisme et le mystère fascinent. Giuseppe Balsamo en profite.



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Bon nombre de curieux, dont le déguisement cache parfois des grands personnages de l'aristocratie, viennent se faire initier par lui. On se dispute ses onguents et ses potions. Jamais on n'aura autant divulgué les « secrets » de l'alchimie. Comme la confiance du cardinal de Rohan ne se dément pas, la « franc-maçonnerie égyptienne » ne cesse de faire de nouveaux adeptes.
Bientôt, le Tout-Paris se flatte d'être reçu dans le laboratoire de ce détenteur de secrets interdits. Beugnot, qui deviendra un grand fonctionnaire de l'Empire, a raconté une de ces soirées : « Je ne le regardais qu'à la dérobée et je ne savais pas encore qu'en penser : cette figure, cette coiffure, l'ensemble de l'homme m'en imposaient malgré moi. Je l'attendis au discours. Il parlait je ne sais quel baragouin, mi-italien mi-français, qu'il ne se donnait pas la peine de traduire... ».
Il ne manquait jamais de demander, à chaque instant, s'il était compris et on s'inclinait à la ronde pour le rassurer. Lorsqu'il entamait un sujet, il semblait transporté et il le prenait de haut, du geste et de la voix. Mais, tout à coup, il en descendait pour faire à la maîtresse de maison des compliments fort tendres et des gentillesses comiques.
Le même manège dura pendant tout le souper et je n'en recueillis autre sinon que le héros avait parlé du ciel, des astres, du Grand Arcane, de Memphis, de l'hiérophante, de la chimie transcendante, de géants, d'animaux immenses, d'une ville située à l'intérieur de l'Afrique, dix fois plus grande que Paris, où il avait des correspondants, et l’ignorance où nous étions de toutes ces choses. Lui les savait sur le bout du doigt et il avait entremêlé son discours de fadeurs comiques à Madame de La Motte, qu'il appelait sa biche, sa gazelle, son cygne, sa colombe, empruntant ainsi ses appellations à tout ce qu'il y a de plus aimable dans le règne animal.
Au sortir du souper, il daigna m'adresser des questions coup sur coup. Je répondis à toutes par l'aveu le plus respectueux de mon ignorance et je sus, depuis, de Mme de La Motte, qu'il avait conçu l'idée la plus avantageuse de ma personne et de mon savoir. »




Roi de la flatterie et prince de l'esbroufe, le fameux comte parvient ainsi à s'attirer les faveurs de plusieurs personnalités influentes de la Cour. Il leur prédit un avenir radieux et prévoit aussi bien les chiffres qui sortiront gagnants à la loterie. De son côté, Lorenza Séraphina continue à briser les coeurs : on se bat en duel pour la couleur de ses yeux !
Rue Saint-Claude, le cardinal de Rohan est toujours aussi assidu. Les mauvaises langues prétendent qu'il apprend à fabriquer de l'or et des diamants. C'est faire trop d'honneur à Cagliostro, qui finira par être mêlé, sans doute à tort, à Marie Antoinette et la fameuse affaire des diamants de la reine. Par contre, avec une jeune voyante complice, il permet à quelques invités, triés sur le volet, de dialoguer avec les morts ou de participer à quelques rituels étranges, destinés à connaître ce qui se passe ailleurs, à travers le monde.





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Cette faculté de parler avec les morts commence à inquiéter les autorités. Les bruits les plus divers circulent. A un dîner de treize personnes (évidemment !), Alexandre de Cagliostro convoque six personnages illustres et récemment disparus : Voltaire, Montesquieu, Diderot, d'Alembert, le duc de Choiseul et l'abbé de Voisenon. Les propos ne sont guère favorables à Louis XVI.
Informé des activités subversives du mage, le roi reste indifférent. La reine, qui n'a jamais caché son aversion pour le charlatan italien, ne peut rien faire. Le couple ne cesse d'écumer la bonne société. Les affaires des Cagliostro sont prospères et Lorenza ouvre un cours de magie, où l'on s'écrase. Malgré tout, ces petits succès ne grisent pas Giuseppe Balsamo. Il cherche toujours à réaliser un gros coup, qui le mettrait à l'abri des aléas de la vie, en lui assurant une fortune confortable. Il va naturellement miser sur Mme de La Motte... Il lui prouve qu'elle est effectivement, comme elle le croit, descendante d'Henri Il et la présente au cardinal de Rohan. On connaît la suite : l'« affaire du Collier de la reine » défraie la chronique et compromet la monarchie aux yeux du peuple parisien. Le seul tort de Cagliostro est d'avoir évoqué la reine dans une vision sortie de sa carafe d'eau, à la demande expresse du cardinal. Innocent, il n'en est pas moins arrêté sans ménagements, le 22 août 1786.



Quand le commissaire de police se présente chez lui, tout a été nettoyé ; il ne reste pas le moindre baume, ni la moindre recette alchimique. Le 31 août, il est déchargé de toute espèce d'accusation. Il ne sera pourtant relâché qu'au mois de juin suivant. Pour les Parisiens, il devient le symbole inacceptable de l'arbitraire royal. A sa sortie de la Bastille, on le fête !
Cette libération ne le réjouit pourtant pas : il a vingt-quatre heures pour quitter Paris et deux semaines pour quitter la France. Le  Grand Comte et Lorenza prennent alors, tristement, le chemin de la Suisse. Ironie du sort : un demi-siècle plus tard, ce sont les portes de la prison du Temple où était enfermé Louis XVI qui serviront de portes à la maison parisienne du magicien...
En Suisse, Lorenza est saisie d'une irrépressible envie de revoir Rome et ses parents. Son mari hésite. II est en effet toujours recherché par la police pontificale pour d'anciennes escroqueries. Sans doute, s'agit-il d'un piège : à peine sur le sol italien, Lorenza prend contact avec le tribunal du Saint-Office et dénonce les « pratiques sataniques » de son infortuné mari, qui se voit accusé d'hérésie, de magie et de propagation des idées maçonniques. C'est autrement plus grave que les escroqueries ; l'ancien comte Alexandre de Cagliostro risque la potence dans le meilleur des cas, et le bûcher dans le pire !



Lorenza l'accable tellement au cours du procès qu'il est condamné à mort. Sa peine sera finalement commuée en emprisonnement à perpétuité, « sans espoir de grâce ». Le Grand Cophte d'Asie et d'Europe » mourra fou en 1795, après quatre années d'une terrible détention. Lorenza finira sa vie derrière les murs d'un couvent romain.
Son souvenir allait inspirer Goethe (dans Le Grand Cophte) et Alexandre Dumas (dans Joseph Balsamo), faisant de cet aventurier voyageur une des figures de légende de l'occultisme européen.


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